Terre de Liens – Entretien : Sjoerd Wartena

Article paru en mars 2009

Sauver nos campagnes et développer le bio par l’actionnariat

terre-de-liensLe bio en France ? On en perdrait son latin, ou viendrait à douter des lois soi-disant universelles de « l’offre et la demande » qu’on croyait pourtant gravées dans le marbre : cela fait bien dix ans que le bio explose, et dix ans que l’on entend dire qu’il n’y a pas assez d’agriculteurs pour produire ce que la population attend désormais. C’est quoi, cette histoire ?

En perdre son latin ne serait somme toute pas si grave, et douter des lois de l’offre et la demande pourrait être salutaire. Mais consommer du bio chinois quand le principe même de la démarche est de privilégier le local, ça fait plutôt désordre… Constater que les Italiens sont devenus à notre place les maîtres du maraîchage bio nous fait plaisir pour eux, mais navre un peu dans nos chaumières. Et accepter que nos fermes et clochers soient désormais à la France ce que Mickey est à l’Amérique ferait carrément pleurer si on n’avait pas gardé dieu merci nos vins d’appellation pour nous réconforter…

Bref, il semble nécessaire de comprendre ce qui se passe, et d’envisager sérieusement que la situation évolue. Pour le jour, Sjoerd Wartena sera notre homme. Pour demain, vous pouvez lui donner un coup de main sans trop vous faire violence. On continue ?

Sjoerd Wartena est Hollandais d’origine et possède tous les atouts pour comprendre la situation française : le recul, l’intelligence et l’œil qui brille quand il évoque nos campagnes, qu’il connaît à merveille. Il a décrypté finement pour nous ce que nous ne sentions que confusément. Mais il a surtout fait preuve d’une force herculéenne en trouvant un levier pour avancer, en l’installant au bon endroit et en proposant à tous de l’actionner. Et ça, ça ne se refuse pas.

Voici donc un entretien qui invite à s’investir.

 

Petite ferme et grandes idées…

terre-de-liens1Qu’est-ce qui vous a motivé à fonder Terre de Liens ?
L’histoire de Terre de Liens est un peu liée à la mienne… C’est celle d’un citadin habitant Amsterdam qui, dans la folie des années 68, a pris la décision d’un retour à la nature, sans trop bien savoir ce que cela impliquait. J’ai fini par atterrir dans l’arrière-pays drômois, au sein d’un petit village perdu habité par six anciens qui finissaient leurs jours. Leurs enfants étaient partis, ce dont ils étaient fiers, car ils avaient eu le sentiment de vivre une vie misérable. En arrivant là, j’ai réalisé que ces personnes étaient porteuses d’une culture millénaire patiemment enrichie par chaque génération. Ils étaient contents et heureux de nous voir arriver, même si on représentait de manière presque caricaturale la contre-culture venant côtoyer des milieux où l’on parlait encore le patois… Ils nous ont légué leur manière de travailler, leur connaissance de la nature, de la terre, leur capacité à savoir tout faire. On en fut fasciné. C’est certainement à ce moment que j’ai pris la décision inconsciente de ne pas laisser cette culture se perdre.

Comment a évolué ce village, après votre arrivée ?
Nous avons fini par y être les seuls agriculteurs… Mais on a par la suite donné la possibilité à d’autres de s’installer, et il y a aujourd’hui quatre fermes très diversifiées à proximité. 34 personnes vivent actuellement dans le village. Ce petit succès local m’a donné l’idée et l’envie d’élargir l’aide à l’installation à toute la France. La moitié du territoire est en effet constituée de terres montagneuses ou vallonnées dont les meilleures parcelles finissent par être regroupées en de grosses exploitations, les autres donnant place à des résidences secondaires ou forêts. Ce n’est pas la bonne solution !

terre-de-liens2Est-il encore temps de préserver le patrimoine rural et l’agriculture paysanne ?
Nous avons encore une occasion de le faire, en France tout au moins. Mais avec quels moyens des gens qui souhaiteraient venir à la terre pour y cultiver pourraient-ils s’installer ? J’ai pour ma part eu la chance d’avoir un héritage qui m’a permis cela, mais celui qui n’a pas d’argent aura beaucoup de difficultés pour y parvenir, particulièrement dans un système politique comme celui de la France où l’objectif est clairement de développer une agriculture « moderne » quasi industrielle qui tourne le dos au passé.

