Plus d’arômes naturels chez Satoriz !

Article paru en janvier 2005

Et pourquoi donc ? Résumé de la situation

vanille1Les arômes, comme les colorants ou les conservateurs, sont partout. Mais contrairement à ces deux derniers, leurs formules ne sont pas identifiables. Le monde entier ingère massivement des substances dont on ne sait rien ! C’est un livre publié aux Éditions Terre Vivante, Arômes dans notre assiette, la grande manipulation qui a révélé le côté préoccupant d’un sujet méconnu, tout en mettant le doigt sur le total manque de contrôle des autorités en la matière.

Ce livre nous a immédiatement incités à nous poser des questions concernant notre secteur d’activité et d’engagement, le bio. Stupéfaction ! Personne ne s’était réellement penché sur le problème, et certainement pas les instances habilitées à élaborer les cahiers des charges. La seule contrainte pour le fabriquant désirant aromatiser un produit bio étant d’utiliser exclusivement une parmi les trois catégories d’arômes officiellement répertoriées, celle des soi-disant « arômes naturels ».

On pourrait estimer cette exigence suffisante… Loin de là ! Le terme « naturel » regroupe pour le législateur des notions qui ne sont pas du tout celles qu’imagine le consommateur. Nous avons donc cherché à comprendre, informé nos lecteurs puis pris une décision en mars 2004 : revoir notre assortiment de produits, après avoir questionné tous nos fournisseurs sur la nature des arômes qu’ils emploient.

 

La difficulté de savoir…

Des arômes, seuls quelques fournisseurs très engagés avaient délibérément choisi de ne pas en utiliser… Les autres en intégraient à leurs préparations – yaourts, desserts, biscuits, bouillons, potages, etc. – afin de coller au marché. Pourquoi ? Une demande se fait sentir, par exemple, sur les yaourts à la fraise bio : le goût de ce fruit ne tenant pas dans le temps, il est nécessaire pour obtenir un produit gustativement flatteur d’utiliser un leurre pour notre palais, le fameux arôme… Et c’est alors l’ignorance qui fourvoie les fabricants : beaucoup ne savent rien sur la nature de l’arôme qu’ils emploient, tout simplement parce qu’ils ne peuvent rien en savoir ! Ils achètent des formulations élaborées sous le sceau du secret par des aromaticiens. Certaines recèlent pourtant de nombreuses drôles de surprises : présence d’extrait de chêne dans la vanille, de soit disant « 40 fruits » (sic) ou de copeaux de bois pour imiter la fraise, d’huile de ricin pour imiter la pêche, etc. La naïveté en la matière est réelle chez beaucoup de nos fournisseurs, comme elle l’était chez tous les distributeurs, comme elle l’est chez les consommateurs…

Nous n’avons pas toléré ces arrangements avec l’idée du naturel et donc exigé des informations précises de tous nos fournisseurs ! Certains, à force de persévérance, sont arrivés à obtenir des réponses de leurs aromaticiens… Souvent incomplètes et obscures… Parfois surprenantes… Réponses qu’on nous a confiées à quatre reprises sous réserve que nous les gardions secrètes… Qui ont révélé par trois fois la présence d’un ingrédient carrément dérangeant : un conservateur, le E211 (benzoate de sodium), lui-même interdit en bio !

 

La difficulté d’agir…

Notre première volonté a été de supprimer directement tous les produits contenant des arômes de nos rayons… Une centaine, à la louche… Nous étions prêts à un tel cataclysme, bien qu’il s’agisse là d’articles très demandés. Nos clients nous auraient certainement suivis en acceptant nos choix.

Mais nous avons opté pour une autre démarche, plus pédagogique, que nous avons expliquée en son temps : supprimer, en premier lieu, les produits contenant des arômes vraiment douteux de nos rayons. Pour les autres, nous avons prévu une souplesse nécessaire, afin de ne pas pénaliser des fournisseurs qu’une mesure radicale aurait pu mettre en difficulté : nous leur avons demandé d’évoluer en leur laissant un délai raisonnable pour trouver des solutions de remplacement, 10 mois.

 

La satisfaction d’avoir agi !

Les fournisseurs, dont d’importants groupes étrangers, ont joué le jeu. Certains avec la passion propre à notre milieu, d’autres sous le poids de la contrainte commerciale… Ceux qui n’ont pas voulu changer (ou pas pu) ont vu leurs produits retirés de nos rayons. Aujourd’hui, en janvier 2005, plus un seul produit chez Satoriz ne contient d’arômes naturels. De manière générale, la plupart des fabricants ont même remplacé les arômes par la matière originelle (des gousses de vanilles, à la place de l’«arôme naturel vanille», obscur s’il en est). D’autres ont travaillé sur les arômes bio, une évolution difficile, mais souvent entreprise avec enthousiasme : ainsi cet important acteur du bio dans les produits frais nous raconte-t-il : « Nous avons beaucoup cherché de solutions, que nous n’avons pas encore toutes trouvées… Les parfums fraise, abricot, cerise et pêche bio notamment posent encore de grandes difficultés lorsqu’on les intègre à nos produits. Mais c’est un défi de taille pour nos services Recherche et Développement qui apprécient d’avoir à trouver des solutions techniques, d’exercer leur métier ! Ce qui les change des problèmes marketing pour lesquels on les sollicite habituellement ».

Mais au fait, quelles sont-elles, ces difficultés ? En voici une parmi d’autres, facilement compréhensible : les moins mauvais parmi les arômes naturels conventionnels sont extraits de fruits non bio, grâce à des solvants issus de la pétrochimie… Pour un arôme bio, le fruit d’origine est bio, bien sûr, ce qui ne pose aucun problème. Mais il est de plus extrait naturellement ! On utilise pour cela un alcool de céréales bio qui a tendance à modifier les arômes du fruit dans certains cas… Il faut encore travailler !

C’est plus que souhaitable… Vous doutiez-vous il y a quelques mois seulement que les yaourts aux fruits bio dont vos enfants raffolaient devaient leur plénitude aromatique à une extraction pétrochimique ? Dans le meilleur des cas…

JM