L’agriculture pour les nuls

Initialement publié en mai 2005

CHOUX1Le choix d’un type d’agriculture est l’un des enjeux majeurs du monde à venir. Encore faut-il en capter la sève pour en évaluer la pertinence…
« Pour les nuls », on avait dit ? On reprend : encore faut-il piger pour ne pas être trompé…

L’agriculture traditionnelle

Celle d’avant la mécanisation. Celle qui nourrit encore aujourd’hui la plus grande partie de la planète, puisqu’elle est encore très présente dans les pays du Tiers-Monde. Une agriculture sans pétrochimie, forcément écologique, durable et parfois performante, même si ça n’est pas sous forme de « rendement à l’hectare »…
Attention : nous parlons ici « d’agriculture traditionnelle ». Mais, dans le milieu bio, beaucoup évoquent « le traditionnel » ou « trad » pour désigner… ce qui n’est pas bio ! Une confusion qu’il vaut mieux éviter, puisque nous disposons d’assez d’autres gros mots pour qualifier ce qui va contre nature… Voir rubrique suivante.

L’agriculture conventionnelle,ou industrielle, intensive, chimique, chimisée… (parfois à tord appelée « trad »)

Tout est fait pour le rendement : la terre (lorsqu’il y en a !) ne nourrit plus le végétal, elle n’est qu’un support à engrais chimiques. Tout ce qui gêne est éliminé grâce aux pesticides : herbes indésirables, insectes… Ce système était censé sauver la planète de la famine, il est en train de la détruire : les terres s’assèchent et meurent, l’eau manque, les écosystèmes sont menacés, les pesticides diffusent leur toxicité tous azimuts et se retrouvent même jusqu’au pôle nord, allant jusqu’à nuire de manière préoccupante à la santé de populations comme les Inuits, qui ne cultivent pourtant jamais…

L’agriculture intégrée

Une démarche intéressante née dans les années 50 : il s’agit d’intégrer toutes les possibilités existantes pour améliorer la production, qu’elles soient biologiques ou chimiques. Une observation fine des écosystèmes permet de les respecter, tout en intervenant avec des doses réfléchies de chimie lorsque c’est jugé nécessaire. On parle alors de « lutte intégrée », de « protection intégrée »… L’idée s’est bien développée dans les années 70, notamment pour les cultures fruitières.

Agriculture-raisonneeL’agriculture raisonnée

Elle est officiellement née en 1993, plus ou moins dans le sillage de l’agriculture intégrée dont elle essaye de récupérer la filiation et la bonne image… Mais elle est infiniment plus discutable et donne lieu à des débats passionnés, voire virulents…
Son but : trouver quelques réponses aux questions environnementales que ne manque pas de poser l’agriculture conventionnelle.
Ses moyens : des mesures de bon sens, regroupées en un référentiel bien léger (souvent involontairement drôle)…Grosso modo, il s’agit d’essayer de limiter les effets néfastes de l’agriculture intensive, tout en en gardant la logique : engrais, pesticides, pas de rotations, recherche du rendement maximum.
Où est donc le progrès ? Il pourrait se résumer à « respecter les doses prescrites… »

Ce que l’on peut en penser :
– nombre d’agriculteurs prennent conscience des graves problèmes liés à l’agriculture conventionnelle (dont la dégradation de leur propre santé) et cherchent à agir en s’orientant vers l’agriculture raisonnée. On ne peut que saluer leur démarche.
– Et pourtant… L’agriculture raisonnée apparaît à beaucoup comme une simple réponse commerciale destinée à « contrer » le bio, et l’on sait qui est derrière : la grande distribution, qui tient là un produit beaucoup plus facilement disponible que le bio, et les industriels de la pétrochimie. Ceux-ci ont trouvé la solution pour garder les agriculteurs inquiets sous leur coupe, puisqu’il s’agit toujours d’utiliser « plus ou moins d’engrais », « plus ou moins de pesticides »…

La biodynamie

Née en 1924, en Silésie (en Pologne actuelle) : la première « apparition » du bio (le terme apparition n’est pas si décalé, les principes fondamentaux de la biodynamie ayant quasiment été « révélés » à son fondateur, Rudolf Steiner). Il s’agit d’un ensemble de connaissances et pratiques complexes, subtiles, pas toujours évidentes à comprendre…
Retenons trois grands principes :
– la ferme est un « organisme agricole » intégrant animaux et cultures dans un système diversifié. Ceci dans le meilleur des cas, puisqu’il est tout de même possible de ne faire que de la culture en biodynamie (vigne, pomme, etc…)
– on tient grand compte des rythmes de la nature à tous niveaux pour cultiver : jour, nuit et saison bien sûr, mais également marée, influence des astres, cycle de fécondité etc…
– on applique sur les cultures ce que les bio-dynamistes appellent des « préparations » : en gros, de l’eau longuement brassée avec de faibles quantités d’ingrédients soigneusement choisis.
On n’est pas toujours dans le rationnel avec la biodynamie… parfois dans le carrément bizarre… souvent dans le spirituel… certainement plus que nulle part ailleurs dans la compréhension et le respect du vivant.
La plupart des produits bio-dynamiques sont certifiés par le label Demeter. Tout produit Demeter est automatiquement garanti AB, même si cela n’apparaît pas sur l’étiquette.

JM