Vous proposez donc d’aider à réhabiliter ces fermes. Leur existence est-elle compatible avec l’époque ?
Oui, il faut garder ces petites fermes multifonctionnelles, qui outre le fait d’embellir le territoire et de préserver une vieille culture permettent de produire des denrées diversifiées pour les marchés locaux, en respectant les terres, lorsqu’elles sont en bio. Elles permettent aussi de créer des emplois et d’éviter la désertification, en lieu et place d’une situation comme celle du Lubéron aujourd’hui, où l’on trouve des restaurants chics et de belles villas riches dans les villages, mais plus de fermes. Il est encore temps d’éviter cela dans le Massif Central, la Drôme, l’Alsace, le Nord, les Pyrénées…

Politique ? Politiques…

terre-de-liens3Existe-t-il d’autres voix que la vôtre pour aller dans ce sens ?
Elles ne sont certainement pas nombreuses dans les ministères… Les subventions versées par Bruxelles y pleuvent, mais sont utilisées pour aider des cultures de grande taille, au bénéfice de quelques céréaliers qui en profitent bien. Je suis toutefois heureux de constater qu’un des grands sociologues agricoles français, Bertrand Hervieu, défend ce point de vue : la vraie modernité est dans les petites fermes diversifiées. On a besoin d’en compter 300 000, à côté des grandes fermes qui produisent massivement. C’est exactement le message que Terre de Liens souhaite transmettre aux décideurs politiques, sachant qu’actuellement, 200 fermes disparaissent en France chaque semaine, et que celles qui restent sont tenues majoritairement par des personnes proches de l’âge de la retraite…

On pourrait supposer que le monde politique est conscient de tout cela ?
Le binôme que constituent le ministère de l’agriculture et le syndicat majoritaire des agriculteurs fonctionne magnifiquement bien… Mais ce tout petit nombre de personnes décide de tout et bloque totalement toute autre manière de voir.

Y a-t-il moyen de contourner cette orientation ?
Lorsqu’on s’adresse aux politiques, on découvre qu’il existe une législation foncière en France qui est très opaque et ne fonctionne pas : on dispose de nombreux programmes d’aménagement du territoire, mais au bout du compte, c’est à chaque commune de décider quelles seront les terres destinées à la construction, à l’industrie, à l’agriculture, ou celles qui devront rester à l’état naturel, à l’état de forêt, etc… Or, il y a 34 000 communes en France, qui ont toutes une politique foncière différente ! On ne peut donc rien organiser sérieusement. D’autant qu’on est confronté à un autre problème : il existe une forte spéculation sur l’immobilier, et ceux qui possèdent des terres agricoles ne souhaitent qu’une chose, c’est que leur terrain devienne constructible ! C’est une des caractéristiques de la France que d’avoir aujourd’hui ces lotissements à perte de vue autour de chaque village et ville. Ces lotissements ont largement pris sur le domaine agricole. Dans un monde qui devra à l’avenir consacrer des terres pour produire de l’énergie, des fibres et des aliments pour bientôt neuf milliards de personnes, c’est dramatique. La France utilise 2,5 fois plus de terres agricoles à des fins non agricoles que l’Allemagne.

Le bio, le lièvre et la tortue

terre-de-liens4Beaucoup de nos lecteurs et clients ne comprennent pas pourquoi le bio ne se développe pas en France, au niveau de la production ?
L’idée du bio est née au début du siècle dernier, chez certains esprits très éclairés qui ont compris avant les autres que l’agriculture et la chimie ne faisaient pas bon ménage. Mais historiquement, le bio est marginal. Afin que le mouvement prenne de l’ampleur, Bertrand Hervieu, que nous avons déjà cité tout à l’heure, a mis en place sous le ministère de Jean Glavany un contrat* entre l’État et les paysans qui souhaitent s’orienter vers une agriculture respectueuse. L’idée était excellente, mais n’a pas été reprise par le ministre suivant. En France l’agriculture bio a donc stagné et végète depuis entre 1,5 et 2 % des surfaces cultivées. Pendant ce temps, d’autres pays européens utilisent les subventions de Bruxelles pour orienter leur agriculture vers des schémas différents, en consacrant au bio 10 ou 15 % des surfaces cultivées.

En France, comment sont réparties les subventions entre agriculteurs conventionnels ou bio ?
Aujourd’hui, un paysan qui cultive en bio touche moins de subventions qu’un autre travaillant en conventionnel, du fait de sa diversification. Comment l’agriculture bio pourrait-elle se développer si l’État n’y met pas les moyens ? Actuellement, la seule aide pour les agriculteurs bio consiste en un avantage fiscal, alors que la plupart de ces agriculteurs ne payent même pas d’impôts ! Ça ne sert à rien ! On a donc une société qui réclame de plus en plus de bio, un marché qui explose mais qui ne peut pas s’organiser en France, les agriculteurs voulant se consacrer au bio étant découragés. Les distributeurs comme Satoriz ou d’autres sont souvent obligés de se servir à l’étranger pour répondre à la demande.

