Les cosmétiques solides “cosmo naturel”

Initialement publié en mai 2020

La société Gravier est pionnière dans le domaine des produits d’hygiène et d’entretien biologiques. Jean Gravier, son fondateur, est un financier devenu… pasteur à Uzès, dans les Cévennes. En 1975, conscient des effets de la pollution sur les sols et les organismes, il a l’idée de créer la première lessive bio et concentrée. De pasteur, il devient producteur de soins pour la maison non polluants et milite au sein du mouvement Nature & Progrès. Quelques années plus tard, il produit sur l’une des plus grosses surfaces agricoles bio de France, déjà équipée de panneaux solaires, des céréales et des plantes aromatiques distillées sur place. Son fils, Jean-François, pharmacien de métier, prend le relais en 2002. Il met en place la production de produits d’hygiène et de cosmétiques bio et faire construire un nouveau laboratoire en 2011 : un bâtiment Feng shui de 3700 m², quasiment autonome en énergie, où fourmillent plus d’une cinquantaine d’employés sous un toit recouvert d’un jardin provençal mâtiné de zénitude. Ici, on enlèverait presque ses chaussures avant d’entrer…

Dans la famille Gravier, l’engagement pour le bio se greffe à une culture transversale de la pharmacopée, intégrant la reconnexion de l’homme avec la nature. La particularité des produits Gravier ? Ils sont simples et concentrés, avec des exigences allant systématiquement au-delà des cahiers des charges actuels : une sélection minutieuse des ingrédients, l’absence d’allergènes et de conservateurs, des matières premières régionales autant que possible, des formulations améliorées au fil du temps… Depuis cette année, Gravier nous propose des produits d’hygiène solides à la marque “cosmo naturel”. Ces derniers permettent de limiter le recours à l’eau, et donc à l’emballage plastique. Un gel douche solide équivaut à deux gels douches liquides. Et surtout, ce sont des produits “plaisir” agréables à utiliser (ça mousse !) et efficaces.

 

Mardi 24 mars 2020, en plein milieu de la crise que l’on sait, nous téléphonons à Jean-François Gravier pour prendre des nouvelles… Et connaître sa formule magique.

 

Comment ça va chez les Laboratoires Gravier ?
En tant que pharmacien, j’en connais un rayon niveau hygiène ! Nous avions donc mis en place certaines mesures bien avant les annonces gouvernementales : les mains de toute personne entrant dans le bâtiment ainsi que toutes les poignées de porte sont désinfectées, tous les salariés se tiennent à plus d’1,50m les uns des autres, un roulement est organisé pour profiter du réfectoire… Actuellement, nous fonctionnons en 3/8. Nous avons fait deux équipes séparées, l’une produit du gel hydroalcoolique et du désinfectant, l’autre s’occupe des produits plus classiques, avec une priorité sur les best-sellers. On court après les flacons et l’alcool, l’une de nos machines est coincée en Italie, la moitié de nos salariés ne vient pas travailler… Mais ça va !

Parmi vos “best-sellers”, on trouve d’ailleurs depuis cette année des produits d’hygiène solides, gels douche et shampoings. Comment en êtes-vous venu à
les développer ?
Toujours en tant que pharmacien, je connais les produits solides depuis longtemps. Les tout premiers, des “pains dermatologiques sans savon”, étaient prescrits par les dermatologues. Ils étaient gélifiés et durcis avec une formule assez spécifique. Il était compliqué de les fabriquer en bio, car les ingrédients permettant de les durcir ne rentraient pas dans le cahier des charges, ou alors les produits n’étaient vraiment pas agréables à l’usage… L’année dernière, avec les discours sur le plastique et le zéro déchet, le marché des cosmétiques solides s’est accéléré et de nombreux acteurs sont arrivés, certains avec des produits garantis par le label Cosmébio, d’autres pas bio du tout. Toute une partie de la clientèle est prête à les utiliser afin de réduire ses déchets, mais personnellement je ne les trouve pas très agréables à l’usage… Je me suis dit qu’il fallait qu’on sorte quelque chose : la tendance zéro déchet est dans la continuité de l’identité Gravier, nos produits ayant toujours été plus concentrés*. En 1988 nous avions déjà lancé des écorecharges permettant d’économiser 88 % d’emballage, mais personne n’en voulait à l’époque ! 

