Les jeux Bioviva – Entretien : Olivier Mercier

Initialement publié en novembre 2005

biovivaUn nouveau fournisseur chez Satoriz ; autant vous le dire tout de suite, c’est un bon ! Non pas qu’on ait l’habitude de vous en présenter des mauvais… mais Bioviva réussit le tour de force de synthétiser toutes les valeurs qui vous sont chères en des jeux qui n’ont rien de mièvre ni d’opportuniste, bravo ! Car les bons sentiments, merci, on a donné… Point de tout cela ici : la bonne attitude, véritablement ludique parce que sentie et vécue ; la compétence tant en matière d’écologie que de jeux. Le tout dans une optique de vie, pas de charité ; d’amusement et de plaisir, pas de châtiment.

Le bon fournisseur, donc. Le bon produit, aussi… et le bon homme, pour sûr ! Olivier Mercier est l’un des deux associés de Bioviva. Un gaillard qui vous gratifie d’un sourire jusqu’aux oreilles à chaque fois qu’il ouvre la bouche. On aime !

Les jeux « Famille »

On peut logiquement supposer que lorsqu’on crée des jeux, c’est parce qu’on ne trouve pas exactement ce que l’on veut sur le marché…
C’est ce qui s’est passé : en 1996, au moment de la création de notre société, nous avons constaté qu’il existait des outils d’éducation à l’environnement, mais que ceux-ci étaient plus de nature alarmiste, voire catastrophiste que réellement pédagogique. On a donc tout naturellement pensé au jeu comme support.

La grande force de ces jeux, outre leur contenu environnementaliste, semble être de véhiculer des valeurs humaines plus altruistes que celles auxquelles nous ont habitués les jeux de société. Une autre nouveauté ?
La plupart des jeux qui existent sont de tradition anglo-saxonne, avec des valeurs de compétitivité : Monopoly, Cluedo… On a donc essayé de créer ce que l’on appelle des « mécaniques » de jeu qui véhiculent des valeurs coopératives, des valeurs de partage, d’entraide : si bien qu’en fin de partie les protagonistes n’ont pas uniquement la satisfaction ou le déplaisir d’avoir perdu, gagné, voire écrasé tout le monde, mais d’avoir découvert ensemble des choses intéressantes qui permettent de changer sa perception du monde et d’intégrer des astuces pour protéger l’environnement, d’avoir une véritable valeur ajoutée à la fin du jeu. Gagner n’est pas le seul but dans la vie !

Rassure-nous : on gagne quand même…?
On gagne quand même ! Il ne s’agit pas non plus d’exclure les joueurs qui n’attendent que ça, on n’est pas des fondamentalistes bornés ! Mais on veut aussi donner à ceux qui attendent autre chose.

Un contenu écologique, des valeurs humainement nobles : les jeux seraient- ils de plus construits en matériaux recyclables, voire recyclés ?
C’est le cas ! A la base, nous sommes une société de développement durable : on ne peut donc pas faire les choses à moitié en faisant fabriquer en Chine, par exemple. Ces jeux sont éco-conçus et écoproduits en France : bois labellisés PEFC*, papiers 100 % recyclés, encres à base végétale, calage en carton monobloc sans point de colle, tissu en coton bio façonné en Bretagne dans notre dernier jeu « le roi du jardin »…

Manquerait plus que les auteurs de ces jeux soient des costauds en écologie… pedigree, siouplaît !
Nous sommes deux associés qui se sont rencontrés sur les bancs de la fac, en DEUG de biologie. Puis Jean-Thierry Winstel est parti en agronomie (il est devenu ingénieur agronome), et moi vers l’environnement (écotoxicologue).

* Un label français qui garantit que le bois provient de forêts domaniales gérées durablement. Pas de forêts primaires !