Le Grenelle de l’environnement ne prévoit-il pas 20 % de surfaces consacrées au bio, à moyen terme ?
Cet objectif est ridicule, vu les mesures qui sont prises. Les importantes subventions de Bruxelles destinées aux deux piliers que sont la production agricole et le développement rural et l’environnement seront malheureusement utilisées à de toutes autres fins.

* Le Contrat Territorial d’Exploitation

Une solution ?

terre-de-liens5Il faut donc plus de paysans, et les aider à s’installer. Mais pourquoi eux, plus que d’autres ? Est-ce plus difficile pour un agriculteur d’emprunter que pour tout autre entrepreneur ?
On a constaté que des gens qui veulent s’installer ne le peuvent pas. D’une part parce qu’il est difficile de trouver une terre, et d’autre part parce que s’ils la trouvent, cela constitue un investissement trop lourd. Ils doivent fréquemment s’endetter pour vingt ans afin d’acquérir les terres, puis acheter la maison, la retaper, se procurer du matériel… C’est souvent hors de portée. Et ceux qui peuvent y parvenir sont alors très fragilisés et bien trop à la merci des aléas de la vie. D’où l’idée d’acquérir des terres puis de les louer, ce que fait Terre de Liens. C’est d’autant plus nécessaire que ceux qui souhaitent s’installer viennent de plus en plus souvent de milieux non agricoles. Ils ne sont donc pas à l’abri des difficultés d’une profession complexe et exigeante. Ils peuvent aussi tout simplement se tromper de chemin ; après un éventuel échec, la terre mise à disposition par Terre de Liens peut dans ce cas rester à vocation agricole, alors que si elle avait été achetée par l’exploitant, la probabilité n’est pas négligeable qu’elle soit revendue à d’autres fins, pour rembourser l’emprunt.

Vous nous l’avez dit, 200 fermes disparaissent chaque semaine. Il y a donc théoriquement plus d’offre que de demande. Comment expliquer une telle spéculation dans un secteur qui s’effondre ?
Il y a plusieurs raisons à cela : la concurrence des maisons secondaires dans certaines régions, d’une part. La spéculation sur les ceintures vertes, autour des villes, d’autre part. Tout cela n’existerait pas s’il y avait une législation qui empêche les terres agricoles de se transformer en lotissements, par exemple. Mais cela s’explique aussi par le regroupement des parcelles, et donc l’agrandissement des exploitations déjà existantes. Beaucoup d’exploitants veulent devenir de plus en plus gros, parce que c’est dans l’air du temps… Ils veulent aussi s’agrandir parce que les subventions sont proportionnelles au nombre d’hectares cultivés, ce qui favorise les grandes exploitations et la monoculture.

Comment voyez-vous la situation autour des grandes villes ?
En Ile-de-France par exemple, de nombreuses personnes sont demandeuses de produits cultivés localement. Il y a 15 000 personnes sur les listes d’attente des AMAP* ! Mais il n’y a autour de Paris que de grandes cultures céréalières et pas de maraîchage. Cela ne correspond pas du tout à ce que la société attend. En trois ans de travail, nous n’avons pas pu trouver ne serait-ce que trois hectares en Ile-de-France ! Si on les trouve un jour, ce sera à 60 000 euros l’hectare… C’est absurde.

Arrivez-vous à vous rendre utiles dans un tel contexte ?
L’idée est aussi de dire aux décideurs politiques et aux collectivités locales qu’ils ne répondent pas aux aspirations de leurs électeurs. Avec Terre de Liens, nous montrons à tous qu’il est possible de faire autrement. Nous avons pour but d’aider les personnes qui veulent s’installer, mais aussi des communes, qui sont parfois démunies lorsqu’elles voient une de leur terre agricole menacée, alors qu’elles n’ont pas les moyens ou la vocation de la racheter.

* AMAP : Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne, qui organise des ventes directes à la ferme.

C’est possible ? On y va !

terre-de-liens6Vous avez donc décidé de créer une structure…
On ne peut se contenter de dire « il faut, il faut »… Faisons-le ! J’ai pour cela été inspiré par une banque verte néerlandaise, « la Triodos Bank », qui a développé dès les années 80 un « fond vert » qui permettait aux gens d’investir pour acheter des terres destinées à l’agriculture biologique. L’idée a d’ailleurs été reprise en Angleterre. Pourquoi ne pas le faire en France ? J’ai trouvé des interlocuteurs avec le réseau RELIER, lié à Peuple et Culture, et nous avons commencé à travailler le projet avec différents acteurs. Ayant bien sûr besoin d’un partenaire banquier, nous avons contacté une banque solidaire, la NEF*, qui a accepté d’avancer avec nous**.

