La Chine en bio

Initialement publié en janvier 2007
Yuan Hong dans son entrepôt de soja.

Yuan Hong dans son entrepôt de soja.

Nous vendons quelques denrées en provenance de Chine. Azukis, haricots rouges, blancs ou mungo, soja, arachides, graines de courge… Vous les achetez. Comment sont cultivés ces aliments ?

Allons donc voir.

Cliché que d’évoquer la Chine en pointant du doigt ses mégapoles polluées… Mais ce qui est cliché n’est pas erreur pour autant. Pékin inquiète. Et l’arrivée dans la ville de Dalian, mille kilomètres plus loin en direction de la Corée, ne vient pas adoucir le tableau. Cette agglomération « moyenne » de quelques cinq millions d’habitants (!) remet carrément en cause ce que nous croyions savoir sur le sujet : hé, la réalité est encore pire !… À part ça ?

Une des plus grosse entreprise de distribution de produits bio en Chine, Huaen Organic Foods, se trouve à Dalian… Yuan Hong nous y accueille, et nous guidera tout au long de notre voyage. Ce jeune chinois parle anglais, ce qui est encore rare ici. Il est jovial, drôle, pas cérémonieux pour un sou et nous donne une bonne idée de ce que devient la Chine : elle s’adapte.

Les produits qui sont triés, stockés et commercialisés ici ne sont heureusement pas cultivés dans les environs, mais cinq cents kilomètres plus au nord. Une paille… La route finit par nous sortir d’une zone urbaine pas très sympa et nous plonge enfin dans les vastes campagnes. Ouf.

Arachides au premier plan, puis azukis, sorgho et maïs. Derrière se trouve le soja, l'ensemble étant encadré par de grandes haies.

Arachides au premier plan, puis azukis, sorgho et maïs. Derrière se trouve le soja, l’ensemble étant encadré par de grandes haies.

La destination convoitée est une province pionnière dans le domaine de l’agriculture bio. Son chef-lieu, Liazong. Vision plus commune d’une ville pauvre où la modernité s’incruste anarchiquement par petites touches. C’est ici que nous rencontrons les responsables agricoles du gouvernement régional. Repas en soirée et tradition locale : celles de défier amicalement un convive en l’incitant à boire d’un trait un verre plein d’une terrible eau-de-vie… Et ce à répétition, bien sûr. Pas moyen de se défiler… Vous avez beau évoquer un pseudo-ulcère à l’estomac, les recommandations de votre maman ou le règlement intérieur de Satoriz qui interdit l’éthylisme sur le lieu de travail, rien n’y fait. Il faut donc ruser, ce qui n’est pas beau. Mais quand il s’agit de survie… Dieu merci, les nombreux plats qui nous sont présentés sur une belle table ronde sont tous fameux. Viande, poisson et tofu s’y côtoient. Le tofu est étonnamment souple et onctueux, très délicat. Il sera présent à presque tous les repas.

C’est dans cette région qu’il fut probablement « inventé », il y a bien deux ou trois mille ans. Normal, puisque nous sommes en plein berceau de l’agriculture, et principalement du soja.Que celui-ci ait vu le jour ici ne surprendra d’ailleurs pas, le climat étant idéal pour la culture des légumineuses : 700 millimètres de pluie par année, 180 jours sans gel, de la bonne eau s’il en faut, du soleil et des

Soja et azukis

Soja et azukis

terres aujourd’hui bonifiées par des millénaires de fertilisation au compost… tout est favorable. On y produit donc, outre le soja, des azukis, pois chiches et haricots mungo, mais aussi du riz, maïs, sorgho, des arachides ou graines de courges tout comme quantité d’autres végétaux que l’on retrouve, dans le cas du bio, sur de nombreux étals étrangers.

Ce qui intrigue avant tout sur les terres que nous visitons concerne l’organisation de l’espace. Tout est grand ici, voire immense, mais jamais sans fin : les perspectives sont toujours cassées par une rangée d’arbre, une haie. Soit ce qui est nécessaire pour couper le vent ou abriter des insectes. Le terrain est organisé en larges partitions de riz ou de soja, entrecoupées de plans de maïs, de sorgho… Des rangs qui s’enchevêtrent selon des principes que nous ne savons décrypter mais qui témoignent d’un art majeur dans le domaine de la polyculture. Le plus surprenant n’est pourtant pas là… Il réside dans ce qui est absent : les machines. La mécanisation n’a en effet pas pénétré les campagnes que nous avons sous les yeux. Ceci a un effet direct sur la qualité de ce qui est produit : le désherbage se fait manuellement, le coût de la main-d’œuvre n’étant pas ici un problème, pchine3as plus que sa disponibilité. Cette région n’a d’ailleurs jamais eu recours aux herbicides, ni aux engrais chimiques. Seuls des insecticides et fongicides furent parfois utilisés et sont en phase d’être totalement abandonnés grâce… au collectivisme ! Les autorités politiques ont en effet décidé de protéger la qualité de l’eau provenant des trois rivières qui drainent la province de Liazong en interdisant tout usage de produits chimiques qui pourraient les polluer. Exit le peu de pesticides qui y était employé. Les paysans n’ont donc aujourd’hui pas le choix : ce qu’ils produisent dans cette région doit être bio, ou le devenir. Une démarche relativement facile à mettre en œuvre, puisque l’agriculture est ici étatisée. Merci de ne pas voir dans ces quelques lignes une posture idéologique que nous n’avons pas envie de défendre… simple constat : des milliers d’hectares sont ainsi totalement préservés de manière homogène, une performance dont nous serions bien incapables en France.

