Les peintures Biofa – Entretien : Thierry SCHWARTZ

Initialement publié en mai 2001

Biofa-PigmentsCommençons par la petite histoire. Celle qui explique tout, qui nous fait comprendre l’homme, le produit et l’entreprise. L’homme, c’est Wernert HAHN. Il travaillait à la fin des années soixante-dix dans l’élaboration de produits homéopathiques, plus précisément dans la mise au point de médicaments permettant de lutter contre les allergies. Il avait constaté que ses produits avaient de plus en plus de mal à atteindre leur but, alors qu’ils étaient très efficaces quelques années auparavant. Étaient-ils de qualité moindre, ou devait-on prendre en compte d’autres paramètres pour expliquer ces résultats décevants ? À la même époque (1978), il y a eu un grand scandale, celui de SEVESO, en Italie. Un nuage de fumée toxique échappé d’une cuve en surchauffe avait créé de nombreux dégâts écologiques et sanitaires, en toute opacité quant aux conséquences réelles sur la santé de l’homme… Déjà ! Face à cette situation, Monsieur HAHN s’est également posé des questions : ces substances issues de l’industrie chimique, ne les retrouve-t-on pas dans les produits de consommation courante ? Réponse : elles sont employées, entre autre, dans les peintures. Sachant que nous passons tous environ 90 % de notre temps dans des locaux bâtis et que les peintures couvrent de larges surfaces de notre habitat, on comprend que celles-ci jouent un rôle non négligeable dans la qualité de l’air intérieur. Conclusion tirée de ces deux faits : si les doses homéopathiques pour lutter contre les allergies ne sont plus efficaces et qu’une part de ces allergies est due aux produits utilisés dans notre cadre de vie, il faut proposer des peintures n’engendrant pas ces problèmes, afin que ces maux n’apparaissent plus. Action : le produit, ce sera la peinture naturelle, la société, BIOFA.

Biofa-LOGOThierry SCHWARTZ est le responsable technico-commercial pour la France des peintures BIOFA. Les propos qui suivent recèlent quelques notions techniques et une poignée de petits mots barbares… Ils ont été restitués pour ne pas nuire à la précision de l’argumentaire de Thierry Schwartz, mais il serait dommage qu’ils constituent un obstacle pour le néophyte. En cas de difficulté, persévérez, le sujet mérite votre obstination !

Sat’Info : Les peintures naturelles, est-ce une idée nouvelle ?
Thierry Schwartz : Les hommes préhistoriques en utilisaient déjà pour peindre dans les grottes… Plus sérieusement, je dirai qu’on peut situer l’avènement des peintures chimiques directement après guerre. Avant cela, les peintres peignaient à la chaux ou utilisaient des préparations assez naturelles, des huiles de lin, de l’essence de térébenthine, de la caséine etc…

Le travail de BIOFA consiste à réactualiser ces méthodes d’autrefois et à les moderniser, à les rendre plus performantes. Pour mieux comprendre, reprenons au début : pourquoi les peintures chimiques se sont-elles imposées ?
Essentiellement grâce à leur rapidité de mise en œuvre et à leur diversité. Certainement aussi parce qu’elles ont été mises en masse sur le marché, alors qu’elles étaient autrefois distribuées par de nombreux petits intervenants.

Et quels sont leurs inconvénients ?
Les allergies sont les plus visibles, mais il y en a d’autres. En premier lieu, le fait qu’avec ces peintures, la maison ne respire plus, les couches appliquées obstruant les supports. On observe donc par la suite l’apparition de moisissures sur les murs et plafonds. Pour soigner tout ça, on rajoute un bon gros cœur artificiel à la maison ou à l’appartement : la VMC (ventilation mécanique contrôlée), avec tout ce que cela implique, l’ajout de moteurs électriques et les pollutions électromagnétiques qui en découlent ! Les peintures sont également la principale source de COV (composés organiques volatils) dans l’habitat et contiennent souvent des hydrocarbures aromatiques qui peuvent avoir des conséquences néfastes sur la santé de l’utilisateur.

Biofa-GraphiquesL’argument écologique semble être celui qui est le plus souvent mis en avant…
Effectivement. Nous avons fait des études en collaboration avec le ministère de l’environnement et l’A.D.E.M.E.*. Les peintures BIOFA ont obtenu, de loin, les meilleurs résultats à l’écobilan. Pour avoir une vue juste de l’enjeu écologique, il faut considérer qu’il y a un “avant”, un “pendant” et un “après” l’utilisation.
– “Avant”, c’est d’abord le choix d’utiliser des matières premières issues de la nature, ou pas. C’est également le fait qu’on utilise plus ou moins d’énergie pour extraire cette matière première, la transformer, la stocker et la transporter, ce qu’on appelle l’énergie grise du produit.
– “Pendant”, ce sont tous les risques et inconvénients liés à la mise en œuvre, principalement dus aux solvants. Ils sont une pollution atmosphérique notable et peuvent présenter des dangers pour l’homme. Leur action par diffusion lente peut être nuisible pendant de nombreux mois.
– “Après”, c’est le recyclage. Peintures, colles et vernis représentent de gros volumes à l’échelle de la planète, ils doivent ne pas être polluants après destruction.

