Les miels Daval – Une famille, deux terroirs

Initialement publié en mai 2020

Le miel. Aliment, médicament : hautement sensible, il panse les blessures de l’âme comme du corps. Il cristallise et apaise les émotions, participe à leur digestion, réactive les souvenirs d’enfance. Il cicatrise, désinfecte, nourrit. Le miel, symbole des dangers auxquels sont confrontées les abeilles, et avec elles l’humanité. Le miel, produit par elles avec le concours des hommes, n’est jamais choisi au hasard. À l’inverse des miels tout-venant, chaque miel de cru possède une saveur, une texture et un spectre d’action différents. Chacun est relié à une fleur, un terroir, une saison. Parmi eux, les miels bio sont les plus nobles car issus de pratiques d’élevage respectueuses et non chauffés après récolte. Satoriz ne laisse pas leur sélection au hasard et travaille avec certains apiculteurs depuis le tout début, soit bientôt quarante ans tout de même ! Avec d’autres, c’est “seulement” vingt, remarquez… Mais toujours avec confiance, comme il en va pour les miels de la famille Daval.

Une affaire de famille

Julien Daval élève des abeilles de la race Buckfast. Réputées très douces mais faisant peu de provisions, elles nécessitent une vigilance élevée.

Dans la famille Daval, je demande le père et la mère, Jean-Claude et Ève. Nous sommes, forcément, dans les années 1980, celles de Sato et des pionniers du bio ! Fatigué de son travail à l’usine, Jean-Claude Daval se tourne vers l’apiculture de loisir. Une ruche en amenant une autre, il se retrouve finalement à la tête d’une petite exploitation labellisée Nature & Progrès et fait de l’apiculture bio son métier. Ève, quant à elle, s’occupe des marchés. On nous parle encore de son fameux nougat…

Installés dans le Jura, les Daval emmènent leurs abeilles en Provence pour profiter d’hivers plus doux. Ils finissent par acquérir une miellerie sur place et se mettent à jongler entre deux régions et deux saisons. Leur fils Julien s’échappe dès que possible du lycée et rejoint les ruches qui l’ont vu grandir. Depuis quinze ans, c’est lui le patron ! Il a conservé la devise familiale : faire ce que l’on aime est un luxe. Pour Julien Daval, cela signifie travailler au contact de la nature, savoir prendre les décisions qui s’imposent pour s’adapter à l’évolution des ruches, du climat ou de la météo, cultiver la patience et relever les manches lorsque la saison arrive. Pas de quoi chômer !

 

Au rythme des saisons

Julien s’occupe de plus d’un millier de ruches. Dans chacune, environ 60 000 abeilles en pleine saison. La reine pond alors 2000 œufs par jour, et chaque abeille vit trois à quatre semaines. Lorsque les floraisons s’achèvent, la reine cesse de pondre et les abeilles restent dans la ruche, où elles ne sont plus “que” 20 000. Elles vivent alors trois à quatre mois, le temps de l’hivernage. On vous laisse faire les calculs qui vous siéront !

Pour épargner à leurs abeilles la rigueur des hivers jurassiens, les Daval ont choisi la région de Vidauban, dans le Var, commune située dans la partie orientale du Massif des Maures, en partie Parc naturel. Là, elles profitent des premières comme des dernières floraisons. Un petit tiers du miel (bruyère, lavande, guarrigue) est produit sur place, et le reste au Frasnois, dans une région de lacs d’altitude bordés de sapin, bien à l’écart des grandes cultures.

Au printemps, Julien rend visite à ses ruches. C’est l’heure du bilan avant la grande transhumance : les essaims qui n’ont pas survécu à l’hiver sont remplacés par d’autres qu’il a lui-même constitués. Quelques-unes des ruches les plus fortes sont laissées sur place pour butiner la bruyère. Elles rejoindront plus tard le reste du cheptel, emporté par vagues jusque dans le Jura. Là-bas, Le père, le beau-frère de Julien et un salarié saisonnier lui prêtent main forte. Les abeilles sont d’abord réparties sur deux zones ; la plaine pour du miel de printemps, la montagne pour le pissenlit. Vient ensuite la courte saison du fragile acacia, qui ne dure que deux semaines. Il faut bien viser et surtout croiser les doigts : un gros orage et toutes les fleurs sont à terre – fin de la saison. Les années “sans” n’étant pas rares, il faut pouvoir stocker pendant les bonnes. Toutes les ruches sont ensuite dispersées en montagne, une petite partie en Isère pour du châtaignier, le reste dans le Jura pour butiner dans l’ordre tilleul, fleurs de montagne puis sapin. Les abeilles rentrent ensuite en Provence profiter de la lavande et des fleurs de garrigue (thym, romarin, sarriette) du plateau de Valensol.

La reine vit trois à quatre ans. Elle est marquée d’un point de couleur qui change chaque année, permettant de connaitre son âge.

Toute cette gymnastique requiert une bonne dose d’agilité afin que chaque miel soit bien typé et représentatif de sa floraison : mettre les ruches au bon endroit, au bon moment, savoir récolter dès que la floraison est terminée… La souplesse est également de mise face aux aléas climatiques. Depuis deux ans, la Provence ne connaît plus vraiment d’hiver et toutes les floraisons sont en avance. Or bien qu’elles aiment la douceur, les abeilles ont besoin du froid et du repos que ce dernier leur impose. Julien demeure donc à l’écoute, constamment en mouvement. Au fait, son miel préféré c’est celui de bruyère. Goût : caramel. Vertus : aussi nombreuses que celles de la fleur, que nos anciens disaient magique…

CC