Les jeux « Famille » Bioviva

bioviva2Merci pour ces présentations ! Peut-on détailler un à un les jeux que nous avons sélectionnés pour Satoriz ?
Le premier a le même nom que notre entreprise, Bioviva. Jean-Thierry s’était lancé un défi sur ce jeu-là, il a commencé à le concevoir tout seul, alors que notre société n’existait pas encore… Au début, le prototype ressemblait à quelque chose comme une boîte à chaussure… On pensait le diffuser dans les écoles ou via l’Unesco, on ne le voyait pas du tout dans le circuit du grand public. Et puis on l’a présenté à quelques concours comme l’Oscar du jouet, le concours Lépine, le concours des écoproduits, du ministère des Sciences, etc.
La première année, on l’a présenté à 10 concours, on a eu 10 premiers prix ! On s’est alors dit : « tiens, y’a pt’être quelque chose ! » Au bout de 2 ans on avait 13 premiers prix. On s’est mis à y croire…

Qu’est-ce qui a pu lui valoir une telle reconnaissance ?
Bioviva est articulé sur les trois axes de l’éducation à l’environnement au 21ème siècle préconisés par l’Unesco : apprendre, comprendre, agir. Notre but est de donner envie, de manière non péremptoire, de protéger notre monde. Ce jeu a donné lieu à un gros travail de recherche de notre part pour arriver aux 900 questions qu’il contient : fiables scientifiquement, intéressantes pour le grand public, parfois drôles, inédites et originales… Mais ce n’est pas un jeu qui teste les connaissances, en mettant en échec celui qui ne sait pas, genre Trivial Poursuite. Dans ces cas-là, un enfant peut se trouver ridicule aux yeux de son père lorsqu’il ne connaît pas une réponse, de même que le père peut se trouver embarrassé de ne pas savoir devant son fils… On ne veut pas de ça ! C’est la raison pour laquelle le joueur ne connaît pas a priori les réponses aux questions de Bioviva, il lui faut les deviner par déductions successives, avec un esprit de découverte.

Ces informations sont-elles durables elles aussi, ou méritent-elles d’être régulièrement actualisées ?
On les choisit pour qu’elles restent longtemps valables. On est très vigilant sur ces points, une vingtaine de personnes relisant les questions avant édition. Au total, c’est dix mois de travail ! Mais il arrive qu’il y ait quelques évolutions, que l’on corrige alors. On a aussi une grosse clientèle de fanas de ce jeu qui ne manquent pas de nous envoyer des e-mails lorsqu’une information doit être actualisée !

Qui peut y jouer ?
C’est le jeu familial par excellence, voire un outil de rencontre intergénérationnel qui permet de jouer avec ses parents, ses grandsparents. Il suffit de savoir lire, une partie dure environ trois quarts d’heure et on doit être entre 2 et 6 personnes pour jouer, comme pour tous nos jeux de famille.

N’y a-t-il pas un risque de se familiariser avec les questions, comme au Trivial Pursuit ?
Il faut faire une cinquantaine de parties pour avoir fait le tour des questions. Y’a de la marge !

Nature Sauvage

« Nature Sauvage » est moins axé sur les problèmes d’environnement, plus sur la faune et la flore.
On l’a réalisé en partenariat avec les Parcs nationaux français, il y a trois ans. Port Cros, Mercantour, une dizaine de Parcs au total. Au niveau de l’organisation, ça n’a pas été super simple ! La « mécanique » est plus ludique que Bioviva, un peu plus élaborée. Le jeu est familial mais aussi ciblé « ados ». Il y a plus de rebondissements, de rythme, de « fun ».

Est-ce un jeu où le professeur de sciences naturelles a plus de chances de briller que les autres ?
Non. Il faudrait vraiment avoir un animale et végétale pour avoir quelques chances supplémentaires, sans même être assuré de gagner. Le joueur doit réaliser le bon amalgame entre la stratégie et la déduction, mâtiné d’un peu de chance… Et comme on peut collaborer avec ses partenaires, être sympathique avec eux ne nuit pas !

Une petite particularité pédagogique ?
Celle de montrer que nous sommes dans un beau pays, avec certainement la plus grande bio-diversité au monde. On a la chance d’avoir des milieux marins, montagneux, tempérés, il n’y a pas beaucoup de pays qui ont tout cela à la fois ! On a de très beaux Parcs pour protéger cette bio-diversité, il est important de montrer ce qui est mis en œuvre pour assurer la pérennité de tout ce joli monde.