L’eau constitue un atout dans ce contexte bio. De par sa qualité, nous l’avons vu, puisqu’elle est optimale. Mais aussi parce qu’elle est maîtrisée par de très ingénieux systèmes de canalisation qui permettent soit d’irriguer, soit d’inonder totalement les champs de riz afin de noyer et donc d’éliminer naturellement les « mauvaises herbes » lorsqu’elles deviennent trop gênantes.

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Les oeufs de ver à soie

Le savoir-faire agricole est ici sans équivalent dans le monde. La pérennité de la civilisation chinoise est garante de techniques longuement affinées. Mais à ces connaissances ancestrales s’ajoute le fruit de recherches étonnantes dans le domaine du bio. Pour lutter contre les insectes, des chinois ont innové en mettant au point à Liazong une bien belle solution qui fait aujourd’hui école dans toute la Chine. Le principe en est simple et s’appuie, là aussi, sur une très vielle tradition chinoise : l’élevage du vers à soie. Ceux – ci se transforment en papillons et pondent leurs œufs. Des agronomes ont remarqué que lorsque ces œufs étaient investis par un insecte parasite, ce dernier s’y développait. On peut alors tirer avantage de la situation en

Les œufs de vers à soie faisant éclore ces œufs dans les champs où les insectes parasites grandissent et deviennent prédateurs d’autres insectes, eux-mêmes responsables des ravages agricoles. Un peu comme on utilise les coccinelles, chez nous. En contaminant volontairement de nombreux œufs de vers à soie, on obtient donc un support très pratique à disséminer dans les cultures, à raison de 500 œufs par hectare qui protégeront des attaques de nuisibles. Cette technique toute simple dans le principe s’est révélée être tellement efficace qu’elle en est devenue emblématique. Le centre de recherche de Liazong est aujourd’hui un centre de formation pour futurs agriculteurs bio, partout en Chine.

chine4Et puis il y a les récoltes. Nous avons vu des femmes courbées jusqu’au sol pour déterrer les arachides. Il en est de même pour toutes les cultures, qui restent manuelles. Ces paysannes sont organisées en équipe, sous la surveillance de leur chef, une autre femme. Elles s’arrêtent spontanément de travailler à notre vue, carrément étonnées : la Chine est aujourd’hui très visitée, mais pas dans ces campagnes reculées… Puis elles s’esclaffent lorsqu’on pose avec elles et jouent le jeu de la photo souvenir avec plaisir, mais non sans timidité. Bonheur partagé.

Retour à Dalian. Les graines sont triées à la main. Tous les lots sont consignés et une traçabilité parfaite permet de retrouver la parcelle qui a produit la moindre graine, comme partout dans le monde dès lors qu’il s’agit de bio.

Épilogue

Un court séjour comme celui-ci ne permet bien sûr pas de valider à lui seul ce qui se passe sur un tel territoire, mais nous n’avons pas plus de doute à avoir sur la qualité de ce qui est cultivé en Chine que pour n’importe quel autre aliment bio produit en France ou dans le monde. Ecocert International est ici garant du respect de toute procédure.

chine6Les Chinois sont des champions de l’agriculture. Ils comprennent aujourd’hui la nécessité de produire en bio et s’organisent pour. À l’inverse de notre propre système qui se montre incapable de répondre à la demande alors que c’est principalement en France que de nombreux pionniers se sont évertués à creuser de vastes sillons d’avenir. À part ça, disions-nous ?

Et bien l’on se félicitera que la Chine, pays que l’on ne cesse de fustiger pour son insupportable croissance, montre massivement la voie dans le domaine du bio. Même si c’est avant tout pour des raisons commerciales. Même s’il s’agit en premier lieu de nourrir les marchés étrangers. On se contenterait volontiers de ne faire qu’aussi bien.

JM