L’oeuf – Entretien David Michelas

Initialement publié en avril 2001

Ça bouge dans l’œuf !

En fait, ça n’est pas dans l’œuf que ça bouge, c’est autour. Et de manière très positive, puisque le nouveau cahier des charges concernant la production d’œufs bio va plus loin encore que le précédent. L’occasion de faire le point avec David Michelas, un passionné de chez les passionnés. Il travaille pour la société Val d’Eurre, qui fournit la plupart de nos magasins.

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On veut tout savoir !
Tu sauras tout. La société est née en 86, un an après la réglementation sur les “œufs plein air”. C’est Pierre Giovannoni qui l’a fondée. Son père Jacques travaillait dans l’aliment pour volaille et suivait donc bien tout ce qui concernait cette branche.

C’est déjà bien, un “œuf plein air“ ?
C’est très bien, et c’était une révolution. On passe d’exploitations qui ont jusqu’à un million de poules à d’autres qui en ont 4500 ! D’un gars qui appuie sur un bouton le matin et qui récupère les œufs sur un tapis roulant, comme dans le film avec Louis de Funès, à un autre qui va chercher l’œuf dans le nid. De poules qui ne voient jamais le jour et vivent avec l’équivalent d’une feuille de papier A4 comme espace disponible à des parcours étudiés pour que chacune d’elles puisse gambader tranquillement. Et d’une alimentation “n’importe quoi” incluant des protéines animales à une autre à base de céréales…

Qu’est-ce que le bio a amené ?
C’est un prolongement de la production d’œufs de poules élevées en plein air, le cahier des charges s’en est inspiré. On amène bien entendu une alimentation différente, dont 90 % proviennent de l’agriculture biologique. Blé, maïs. Ce qui ne veut pas dire que les 10 % restants ne le sont pas, on ne peut simplement pas le garantir en toutes circonstances. Il s’agit dans la plupart des cas de tourteaux, qui supplémentent l’alimentation en protéines. Tourteau de Luzerne déshydratée, de graines et de farine de lupin, de tournesol, de colza, de lin. Pour notre part, nous nous fournissons principalement chez des huiliers qui travaillent en bio.

Les traitements en cas de maladies ?
Les soins ne sont pas les mêmes. Pas d’antibiotiques en bio. Nous soignons les poules à base de phytothérapie et d’homéopathie. Petit aparté : c’est moins cher, et ça marche tellement bien qu’on se demande pourquoi tous les élevages ne procèdent pas ainsi…

La densité des poules dans l’exploitation est-elle la même ?
En garantie “plein air”, une poule dispose en extérieur de 2,5 mètres carrés. En bio, de 4. Comme la limite en bio est de 3000 poules, ça demande un peu plus d’un hectare de terre pour un élevage.

Sans vouloir t’offenser, David, avec 3000 poules, on n’est pas vraiment dans l’œuf fermier…
3000 poules, c’est rien… ça n’altère en rien la qualité de l’œuf. Elles ont un bon aliment, de l’espace, de l’air, elles picorent dans l’herbe et mangent des cailloux… Pour moi, un œuf bio est même supérieur à un œuf fermier. Qu’est-ce qu’on donne à manger à une poule à la ferme ? On ne le sait pas toujours, et quoi qu’il en soit, cet aliment n’est pas bio. Ce peut être le meilleur, mais également le pire…

Y-a-til des exigences particulières au niveau sanitaire ?
Il existe une charte sanitaire facultative, mise en place par les services vétérinaires Drôme-Ardèche. Tous nos éleveurs l’ont. C’est la meilleure garantie contre les salmonelles. C’est très lourd et donne lieu à de gros investissements.

Quelles sont donc les nouvelles évolutions du cahier des charges bio ?
La plus importante, c’est l’obligation du “lien au sol”. Chaque éleveur doit produire l’aliment qu’il donne aux poules. L’évolution se fera progressivement pendant quelques années. C’est une nouvelle exigence mise en place en août 2000 pour le cahier des charges AB, qui n’est pour l’instant pas reprise au niveau européen.

La fraîcheur de vos œufs ?
Je te répondrai par une image : tous les soirs chez Val d’Eurre, pour le ménage, on n’a pas à déplacer une seule palette d’œuf. On ramasse le matin, c’est emballé l’après midi et chargé dans le camion le soir même. Le lendemain, c’est livré à Satoriz, deux fois par semaine.

JM