Ushuaïa

Pourquoi une référence à une telle émission dans ce jeu ?
Tout simplement parce que nous en sommes de grands fans ! On s’est donc rapproché de la fondation Nicolas Hulot, qui nous a mis en contact avec « TF1 licences »… Notre clientèle n’étant pas toujours copain-copain avec TF1, on s’est posé quelques questions… Pour ma part, ce n’est pas non plus la chaîne que je regarde tous les jours… Problème ! On y va, on n’y va pas ? On y est finalement allé, parce que l’émission véhicule des valeurs qui sont tellement proches des nôtres qu’on ne pouvait pas se le refuser.

Vous avez sans doute bien bétonné votre contrat au niveau de vos exigences techniques sur le jeu ?
Il était clair que la conception du jeu devait nous revenir. On le souhaitait entièrement « éco-conçu », réalisé avec des matériaux recyclés et selon notre charte… On pensait qu’il y aurait 10 % de chances pour que ces exigences soient acceptées, et c’est passé

Nicolas Hulot a-t-il été satisfait du résultat ?
Très, il nous l’a fait savoir.

Et le petit logo TF1, en bas à droite…
Il s’agit d’une co-édition, et sa présence est liée aux termes de notre contrat. On nous le reproche, bien sûr, et ça nous a même fermé les portes de quelques magasins, chez les durs de durs… ce que je comprends et respecte. Mais TF1 n’empêche pas Nicolas Hulot d’être un homme engagé, avec une vraie conscience morale. De la même manière, le jeu Ushuaïa reste fidèle à nos valeurs.

Quel est le ressort du jeu ?
L’aventure, la découverte du monde. Chacun a une mission dans le jeu : faire un reportage sur un volcan qui commence à fumer, par exemple. Les joueurs vont alors se déplacer à pied, en montgolfière, en bateau, etc… Il y a plein de cartes « aventures » que l’on tire et qui permettent d’interagir avec d’autres joueurs, de faire du troc, d’avancer plus vite, d’éviter des problèmes météo… Beaucoup de rebondissements et jusqu’au bout, on ne sait pas qui va gagner !

Qualités requises ?
Beaucoup de stratégie, de la curiosité, un peu de chance et quelques connaissances.

Public concerné ?
Ados, famille. Ce jeu est notre plus grand succès pour l’instant.

Les jeux pour enfants

Que dire de ces « Drôles de Petites Bêtes » ?
Je suis tombé sur un des livres de la collection : fabuleux ! Antoon Krings est l’auteur vedette de Gallimard Jeunesse, il a vendu 11 millions d’exemplaires de ces Drôles de Petites Bêtes… C’est un succès phénoménal, avec un regard féerique sur le monde des petits animaux qui m’a véritablement scotché ! On ne pouvait que demander la licence et on s’est rencontré très rapidement (Antoon Krings est Français, comme son nom ne l’indique pas). On lui a présenté notre approche et ce qu’on voulait véhiculer, ça lui a parlé d’emblée et il a vraiment eu envie de faire quelque chose avec nous.

Ces jeux donnent certainement lieu à beaucoup de travail avec les enfants avant d’être élaborés ?
Ils sont validés en école maternelle. On fait de très nombreux tests par groupes d’âges, et on modifie de nombreuses fois en fonction de ce que l’on observe, jusqu’à ce que ça roule. On inclut dans ce travail un adulte, auxiliaire ou professeur d’école.

Combien de temps dure une partie ?
Les enfants ont le temps… Entre 5 minutes et deux heures ! Mais ce ne sont pas vraiment des « parties », on joue tant que l’on en a envie, entre un quart d’heure et une demi-heure en moyenne.

