Satoriz au pays de l’orange bio

Initialement publié en mars 2001
Oranger-Panneau

Des oranges en Sicile, il y en a partout, même en ville. Pour en trouver des “bio”, suivez le guide !

La Sicile est belle en février. Les amandiers sont en fleur, la température clémente, les touristes absents et les oranges à leur summum. C’est en partie pour elles que nous sommes venus : pour les voir sur l’arbre, aux alentours de Syracuse, comprendre cette terre qui à tant à offrir… Pour vous en parler également, puisque tout au long de l’hiver vous avez apprécié ces agrumes, comme jamais auparavant.

Carmelo est un solide gaillard au look moderne et au regard perçant. Ingénieur agronome de formation, il fut sensibilisé à la lutte intégrée lors d’un stage qu’il fit durant ses études dans une entreprise d’élevage d’insectes. Il saisit l’occasion d’un nouveau cadre législatif européen concernant l’agriculture biologique pour se lancer dans l’aventure en 1991, sur l’exploitation familiale. Puis eut l’idée de créer une structure d’aide technique aux producteurs environnants, pour finalement fonder Agrobioservice, qui regroupe 25 producteurs locaux. Nous avons visité l’entrepôt et les exploitations, nous commencerons par là.

Agrobioservice a un savoir-faire, il concerne les agrumes. Citrons, oranges, pomelos, clémentines et mandarines. Cette structure se concentre sur son métier et ne se disperse pas. C’est tout de même 250 hectares qu’il faut surveiller, avec ce que cela suppose de contrôles, de conseils et d’organisation fine pour la gestion de la maturité des fruits. Mais trêve de chiffre et de technique, lorsqu’on arrive sur l’orangeraie, c’est la beauté qui s’impose. Une beauté fraîche et colorée, dense de verdure au sol et dans les arbres, avec cet étrange paradoxe : l’immensité n’empêche pas l’intimité, que l’on ressent de manière touchante au pied de chaque oranger… Est-elle due au son feutré de la voix des cueilleurs qui s’adoucit dans le touffu des branches, à la lumière du ciel qui peine à s’imposer à leur travers ou à la fierté discrète des hommes qui nous guident ? Les fruits s’offrent à nous. Les morros que nous ouvrons ont une couleur intense, elles regorgent d’un jus rouge et se font latines au détour du palais : vives, avec cette pointe d’acidité qui oblige à s’arrêter, comme pour mieux profiter, pour ne pas s’emballer.

Orangeraie-sol

Nous sommes près de Syracuse sur une exploitation bio. En bas des arbres, le sol est bien vert.

Orange-arbre

On lève le nez, elles sont là. Irrésistibles…

Oranges-Morro-jus

Pas de doute, la morro est bien juteuse.

L’entrepôt est vaste, il est gage d’avenir. Hommes et femmes s’y activent, mais sans stress apparent. Les oranges sont lavées et séchées avant d’être calibrées, puis stockées à température adaptée avant de partir dès le lendemain vers leur pays de destination. Nous travaillons avec nos partenaires d’Agrobioservice depuis le mois d’octobre et n’avons jamais été déçus par leur rigueur dans la certification bio. Contrôles Ecocert et analyses nous ont été fournis, analyses faites par la société sans qu’elles soient obligatoires et qui représente tout de même la modique somme de 60 000 francs par année… Mais nous sommes surpris de voir les oranges être enduites d’un liquide provenant d’un grand tonneau, au pied des rouleaux de séchage… La réponse nous comblera, au-delà de toute attente : le marché du bio est encore limité, et nos amis sont parfois obligés d’écouler leur stock d’orange bio sur le marché conventionnel. Et pas le contraire ! Dans ce cadre, les oranges doivent être brillantes, ce qui ne se fait pas sans l’adjonction d’un produit lustrant. Mais pour être conforme à leur éthique et alors que rien ne les y oblige, Agrobioservice n’utilise pour cette préparation que des produits naturels, dont de la propolis, substance sécrétée par les abeilles. Belle démarche.

Oranges-Palettes

Satoriz a passé sa commande jeudi, les oranges ont été récoltées vendredi. Ces palettes vous sont destinées.

La Sicile est géographiquement isolée et culturellement indépendante. Elle est également vallonnée et montagneuse, ce qui ne favorise pas le développement de l’agriculture productiviste et son cortège de nuisances. Beaucoup de cultures se font de manière ancestrale, et la conversion en bio pose généralement moins de problèmes que lorsque les terres ont été fatiguées par des décennies de pratiques intensives. “Ils sont assis sur une mine d’or”, nous confiera Olivier Markarian qui, comme beaucoup d’intervenants sur le marché bio, ne manque pas une occasion de venir faire ses emplettes en Sicile. Olivier nous guidera pour visiter d’autres entreprises qui nous laisseront la même impression de rigueur et de sérieux, la même certitude quant à la qualité des produits qu’elles récoltent ou élaborent. Ainsi les amandes et noisettes de Pasqualino Damiano et les pâtes que Markal distribuera bientôt sous la marque “Bio-Idea”. Fabriquées près de Catane, au pied de l’Etna par l’entreprise Barbagalo, ce fut une grande surprise, là où nous ne l’attendions pas : ces pâtes sont bien entendu bio, mais séchées à basse température, ce qui s’avère être un gage de qualité rare et déterminant au niveau nutritif. Notre prochain numéro de Sat’Info s’attardera sur le sujet.

Oranges-sur-rouleauxVisible depuis la fabrique, l’Etna crachote une légère fumée blanche. Il déverse une petite coulée de lave que nous distinguerons encore mieux une fois la nuit tombée. C’est lorsqu’il ne le fait pas que les habitants s’inquiètent… Son sommet enneigé sera notre dernière vision de la Sicile et viendra s’ajouter aux nombreuses images et impressions que nous conserverons de ce voyage : la lumière, la gaieté, l’authenticité… les rues de Syracuse… Et la cuisine, une des meilleure et des plus attachante.

Soit tout ce que nous aimons.

JM

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