*Marques d’entretien Lerutan, Harmonie verte, d’hygiène Cosmonatural…

Comment avez-vous fait pour qu’ils soient à la fois agréables et efficaces ?
Tout est dans la formule ! Je surveillais depuis longtemps les matières premières compatibles avec le cahier des charges Cosmos, le seul que nous utilisons car c’est le plus strict. Avec ce label, on n’a pas bien le choix, il n’y a que deux ou trois tensioactifs autorisés… Il interdit notamment le SCI, le tensioactif le plus utilisé par les fabricants à l’heure actuelle. Nos formulations étaient plus ou moins prêtes, nous les avons finalisées en quelques semaines. La partie la plus difficile a été l’industrialisation : je voulais éviter de passer par le moulage, qui implique de chauffer le produit, ce qui peut nuire à la qualité de certains ingrédients. J’ai donc tout misé sur la formulation, ce qui est possible chez nous car nous faisons tout en interne.

Alors, cette formule magique ?
Si je la pose sur papier et que je la montre à un formulateur, il va me dire qu’elle ne tient pas debout car le côté “agréable” et moussant est apporté par une phase huileuse qui habituellement empêche la formation de mousse. Mais nous sommes allés piocher dans trois univers : les émulsions, les produits liquides et les produits solides de manière globale, comme les cires. En prenant un peu de chaque technologie, nous avons réussi à faire un produit qui mousse et qui surprend par son côté agréable !

Oui mais, y’a quoi dedans ?
D’abord, il n’y a pas de savon, même si le produit en a la forme. Certains shampoings solides sur le marché sont à base de savon, pas terrible à cause du pH notamment, et qui rend les cheveux rêches… D’autres contiennent une grande quantité de tensioactif, pas suffisamment équilibrée par la partie huileuse, d’où un effet soit asséchant, soit graissant. Dans nos produits, toute la partie permettant de solidifier est à base d’huiles et de cires. Cette phase huileuse empêche le dessèchement de la peau et permet de gainer les cheveux. Selon les produits, on ajoute ou non un peu d’argile, qui absorbe l’humidité. Nous avons également fait un gros travail sur les parfums, généralement employés sous une forme liquide, afin de les rendre moins humides. Nous avons fabriqué des extraits concentrés, toujours avec des parfums naturels et bio contenant le moins d’allergènes possible. Finalement, la composition d’un produit solide est plus simple que celle d’un produit liquide, car il y a moins d’ingrédients. On rejoint le concept de “slow cosmétique”, qui a toujours été notre manière de faire : si on a de bons ingrédients, pas besoin d’en ajouter cinquante autres qui ne servent qu’à faire du marketing ou à jouer sur “la peur de” (comme les conservateurs, les anti-allergènes et autres).

Gros avantage du solide : l’emballage est réduit !
On supprime le plastique et on optimise le transport des produits, plus légers et compacts, mais on supprime également les conservateurs. Qui dit absence d’eau dans le produit, dit que l’on peut faire du vrai “sans conservateur”, et ça, c’est une excellente chose ! Car c’est l’un des derniers hiatus en bio : tous les produits d’hygiène et de cosmétique contenant de l’eau contiennent également des conservateurs, qui n’existent pas à l’état naturel et ne peuvent donc pas être bio. Au mieux, on a un dérivé de glycérine, mais il est très asséchant et allergisant et on ne peut pas en mettre plus de 4 %. L’alcool, pas très bon pour la peau, n’est pas une bonne option non plus. La cosmétique solide permet de dépasser ce hiatus. Finalement on fait comme les anciens qui conservaient le poisson en le faisant sécher, tout simplement !

C’est donc une nouvelle ère chez Gravier ?
On va sortir un maximum de produits en solide. Déodorant, dentifrice, gel intime… C’est vertueux, alors on y va.

CC