Les fruits secs – Entretien : Rapunzel

Initialement publié en décembre 1999

Marchands de figues !

Vous êtes de grands consommateurs de fruits secs. Nous en sommes donc de grands vendeurs, et Rapunzel notre grand fournisseur… Ce qui nous a valu une grande virée en grande pompe en Avignon (4 personnes !) pour rencontrer les gentils acteurs de Rapunzel France : François, le patron, et Véro, commerciale emblématique, historique et appréciée. L’occasion de vous donner une petite idée de la filière.

François

François

Sat’info : Rapunzel est une société allemande. Qui en est à l’origine ?
François : – Joseph WILHEM. En 1976 il distribue quelques produits bio, à petite échelle. Pour s’approvisionner en fruits secs, il part en voiture en Turquie (une coccinelle, tout un symbole !). Ces fruits sont non soufrés, non gazés, c’est une première étape. En 85 – 86, il décide de mettre en place les premiers programmes bio en Turquie.

Qu’est-ce qu’un programme ?
C’est la mise en place de structures permettant de cultiver et de récolter en collaboration avec les paysans, en s’inscrivant dans la durée. Il n’y a pas de ”coups commerciaux”, on s’engage. Rapunzel achète la production à un prix qui est supérieur à celui du marché et instaure un climat de confiance, favorable au bon boulot.

Les turcs ont-ils contribué à l’élaboration de ces projets ?
Oui, grâce à Attila ERTEM, qui a créé un bureau de conseil en 1990 et qui a développé toute la filière sur place. C’est également lui qui a fondé une nouvelle société en 1998, ”Rapunzel Organic”, société qui a la possibilité d’exporter. D’autres acteurs ont été déterminants, notamment au village de TEKELIOGLU, où tous les paysans se sont convertis au bio.

Quelles sont les motivations de ces paysans pour passer au bio ?
Dans un premier temps, l’argent, puisqu’ils vendent plus cher. Mais certains paysans se sont rendus compte que leur terre s’appauvrissait au fil du temps et que les solutions chimiques n’étaient plus adéquates. Le bio leur apporte une réponse.

Vous insistez beaucoup sur le côté social de votre collaboration avec les turcs. Qu’est-ce que les programmes leur apportent à ce niveau là ?
Au village de TEKELIOGLU, beaucoup d’aménagements profitables ont été faits : l’acheminement de l’eau du lac vers les champs, la ré-intégration du bétail, le reboisement du village, mais aussi des programmes de formation, d’éducation pour les femmes, la construction d’une salle de mariage. La mise à disposition d’un ingénieur agronome, aussi, et surtout la possibilité pour eux d’investir sur le long terme, le débouché commercial de leur culture étant assuré et payé au prix fort.

Toute cette production est destinée à l’Europe du nord. Avec un esprit un peu cynique, ne peut-on pas trouver un côté néo-colonialiste à cette expérience ?
La différence, c’est que pour ces programmes il n’y a pas un seul allemand en Turquie ! Tous les collaborateurs de Rapunzel Organic sont des turcs, y compris les cadres. Petite anecdote : lors de l’inauguration de la nouvelle structure Rapunzel, j’ai pu rencontrer 2 personnes qui ont des magasins bio en Turquie. L’un à Ankara, l’autre à Istanbul. C’est encourageant…

L’âge des femmes qui travaillent à la production est souvent évoqué. Qu’en est-il ?
C’est une des raisons qui a fait que Rapunzel s’est séparé des exportateurs, pour tout maîtriser de A à Z. Les cotisations sociales sont payées pour tous, ce qui est rare en Turquie, et l’âge minimum d’embauche est de 20 ans.

Véro

Véro

Ceux qui sont allés sur place ont pu observer que les ouvrières qui travaillent à l’emballage, sous-traité par une société indépendante, ont des conditions de travail plus discutables…
Ce qui prouve bien le chemin accompli par Rapunzel, et l’intérêt de tout maîtriser !
Veronique : Si les parents gagnent bien leur vie et ont une bonne protection sociale, ils n’auront pas besoin de faire travailler leurs enfants. Il ne faut pas vouloir aller trop vite et tout casser sur son chemin. Ça, ça relèverait d’un esprit colonisateur !

On ne peut pas parler de la Turquie sans évoquer les tremblements de terre et le drame que cela représente. A côté de cela, peut-on encore faire ”comme si de rien n’était” ?
François : – Certains participants au voyage de septembre se sont en effet demandés si leur place était bien là, compte tenu des circonstances. Je pense quant à moi que malgré l’ampleur de ce drame, qui nous touche de près étant donné nos liens étroits avec ce pays, l’économie du reste du pays continue à fonctionner, et même doit fonctionner du mieux possible vu les efforts de reconstruction nécessaires. Si à notre niveau, on peut contribuer ne serait-ce qu’un petit peu à faire prospérer durablement l’économie du pays, alors oui notre place est là et il n’y a pas de scrupules à avoir à être allé découvrir la Turquie.

On a évoqué l’agriculture biologique, mais pas les contrôles. Qui les effectue ?
Une société Suisse, I.M.O. Ils sont installés en Turquie et ont des collaborateurs turcs, ce qui favorise la communication. Ils interviennent plusieurs fois dans l’année et font des prélèvements sur les sols, sur les feuilles. En amont, toutes les parcelles bio sont répertoriées sur le cadastre et dessinées avec précision. Il existe des feuilles de suivi qui consignent tous les traitements autorisés qui ont été faits sur le sol depuis la reconversion.

