Protection solaire : le dossier qui tâche

Article paru en juillet 2004

soleil2Pas facile d’argumenter dans le domaine de la protection solaire, notamment parce que chacun a déjà l’impression d’être surinformé en la matière. Essayons pourtant de vous faire entendre un autre son de cloche que celui qui est habituellement diffusé, lequel apparaît un peu trop souvent comme étant destiné à servir de marchepied à l’industrie cosmétique.

Les sommes de détails techniques ayant une forte tendance à faire fuir le lecteur candidat au soleil dès la troisième ligne consacrée au sujet, nous nous contenterons d’en évoquer les grandes lignes : celles qui concernent la nocivité supposée du soleil, l’utilité des protections solaires et la qualité de celles-ci.

 

Le soleil est-il méchant ?

Les excès de soleil sont largement dénoncés, à juste titre semble-t-il. Certaines études montrent pourtant que leur lien avec le développement des cancers de la peau et du redoutable mélanome n’est pas aussi évident qu’on nous le présente*. Nous n’avons pas la prétention de faire la part des choses sur un sujet qui dépasse largement nos compétences, mais trouvons important de vous faire part de points de vue qui méritent pour le moins l’attention. Voici le résumé de deux hypothèses exposées dans le livre de Damien Downing, Soleil vital, synthèse de nombreuses études réalisées partout dans le monde :

Une exposition intense au soleil sur une longue période la vie prédispose au cancer de la peau, mais semble protéger d’autres cancers, autrement plus dangereux.

Le mélanome est, quant à lui, une forme de cancer de la peau particulièrement sévère. Mais est-il réellement dû à un passé marqué par les coups de soleils ? Downing ne nie pas cette hypothèse, mais n’en fait pas pour autant un facteur unique, ni même le plus déterminant. Car cette seule source d’explication ne permet pas de répondre à certaines questions : pourquoi les mélanomes se déclarent-ils de plus en plus fréquemment dans des régions aussi éloignées des tropiques que la Scandinavie ou l’Écosse, sans qu’il ait pu être démontré que cette recrudescence était due à une exposition au soleil ? Comment expliquer qu’ils se développent souvent – contrairement aux autres cancers de la peau – sur des parties du corps non exposées au soleil ? Pour le comprendre, de nombreuses pistes autres que la nocivité du soleil méritent d’être étudiées, beaucoup plus gênantes : les pesticides présents dans l’eau et les aliments pourraient être incriminés. Le constat d’un décuplement des mélanomes dans la région de Seveso après la catastrophe chimique en serait une triste illustration. On parle aussi de l’influence de la pollution urbaine, de l’éclairage artificiel… Voire de carences alimentaires ou au contraire de l’action préventive de certains aliments. Autant d’explications fondées et étudiées, qui méritent largement autant l’attention que l’hypothèse unique du soleil bouc-émissaire. Un faisceau de présomptions corroboré par l’augmentation régulière du nombre de mélanomes depuis le début du siècle, à une période ou les bains de soleil n’étaient pas franchement à la mode…

Tarte à la crème ?

Les conseils qui sont donnés se limitent pourtant à préconiser d’éviter les périodes où le soleil est à son point culminant, ce qui est raisonnable, et à utiliser des crèmes solaires, ce qui est plus discutable. Un opprobre culpabilisant s’abat alors sur la pauvre mère de famille qui oserait exposer sa progéniture sans l’avoir préalablement aspergé « d’écran total », fut-ce à une heure de la journée favorable. Il nous semble opportun d’essayer d’inverser la charge de la preuve : si l’on accepte l’idée que le soleil peut être nocif, une crème peut-elle nous en protéger ?

Rien n’est moins sûr. Dans son livre La protection solaire**, Thierry Souccar argumente ainsi : « La majorité des études épidémiologiques conduites sur le sujet montrent que les utilisateurs de produits solaires sont plus souvent touchés par le cancer que les non-utilisateurs. Bien sûr, on peut toujours expliquer certains de ces résultats par le fait que les utilisateurs, s’estimant protégés, multiplient les heures d’exposition. Mais des études récentes ont tenu compte de ce biais : elles montrent que les utilisateurs d’antisolaires sont plus touchés par les cancers de la peau alors qu’ils ne sont pas exposés plus longtemps aux heures de forte intensité ». Comment expliquer ce phénomène ?

Inconvénients des filtres de synthèse

Les principes de protections de la plupart des crèmes solaires vendues sont des molécules artificielles qui transforment les UVB en rayon non nocifs pour la peau. Ces UVB étant responsables des brûlures, on pourrait donc penser que le but recherché est atteint. C’est oublier que la brûlure constitue un signal d’alarme qui nous incite à interrompre l’exposition au soleil. En supprimant ce signal, on s’expose plus facilement et plus longtemps et ce sont alors les UVA qui pénètrent à trop forte dose et profondément dans la peau, pouvant occasionner ainsi bien des dégâts.

Conscientes du problème, certaines marques réagissent. Mais ne proposent que des produits à base de molécules de synthèse instables qui se dégradent sous l’effet du soleil et pénètrent ainsi dans l’organisme.

Ces filtres ne sont par eux-mêmes pas innocents : allergisants, on les soupçonne également de jouer dans l’organisme un rôle comparable à celui des œstrogènes***. Le magazine Öko Test a d’ailleurs révélé – suite une vaste étude réalisée sur ses lectrices – que l’on retrouve ces molécules jusque dans le lait maternel : quelles en sont les conséquences pour le nourrisson ? Par ailleurs, ces substances indésirables s’accumulent dans les rivières, et par voie de conséquence dans les masses graisseuses des poissons : un exemple de plus pour confirmer l’intrusion dangereuse et difficilement réversible des molécules de synthèse dans les écosystèmes.

Face à tous ces soupçons, des pays réagissent : le Danemark a récemment interdit l’une de ces molécules, les Pays Bas en discutent…

Les filtres minéraux : une alternative à considérer

Certaines marques écologiques ont mis au point des crèmes solaires dont le principe actif est un filtre minéral : au lieu de transformer les rayons qui pénètrent dans la peau, ces filtres les rejettent, à la manière d’un miroir. Ces produits cosmétiques présentent bien des avantages : ils protègent de tous les rayons, sont actifs immédiatement après application (le temps de latence pour un filtre synthétique étant de 20 à 30 minutes), et ne sont responsables d’aucune pollution ni allergie. Leur efficacité est excellente.

Une conclusion ?

Lorsqu’on cherche à évaluer les risques liés à l’exposition au soleil et à optimiser les manières de s’en protéger, il apparaît clairement que les réponses aux questions posées ne sont pas aussi simples que l’on voudrait nous le faire croire. Avec ou sans crème, il nous semble possible de dire, comme dans beaucoup de domaines qui concernent la santé, que le bon usage du soleil relève d’une prise en charge personnelle. Il est nécessaire de considérer le type de peau de chacun et de doser la quantité et la progressivité de l’exposition : une démarche qui échappe aux visions étriquées et intéressées qui proposent une voie commerciale discutable comme unique solution.

Mais il convient aussi de s’interroger sur l’incidence d’un astre qui ne s’est jamais montré aussi perturbant que depuis l’avènement des sociétés industrielles…

De quoi réfléchir.

JM

 

* “Soleil vital” aux éditions Jouvence, page 75 à 95.
** “La protection solaire “, aux édition Flamarion, page 108 à 111.
*** Travaux du Docteur Schlumpf, de l’institut de pharmacologie et toxicologie de l’université de Zurich.