Guayapi tropical – Entretien : Claudie Ravel

Initialement publié en février 2000

37_guayapi2La société Guayapi nous fournit le guarana et le gomphrena que vous appréciez tant. Ces produits surprenants, à l’emballage aussi chaleureusement exotique que mystérieux appellent au voyage et à la découverte : nous nous sommes donc aventurés au péril de notre vie jusqu’à … Paris, en attendant l’Amazonie ! Hasard ou chamanisme de haute volée, vous lisez ces pages au moment du dixième anniversaire de Guayapi … Ca n’était pas prévu, et ça tombe très bien.

Vos produits proviennent de la forêt amazonienne. Comment la situer ?
60 % de cette forêt se situe au Brésil, le reste étant au Pérou, en Bolivie, en Colombie et au Vénézuela. Le premier guarana que nous avons distribué provenait du mato grosso, l’Amazonie de l’ouest du Brésil, et c’est d’ailleurs là qu’est toujours fabriqué notre sirop au guarana. Mais le gros de notre Guarana sauvage provient de la tribu Satere-Mawe, en pleine forêt. Nous avons des relations très privilégiées avec ces indiens et valorisons leur production, au même titre que les français valorisent leurs appellations contrôlées dans le domaine du vin. Cette tribu est en effet installée depuis 500 ans sur des terres exceptionnelles.

Comment vit-on dans un tel lieu ?
Dans des cabanes en bois, mais cette forêt est comme une mère : lorsqu’on se promène avec les indiens, si on a soif, ils coupent “l’arbre à eau”, et il ne reste qu’à boire ! Si on est fatigué, qu’on a des contractures : une petite entaille à la base de tel autre arbre, et voici une crème très agréablement odorante et réparatrice. On veut faire un feu alors qu’il vient de pleuvoir ? Telle autre feuille brûlera tout de suite, même humide… on pourrait ainsi multiplier les exemples, et pour celui qui la connaît, la forêt amazonienne apparaît comme étant très sécurisante par tout ce qu’elle recèle.

A quel moment les européens ont- ils pris conscience de cette richesse, notamment au niveau des plantes ?
Dès le début, lorsque les portugais sont arrivés au dix-septième siècle. Les hollandais, cinquante ans après, les allemands puis les français, à partir de 1905, ont étudié de manière très approfondie ces plantes. On a un recul bibliographique de plus de 300 ans.

37_guayapiOn sait cette forêt très menacée…
Elle est pillée. Pour son or, son bois et l’intérêt pharmaceutique que représente sa flore pour les grands laboratoires qui recherchent des principes actifs. Ceux-ci profitent du savoir ancestral des chamans pour déposer des brevets avec des formulations qu’ils recréent chimiquement, et il ne revient bien entendu jamais rien aux indiens pour les secrets de ces plantes qu’ils ont su découvrir et dont ils sont dépossédés… (ceci dit, les amazoniens utilisent eux le “totum“ de la plante, ce qui est bien supérieur à une molécule isolée). Pour le bois, il y a maintenant des interdictions d’exploitation, notamment sur le palissandre de Rio. Mais cela n’empêche pas le braconnage, réalisé par de nombreux hors-la-loi, souvent armés de mitraillettes… Celui qui veut observer ça d’un peu trop près joue avec sa vie.

Y a-t-il un espoir de voir les choses s’améliorer ? On a vu notamment le chanteur Sting médiatiser tout cela pour faire avancer les choses…
Oui et non. Les brésiliens ne sont pas clairs par rapport à ce problème, et réagissent souvent en fonction de leurs intérêts à court terme, sans s’organiser (et je fais là une différence avec les indiens d’Amazonie qui eux, ont une attitude plus lucide et concertée). C’est malheureusement lié à la corruption politique et à une mentalité très ancrée dans l’histoire, faite de survie et de débrouillardise plus que de planification. Quant à Sting, il lui a été reproché de se faire une publicité personnelle là-dessus. Je crois qu’il est maintenant plus discret sur le sujet, mais de telles actions sont bien entendu très utiles.

Vous avez choisi de travailler en commerce équitable avec la tribu Satere-Mawe. Qu’en est-il ?
Nous travaillons avec eux sur le long terme, dans le respect de leur tradition, de leur culture. Les Satere-Mawe forment un peuple qui a appris à résister et à s’adapter depuis plus de 500 ans, cela doit continuer. Ils sont organisés en conseil général et nous discutons avec leur chef. Sur le marché, le guarana a un prix qui varie de 1 à 20 selon sa qualité, nous achetons le leur deux fois et demi plus cher que le plus cher d’entre eux ! Ils ont un savoir faire artisanal unique pour le travailler, et des terres qui mériteraient qu’ on les reconnaisse officiellement pour créer une zone d’appellation contrôlée. Pour la petite histoire, on le repère en guettant le vol des toucans. (Un oiseau qui ressemble à un gros perroquet. On peut le voir stylisé sur les emballages Guayapi). Lorsqu’on les voit tourner dans le ciel au-dessus de la forêt, c’est qu’il y a du guarana en bas… Ils en apprécient la pulpe, nous le noyau. La nature est bien faite !