Il y a quatre jeux « Drôles de Petites Bêtes ». Comment choisir ?
Nous voulons que l’accès à ces jeux, qui permettent de sensibiliser au monde qui nous entoure, soit ouvert à toutes les bourses. Nous avons donc deux formats de jeux, pour répondre à deux niveaux de prix possibles : 13 euros pour les petits jeux ou 26 euros pour le « Roi du Jardin », un jeu de plateau.

On les décrit ?
– Le loto des silhouettes : Chaque enfant doit placer les cartes des « Drôles de Petites Bêtes » qu’il tire sur la silhouette en ombre chinoise correspondante.
– Le méli-mélo : Chaque « Drôle de Petite Bête » est coupée en deux parties. On peut assembler « Loulou le Pou » avec « Léon le Bourdon » et créer des animaux un peu imaginaires, en jouant seul. Pour une partie, c’est le premier qui a assemblé tous ses personnages comme il convient qui gagne.
– Le troisième est un domino, très éducatif : il s’agit d’assembler trois pièces : l’insecte, avec sa parure, un chapeau ou tout autre accessoire ; la deuxième pièce est justement cet accessoire, qu’il a fallu repérer auparavant, la troisième portant les couleurs dominantes de cet animal : rouge et jaune rayé, pointillé brun et vert, etc…
– Le Roi du Jardin est un vrai jeu de plateau. Le but est d’arriver à la case centrale, sur la couronne. On a fait appel, pour y réfléchir, à l’une de nos amies, spécialiste des enfants qui a collaboré à énormément de jeux pour la tranche des 3 à 6 ans. Il en ressort qu’à cet âge-là, on peut facilement faire passer l’idée de la coopérativité, de l’initiation à la nature, l’envie de protéger les animaux, le rêve, la douceur… En tenant compte de l’idée de coopération, on a fait en sorte qu’à chaque fois que l’on gagne, on puisse faire profiter de sa progression à un autre partenaire dans le jeu. On avance, et on aide son ami à avancer également. Entre 3 et 6 ans, les enfants sont très perméables à ce type de valeurs. Ce jeu nécessite beaucoup d’observation aussi : repérer les antennes d’un animal, ses rayures sur le corps, etc… ce qui permet d’avoir un regard affectif sur ces animaux. Un enfant peut jouer seul aux « Drôles de Petites Bêtes », ou avec un, deux ou trois autres petits copains.

L’accueil de ces jeux a-t-il été bon ?
Excellent ! Sans commune mesure avec tout ce que nous avions fait dans le domaine de l’enfance auparavant.

Tu nous as décrit la volonté de Bioviva de ne pas donner dans le catastrophisme et la culpabilisation. Mais est-ce qu’a contrario l’ensemble n’est pas un peu trop « politiquement correct », comme si l’homme n’était jamais soumis au vice, à un moment de faiblesse, d’agressivité… Le tigre mange pourtant bien l’antilope !
Je ne pense pas qu’on soit dans labéatitude… Il y a même une certaine impertinence de base chez Bioviva, qui se reflète dans nos jeux. Mais il y a une forme à donner à tout cela. On pense que pour faire bouger les choses il faut savoir en donner envie, ce qui passe rarement par la critique, la noirceur ou la causticité.

De quels jeux t’es-tu nourri avant d’en créer ?
Les jeux de rôles, beaucoup. J’aime les mondes imaginaires, les jeux où il y a un véritable univers… comme celui de Tolkien, « Le Seigneur des anneaux ». Les jeux de société aussi, Scrabble, Colons de Katan, Risk… Les jeux de stratégie… Et les cartes, poker, tarot, bridge quand j’arrive à trouver des partenaires… Mais le jeu que je préfère, ce sont les échecs !

Notre petit jeu à nous : si tu avais à choisir un livre, un disque, un tableau ?
– le livre : Risibles amours, de Kundera
– le disque : « Négresse Blanche », d’Arthur H.
– J’aime beaucoup la peinture contemporaine, mais je choisirais Vermeer,
pour son approche de la lumière. Une toile particulière ? L’Astronome.

Bonnes réponses ! Une petite dernière pour la route ?
Vive le vélo !

JM