Guérison illégale

Initialement publié en juillet 2003

exercice-illegal-de-la-guerison“Notre système médical est devenu pervers au point que l’intérêt des médecins peut parfois être contradictoire avec celui des malades (…) Une critique des pensées et des pratiques médicales s’impose dans notre pays. Réformons les études médicales, on y apprend trop de statistiques (pour la plupart assez falsifiées, mensongères, erronées et fallacieuses), pas assez d’humanisme”*.

Qui peut donc bien être ce révolutionnaire iconoclaste qui s’en prend si violemment à notre système de santé ? Encore un de ces dangereux allumés qui fréquente les magasins bio et soutient les charlatans ? Réponse : le même qui déclarera plus tard et un peu hâtivement qu’“ en France, on peut se soigner librement ” !**. Bernard Kouchner, ancien ministre de la santé et pourtant homme respectable, cité ici plus où moins à charge par Sylvie Simon, l’auteur d’“ Exercice illégal de la guérison ”.

Ce livre est une étude fouillée d’un paradoxe : notre système est techniquement à la pointe mais dramatiquement aveugle et répressif. Toute démarche thérapeutique qui sort du rang est maltraitée, sous les assauts conjugués du conseil de l’ordre, des commissions d’experts, des représentants masqués de l’industrie pharmaceutique et in fine, de la justice. L’ouvrage se résume assez bien à son titre, que l’on pourrait croire provocateur mais qui n’est que juste synthèse d’un propos ici démontré : non, nous ne sommes pas libres de nos choix thérapeutiques, oui, la survie d’un système qui se mord la queue est plus préservée que le bien être de chacun, oui, celui qui exerce dans le seul intérêt de son patient peut être persécuté sur simple dénonciation de sa ligne de conduite, quand bien même il apporte réconfort ou guérison. Sans avoir fait le moindre autre tord que celui de s’éloigner de l’économie-doctrine officielle.
Un propos certes familier à bon nombre de nos lecteurs, mais qui trouve ici confirmation par l’exemple et le témoignage : puissent-ils contribuer à modifier la donne ! Vœux auquel nous associerons une nouvelle fois notre ancien ministre – pas forcément dans le sens premier de son verbe – qui déclarait à propos de la baisse des médicaments sur le sida :

“Si vous êtes illégal, si vous rencontrez l’opposition, c’est que vous êtes dans le bon chemin. Il faut toujours, pour changer la loi, commencer par l’illégalité”***.
Soit !

JM

* La revue des deux mondes, juin 1995, (cité page 18)
** Hôtel Concorde Saint Lazare, 5 février 1998 (cité page 18)
*** Interview au journal “ La Croix ”, 2 mars 2001 (cité page 242)