A-t-il une garantie officielle sur le marché ?
Actuellement, seul le label des Satere-Mawe garantit l’origine des terres et l’intervention des hommes selon les méthodes traditionnelles. On devrait très bientôt avoir une garantie F.G.P. (Forest Garden products), qui est un organisme mondial qui lutte contre les monocultures et pour la biodiversification.

GUARAN~2Ce Guarana n’est donc pas bio ?
Non, puisqu’il est sauvage… Mais comme il y a une forte demande des consommateurs pour les garanties bio, nous en proposons un qui est biologique. C’est donc un guarana de culture, et nous le considérons comme inférieur au sauvage qui pousse sur des terres exceptionnelles selon le strict bon-vouloir de la nature (Satoriz fait confiance à Guayapi et ne propose que le sauvage). Par contre, il est intéressant de noter que suite à ma demande, ECOCERT étudie la possibilité de reconnaître le label F.G.P. au niveau européen, car une telle garantie sous-entend le bio. J’ ai reçu une lettre encourageante de leur part le 6 décembre qui me laisse espérer que ces démarches aboutiront, ce qui serait une très bonne chose.

On en parle beaucoup du guarana, mais qu’apporte-t-il ?
Il est utilisé par les indiens Guarani et Satere-Mawe lorsqu’ils partent pour de longues journées de chasse ou de pêche . Il rend volontaire, donne envie de gagner et permet de se concentrer, de travailler. Il est connu aussi parce qu’ il désinhibe et a un effet positif sur l’humeur, ce qui en fait un produit de fête idéal. Et en plus, il n’empêche pas de dormir !

Et le Gomphrena ?
C’est une racine, et c’est la panacée ! Mais autant le Guarana est institutionnel au Brésil, autant le gomphrena est peu connu. Il est extrêmement riche en vitamines, minéraux et renferme tous les acides aminés. On le dit “myorelaxant”, il favorise la détente, le sommeil et la récupération. Il a été testé sur des athlètes après l’effort, les résultats sont étonnants .

Ces résultats ont-ils été étudiés scientifiquement ?
Oui, il existe une bibliographie très importante qui retrace de nombreux travaux internationaux confirmant scientifiquement ce qui a été trouvé empiriquement. Il est d’ailleurs bon de rappeler que 70% des médicaments proviennent de plantes, dont pas mal de la forêt amazonienne, comme le curare, la quinine…Cette forêt compte plus de 100 000 espèces végétales différentes. La tomate et la pomme de terre en sont originaires ! Pour revenir aux travaux scientifiques, les botanistes, chimistes, ingénieurs agronomes et ethnologues étudient, mais les brésiliens rechignent maintenant à divulguer leurs connaissances pour les raisons que l’on a évoquées tout à l’heure. Ce qui n’est pas forcément une bonne chose, car ce qui est caché ou interdit attise encore plus la convoitise, c’est bien connu…

Vous proposez également de l’acérola, sur un marché qui en regorge…
Nous sommes les seuls à proposer de la pulpe d’acérola déshydratée, sans aucun autre ajout. Sa bio-disponibilité est très forte.

Il y a également à votre catalogue des produits du Sri Lanka. Pour quelle raison ?
Le climat du Sri Lanka est le même que celui de l’Amazonie, et il y a de grandes similitudes dans leur végétation. La forêt y a également subi de gros dommages, suite à la monoculture du thé qu’ont pratiqué les anglais pendant un siècle.. Les premières mesures du Forest Gardens Products furent appliquées au Sri Lanka.

Guayapi a donc dix ans… Comment en vient-on à distribuer de tels produits ?
Je tiens la passion des plantes de ma mère, et celle du voyage de mon père, qui était fasciné par les livres et les récits. Mais c’est l’amitié qui est à l’origine de Guayapi : Laerte Coaracy est un chimiste botaniste dont la tante était spécialiste des plantes amazoniennes, et Bernard Touati un médecin à la recherche “d’autre chose“ dans sa pratique quotidienne. Nous avons démarré en important un peu de guarana, sans avoir idée que cela pourrait devenir une activité à part entière…

Qui a réalisé le visuel de votre marque, qui est une réussite indéniable ?
Il provient d’une peinture qu’Hélène Galleron a réalisée, dès le début de Guayapi. Elle est peintre spécialisée dans le trompe-l’œil à Paris, et nous trouvons également que son travail n’a pas vieilli.

GUARANAQue faisiez-vous auparavant ?
Je travaillais dans le prêt-à- porter, avec un patron qui ne recrutait que dans le milieu sportif : je jouais au volley-ball…Ce même patron tenait à ce que chacun s’exprime dans les domaines où il était à l’aise : pour moi, ce furent les licences internationales, la publicité, la communication…Ce Monsieur, c’était Daniel Hechter !

Peut-on en savoir un peu plus sur vos centres d’intérêts ?
La peinture, la musique. Le piano notamment, que j’aimerais pouvoir pratiquer plus. Les voyages, bien sûr ! J’apprécie le vin, et la vie quotidienne dans mon quartier est source de joie : un petit coin provincial dans ce cœur qui bat fort !

Merci Claudie ! Dernière petite question : si vous deviez retenir un tableau, un livre, un disque…
“Paysage de Provence”, Pascal Moscowitch.
“La dentellière”, Patrick Lainé.
“The River”, Bruce Springsteen.

JM