Rapunzel pratique-t-il ses propres contrôles ?
Oui, sous forme d’analyses. Des prélèvements sont faits sur les fruits et envoyés à Berlin pour des analyses effectuées par des laboratoires très pointus. En attendant les résultats, les lots concernés sont bloqués. Il est arrivé que certains soient rejetés. Parfois à cause d’une négligence, rarement suite à une volonté de frauder. Mais dans ce cas là, si la faute est avérée, l’agriculteur est exclu du programme.

La Turquie n’a pas toujours eu bonne réputation concernant la qualité de ses sols…
La Turquie est effectivement une proie facile pour les grandes multinationales de la chimie, et la dégradation des sols est préoccupante. D’où l’intérêt de développer l’agriculture biologique. Mais la qualité des sols reconvertis est au-dessus de tout soupçon, tant en matière de résidus chimiques que radioactifs.

Pour les fruits secs, Rapunzel communique beaucoup autour des programmes en Turquie. Mais que se passe-t-il en Tunisie, d’où proviennent vos dattes ?
Certains y sont allés, pas moi. J’aimerais le faire bientôt.
Veronique : – La datte pousse toute seule, mais le maraichage qui est fait autour doit être bio. Ceci dit, l’intérêt d’une datte bio réside dans la conservation et dans le conditionnement. Il ne doit pas y avoir de conservateur et elle ne doit pas être glucosée.

Les figues aussi sont peu traitées. Mettre cette culture en avant pour valoriser le bio, c’est pas un peu du cinéma ?
François : – Là aussi c’est surtout au niveau de la conservation que ça se passe. Rapunzel a mis au point la surgélation du fruit (-40° pendant 24 heures), qui évite le gazage au bromure de méthyle. De même, on passe les figues aux ultraviolets pour repérer les aflatoxines, qui sont nocives. Là encore, c’est une technique qui a été mise au point par Rapunzel et qui est d’ailleurs maintenant obligatoire même en ”conventionnel”.
Veronique : – Si on communique sur la figue, c’est aussi parce que le figuier, c’est un arbre magique ! Il se mérite… En Turquie, tout l’environnement est sain autour des cultures, et il faut aller loin en montagne pour les trouver. Tu étais avec nous pour le voir ! En Provence, le figuier porte bonheur. S’il y en a un, on construit sa maison autour !

L’abricot bio est noir lorsqu’il est sec. Pourquoi ?
François : – Parce qu’il n’est pas soufré. On procède à ce traitement en ”conventionnel” pour lui garder sa couleur orange, c’est plus commercial… Mais il est plus acide, alors qu’en bio, il a des arômes incroyables !

D’où proviennent vos amandes ?
D’Espagne ou d’Italie.

Y a-t-il des programmes dans ces pays ?
Non, ce n’est pas le même contexte. Mais la rigueur dans les cultures et les contrôles est la même. De plus, il y a une norme qui définit le taux d’amertume, qui est bas.

Les noisettes ?
Espagne, Turquie.

Si vous, Rapunzel France, vendiez des noisettes corses, ça ne serait pas plus conforme à l’esprit du bio ?
Non, ça ferait un intermédiaire de plus, alors que les corses n’ont pas besoin de nous pour vendre leur production.

Nous avons parlé tout à l’heure de l’histoire de Rapunzel. Comment a démarré la branche ”Rapunzel France” ?
Il existait une société allemande qui s’appelait Natouring. Elle importait des produits frais de France. Nous avons eu l’idée, avec VERO et JÜRGEN (actuel patron de ”Bleu-Vert”, qui distribue Logona) de profiter du retour des camions vides pour importer des produits allemands. Des Jus Voelkel, des bières, du sucre Rapadura etc… Lorsque Natouring a acheté ses propres camions, la boite a coulé. Nous avons fait le tour des fournisseurs allemands et décidé d’importer les produits Rapunzel.

Il y a manifestement un ”esprit Rapunzel”. Le retrouve-t-on dans la branche française ?
On croit à ce qu’on vend.
Veronique : – Ça fait 9 ans que j’y suis, c’est parce que je m’y trouve bien. (Elle a 3 propositions de travail par semaine ! N.D.L.R.). Et on connaît tout le monde, de la production aux clients. Tu connais beaucoup de boites d’import où l’on dort chez les gens qui produisent ?

Pour terminer, les petites questions Sat’info : Votre fruit sec préféré ?
François : – l’abricot
Veronique : – la figue !

Un tableau, un livre, un disque…
Veronique : – ”les tournesols” de Van Gogh, c’est commun, mais c’est comme ça !
– ”La cinquième montagne”, de Pablo Coelho.
– Lhassa est une chanteuse Sud-Américaine que j’écoute beaucoup actuellement. Mais ma chanson préférée, c’est ”les cactus” de Dutronc !
François : – ”L’église de Carghèse”, de Toffoli.
– ”Jonathan le goéland”. Lu et relu.
– ”Say it ain’t so joe”, de Murray Head. (Décidément, ce disque a marqué nos fournisseurs !).

Quelque chose à ajouter ?
François : – Natouring travaillait déjà avec Satoriz. Je suis heureux que des années après, Rapunzel et Satoriz travaillent toujours ensemble.

JM