Les peintures naturelles sont donc la solution. Peut-on comprendre de quoi elles sont constituées ?
Toutes les peintures comportent les mêmes familles de composants. Il y a d’abords un liant, qui assure la cohésion des différents éléments. En peinture chimique, on utilise des résines de synthèse, vinylique et acrylique pour les produits à l’eau, glycéro essentiellement pour les produits en phase solvant, appelée abusivement “peintures à l’huile”. En peinture naturelle, ce sont des résines naturelles, de la véritable huile (de ricin, de lin…), de la colophane, des gommes laques qui proviennent d’arbres tropicaux.
Le deuxième élément a déjà été évoqué, ce sont les solvants. En peinture chimique, ce sont essentiellement des hydrocarbures aromatiques. On peut noter que les peintures diluables à l’eau des fabricants de peintures de synthèse sont loin d’être exemptes de composants chimiques. Il n’y a pas que de l’eau dans les peintures à l’eau ! En peinture naturelle, on utilise des essences d’écorce d’orange, de citron, de pamplemousse, de l’essence de térébenthine (qui est extraite du pin), associées à des essences minérales exemptes d’aromates toxiques.
Et puis il y a les “charges“. C’est le squelette du film, ce qui en fait la consistance. En chimique, comme en naturel, ce sont essentiellement des carbonates (craie, silice…).

Biofa-EscalierQu’est-ce qui donne la couleur à une peinture ?
Les pigments. En peinture naturelle, nous utilisons des pigments minéraux comme l’ocre, des oxydes de métaux comme l’oxyde de fer rouge et des pigments végétaux, comme le brou de noix ou le santal par exemple.
Il existe une dernière famille de constituants dans les peintures, ce qu’on appelle les additifs. Ils permettent d’apporter des caractéristiques spécifiques, consistance, effet insecticide ou fongicide, ou tout simplement d’accélérer le séchage. Certains sont très dangereux, même s’ils sont utilisés en faible dose, comme le lindane ou les pyréthrinoïdes de synthèse. En peinture naturelle, on utilise du pyrèthre naturel et du sel de bore.

Ces peintures permettent donc d’éviter un grand nombre d’effets négatifs. Ont-elles d’autres avantages qui leur soient propres ?
En premier lieu, elles sont perméables à la vapeur d’eau, micros poreuses. Elles laissent respirer les supports sur lesquels elles sont appliquées. Elles sont également antistatiques, il n’y a pas d’accumulation de charges électrostatiques au frottement et on observe une diminution de l’attraction des poussières et des bactéries. Elles ont une bonne profondeur de pénétration, ce qui leur assure une très bonne durée dans le temps.
Pour les parquets, il y a une grosse différence entre le résultat obtenu avec un vitrificateur courant et un traitement BIOFA. Le vitrificateur genre polyuréthane “bouche” le bois, c’est comme si l’on mettait une bâche, il ne respire plus ! Du coup, il ne joue plus son rôle de régulateur hygrométrique et n’est du bois que par son aspect visuel… Une huile dure ou un vitrificateur Biofa respecte le bois et lui garde ses caractéristiques naturelles.

Biofa-Bureau-bleuL’application est-elle facile ?
“Il faut les peindre avec le cœur”, comme dit Pascal MENETREY*, et les appliquer en fines couches… Si on respecte bien les indications et qu’on utilise les produits adéquats, on est à l’abri des mauvaises surprises. Et on a même le plaisir en plus, car elles ont en général une odeur très agréable. Par la suite, il est notable que l’on se sent mieux dans une pièce peinte avec BIOFA. C’est en tout cas ce que j’ai remarqué, comme de nombreux utilisateurs.

Est-ce qu’elles sèchent aussi vite ?
Un peu moins qu’une peinture chimique, notamment pour les produits en phase huileuse, car elles ne possèdent pas d’accélérateurs de séchage autres que des siccatifs exempts de plomb. À ce sujet il est intéressant de noter que si le plomb n’est plus autorisé en tant que liant ou charge, il continue de figurer dans certains additifs (pigments, siccatifs), avec tous les inconvénients que cela comporte.

Il existe une norme “N.F. Environnement”, qui figure sur des produits que l’on trouve dans les circuits habituels. N’est-elle pas suffisante ?
C’est un label qui a été mis en place en 1991. Il est un premier pas intéressant vers des produits moins polluants. Mais il ne fait que limiter les substances nocives, dans des pourcentages bien définis. Pour BIOFA, ce pourcentage doit tendre vers zéro ! Et chez nous, la totalité des composants est mentionnée sur les pots, à la différence des produits conventionnels… On peut également noter que dans ces circuits, aucun fabricant ne produit que des produits N.F. Environnement. C’est une partie de leur gamme qui est proposée avec ce label pour satisfaire une clientèle, mais où est la cohérence écologique si la même entreprise continue de polluer par ailleurs ?

Biofa-Gamme-ProduitsDoit-on se ruiner pour ne pas être intoxiqué ?
Nos prix se situent au niveau des peintures de qualité dans le circuit traditionnel, à pouvoir couvrant égal.

Les fabricants et architectes sont-ils concernés par vos produits ? Qui sont vos clients ?
Il y a quelques fabricants de meubles qui traitent leurs bois avec des produits BIOFA, en Allemagne, en Autriche et en Suède principalement. Quant aux architectes et entrepreneurs, certains sont concernés par les normes H.Q.E. (haute qualité environnementale) mais sont plus focalisés, pour l’instant, sur les structures en elles-mêmes que sur les produits de finition.
Il est vrai que beaucoup de personnes qui sont préoccupées par l’écologie et leur santé posent les peintures elles-mêmes. Les professionnels de la santé, médecins, dentistes, kinés, qui sont très sensibilisés à ces problèmes font souvent aménager leurs locaux avec nos produits.

On ne peut pas parler de peinture sans vous demander s’il y a un tableau, un livre et un disque qui vous aient marqué, soit les traditionnelles questions Sat’Info…
Le tableau : “Nafea faa ipoipo“ de Gauguin.
Le livre : je lis très peu de livres, mais suis très attaché à certaines revues. À “ Terre sauvage ” notamment, plus qu’à toute autre.
Le disque : j’apprécie Mark Knopkler, Calvin Russel…

JM