Est-ce difficile, administrativement ?
En Hollande, en Suisse, on crée un fond d’action en une semaine. En France, ça prend trois ans… si on y arrive ! Nous avons cherché à monter une structure où les actionnaires ne seraient pas les gestionnaires, pour nous mettre à l’abri de l’intrusion d’un trop gros partenaire.

Quel statut juridique avez-vous choisi pour la Foncière Terre de Liens ?
Il existe une structure qui répond à cette attente, c’est la Société en Commandite par actions. Les gens qui prennent des actions ne sont pas ceux qui gèrent. Michelin, par exemple, a choisi ce statut pour se mettre à l’abri d’une offre hostile émanant d’une autre société. Ce n’est toutefois pas l’exemple qui nous a guidés… Nous nous sommes inspirés pour cela d’Habitat et Humanisme, une autre société en commandite par actions qui achète des logements sociaux grâce à l’argent de l’épargne solidaire. Ils nous ont beaucoup aidés.

* La Nouvelle Économie Fraternelle, une banque solidaire. (Voir article sur satoriz.com à la rubrique « les entretiens »).

** Signalons qu’il existe déjà en France le Groupement Foncier Agricole. En principe, c’est la même idée. Mais il s’agit d’une structure qui par sa dimension et ses limites (pas de personne morale) reste fragile et occasionnelle. Après des débuts souvent enthousiastes, les actionnaires perdent leur motivation et veulent récupérer leur argent, ce qui met en danger l’existence de la ferme.

Les Liens

terre-de-liens7Comment se passe la prise de contact entre Terre de Liens et le « locataire » ?
On est majoritairement contacté par le futur locataire (le « porteur de projet »), qui veut s’installer. On étudie alors son dossier avec lui. Si le projet est viable, il est présenté devant un comité d’engagement, composé de toutes sortes d’experts. Si le projet aboutit, on fait un « bail environnemental », qui engage le locataire à une démarche respectueuse de l’environnement, bio dans la plupart des cas.

Le bail est-il avantageux ?
Très certainement.

Aidez-vous le locataire concernant son habitat ?
Oui, car c’est un problème pour tout nouvel agriculteur.

Et si le locataire a envie d’acquérir cette terre ou un bâtiment, par la suite ?
Pour les bâtiments, la discussion n’est pas fermée. D’un côté, c’est un peu l’assurance d’une retraite ; mais on ne peut pas toujours construire de nouvelles maisons…
Pour la terre, nous ne faisons pas en sorte que cela soit possible, car ce serait remettre cette terre dans le circuit commercial, ce qui serait aller en sens contraire de notre idée de départ.

En vous entendant, on ne peut s’empêcher de se poser une question sociétale plus large encore : à qui appartient la terre ?
Il n’est bien sûr pas question d’aller contre l’idée de la propriété agricole. Ce serait contraire à un droit ancré dans notre société. Et Terre de Liens est bien aussi propriétaire de ses terres ! Mais on doit à coup sûr aller vers une législation qui limite les droits des propriétaires. Il existe d’ailleurs déjà certaines lois qui régissent le droit de chasse sur des terres particulières, le droit de passage, et même la possibilité pour un agriculteur de récupérer une parcelle de son voisin si celle-ci est laissée en friche… En France, la loi de fermage est un exemple pour beaucoup d’autres pays dans le monde entier.
De manière plus générale, nous n’en sommes donc pas à dire « la terre à tout le monde », mais pensons que le débat sur le sujet est très intéressant et nécessaire. D’autres ethnies dans le monde, les Indiens notamment, ont une autre manière de penser que nous concernant la propriété de la terre. On peut s’en inspirer et aller vers une réflexion concernant l’entretien et la préservation de la terre, pour les générations futures. J’aime orienter les gens qui se posent cette question sur le rapport Boisson* notamment pour une question qui y est posée : pourquoi protège-t-on l’eau et l’air, et pourquoi ne fait-on pas la même chose avec la terre ?

* du Conseil Économique et Social « La maîtrise foncière : clé du développement rural », 2005

L’actionnaire

terre-de-liens8Terre de Liens achète donc des terres pour les louer et les sort ainsi du système spéculatif, grâce à l’épargne recueillie par souscription. Qui sont les actionnaires permettant cela, qu’est-ce qui les motive à investir ?
Ce sont toutes sortes de personnes, qui investissent à tous niveaux. Les militants du bio et de la bio-dynamie sont bien sûr bien représentés. Beaucoup adhèrent à notre démarche parce qu’ils comprennent que la progression du bio est difficile avec le système français. Ils apprécient aussi l’idée d’un beau maillage de petites fermes sur le territoire et veulent contribuer à conserver un paysage rural vivant.

Combien de personnes ont déjà pris des actions à l’heure actuelle ?
1 800 environ, pour un capital constitué de 3 millions d’euros, sachant que beaucoup d’actionnaires ne prennent qu’une part symbolique de 100 euros. C’est un bon résultat, de notre point de vue, compte tenu du fait que nous n’avons eu l’autorisation d’appeler l’argent public à hauteur de cette somme que depuis peu. Ces trois millions ont été obtenus en trois mois ! À moyen terme, il nous faudra arriver au moins à 20 millions d’euros, ce qui nous permettra plus d’autonomie.

Ceux qui prennent des actions soutiennent-ils Terre de Liens de manière large, ou un projet particulier ?
L’actionnaire peut choisir son projet, sa région. Il peut, par exemple, soutenir le projet d’un futur voisin, d’une connaissance. Si un souscripteur s’implique pour une région sans projet particulier et qu’il n’est pas possible d’en développer un à court terme, nous lui demandons l’autorisation d’utiliser son argent sur une autre région.

Les actionnaires ont-ils un droit de regard sur ce que Terre de Liens fait avec leur argent ?
Oui, les actionnaires sont représentés par un comité de surveillance, qu’ils choisissent. Ce comité a le devoir de contrôler les comptes et de donner un avis sur ces comptes.

Y a-t-il un fond de roulement chez Terre de Liens qui permette de garantir la pérennité et la fluidité du système ?
C’est un des fondements de notre société d’investissement : nous avons prévu dans nos statuts qu’un quart de l’argent recueilli soit mis de côté. Ceci nous met notamment à l’abri du fait qu’un gros actionnaire menace l’existence d’un projet en retirant son argent.

Le souscripteur bénéficie-t-il d’avantages financiers ?
Il bénéficie d’un avantage fiscal : une réduction de l’impôt à hauteur de 25 % de la somme investie, s’il place son argent pour cinq ans. Ceci correspond à peu près à 5 % d’intérêt, voire plus encore pour ceux qui sont concernés par l’impôt sur la fortune. Mais le véritable intérêt est le sauvetage d’une infrastructure rurale, durable et équilibrée. Et les souscripteurs savent avant tout qu’ils investissent dans quelque chose de bien réel, la terre, qui ne disparaîtra pas du jour au lendemain. Ce n’est pas la bulle Internet, là !

Ça marche !

Combien de personnes travaillent aujourd’hui pour Terre de Liens ?
Quinze salariés sur l’ensemble du réseau, et nous serons probablement vingt à la fin de l’année. Notons que si le ministère de l’agriculture ne nous aide pas, les régions de France, elles, nous subventionnent. Ce que nous faisons les intéresse, dans un domaine où elles sont sans pouvoir. Elles savent que leur électorat est préoccupé par ce sujet.

Quel est le bilan de ce qui a été entrepris ?
On gérera 30 fermes avant la fin 2009, partiellement ou totalement. Il est clair que Terre de Liens n’est pas appelé à terme à gérer toutes les terres agricoles françaises… Mais il est intéressant de constater que c’est parce que notre appel public à l’épargne fonctionne et que les gens y répondent que nous avons une autre oreille du côté politique.

Et pour finir…
Petit retour sur vous… D’où vous vient cette compétence, cette faculté à organiser ?
J’ai fait des études littéraires, puis ai travaillé à la bibliothèque universitaire d’Amsterdam sur des documents anciens. Le hollandais est une très vieille langue, d’une grande richesse.
Les Français m’imaginent souvent commerçant dans l’âme, parce que je suis hollandais… mais je n’ai jamais fait de commerce ! J’aime réfléchir avec d’autres personnes sur un projet. La vraie force de Terre de Liens, c’est l’équipe salariée et bénévole qui mêle compétences et dévouement. Si je peux me permettre d’être fier, c’est surtout de cette équipe !
Je n’ai pas de compétence particulière en comptabilité, surtout concernant les entreprises françaises pour lesquelles tout me semble vraiment compliqué. Mais il y a une chose que je sais très bien, c’est qu’il faut qu’il rentre plus que ce qui sort !

JM