Gamme solaire à l’edelweiss bio Weleda – Entretien : Andreas Ellenberger et Leo Zängerle

edelweissSurprise chez Weleda avec une gamme solaire limitée au strict minimum : une crème, un lait, un après solaire. Surprise avec des indices de protection d’un niveau raisonnable, si l’on compare aux véritables camisoles que sont les formulations concurrentes. Surprise dans la composition de ces produits, avec la présence de Leontopodium alpinum, soit de l’Edelweiss. Une plante que l’on croyait protégée, réservée à la seule vision de ceux qui la méritent en se hissant sur les sommets… Elle se prête à notre grand étonnement à la culture et se révèle être très intéressante en phytothérapie. Satisfaction, avec ces produits agréables qui séduisirent dès l’année dernière un grand nombre d’utilisateurs.

Beaucoup de raisons qui attisèrent notre curiosité au point de vouloir rencontrer ceux qui en sont à l’origine. Visite dans les tout nouveaux locaux des Laboratoires Weleda en Suisse, près de Bâle, où Andreas Ellenberger – Ingénieur Agronome responsable des cultures et de l’approvisionnement durable des plantes difficiles et menacées – et Leo Zängerle – Docteur en chimie en charge du choix des plantes pour le développement des produits – nous ont très gentiment accordé de leur temps.

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Comment en êtes-vous venu à avoir l’idée de cultiver l’edelweiss ?
A. Ellenberger. Nous avions besoin pour certaines préparations pharmaceutiques d’environ 500 g d’Edelweiss par année. Un ami nous les fournissait, par la cueillette. Mais afin de diversifier nos provenances, il nous fallait une autre source. Il se trouve que dès 1995 divers intervenants scientifiques se sont intéressés à l’edelweiss, confortés par l’intérêt d’un fabricant, Ricola, qui voulait vendre des bonbons à l’edelweiss au Japon. Un botaniste a donc travaillé sur la question d’une possible culture. Au bout de quelques années de sélection et de croisements, il est arrivé à une certaine homogénéité dans ses cultures qui a rendu possible leur utilisation. Il se trouve que le fabricant de bonbon a perdu de l’intérêt pour le projet, alors que celui de Weleda s’est développé.

edelweiss3Connaissait-on un intérêt médical ou cosmétique à l’edelweiss ?
En thérapie anthroposophique, on l’utilise contre certaines maladies auditives, celles qui concernent le durcissement de la partie cartilagineuse de l’oreille interne. Mais l’edelweiss interroge par sa capacité à croître dans des conditions extrêmes de lumière, d’altitude – entre 1 800 et 3 000 m. – de chaleur et de froid : de 45 degrés le jour à moins 10 la nuit. C’est une plante qui est malmenée,! Les espèces végétales que l’on trouve d’habitude en altitude et dans ces conditions ont des fleurs plus fines, géométriques, fragiles. L’edelweiss est la seule plante d’altitude qui se protège autant et soit charnue. Elle maintient une vitalité étonnante. La démarche qui nous permet de trouver un intérêt à une plante est complexe, mais c’est sur ces bases que nous choisissons un « être végétal » dans une optique thérapeutique.
L. Zängerle. On utilisait l’edelweiss dans le Tyrol pour certains problèmes gastriques et intestinaux. Au Tibet, elle est également utilisée à des fins médicales. Il faut savoir que l’origine de l’edelweiss est asiatique, elle a migré dans nos régions par la période glaciaire. On trouve actuellement des sites énormes d’Edelweiss en Mongolie.

Sa culture surprend ! Est-elle aisée ?
A. Ellenberger. D’entrée, le but fut de chercher à obtenir une variété proche de l’edelweiss sauvage, sachant qu’en la cultivant à 1 200 d’altitude les conditions sont « trop bonnes » : la plante a tendance à grandir et à être plus charnue. Il y a aujourd’hui une vingtaine de producteurs qui la cultivent dans le canton du Valais, sur des parcelles d’une dizaine d’ares en moyenne. Pas à temps plein bien sûr, il s’agit d’une activité complémentaire.

Comment la sélection sur une plante vivace a-t-elle pu se réaliser aussi vite ?
La sélection n’est pas aussi forcée que pour une céréale, par exemple. Monsieur Rey qui en était chargé avait une cinquantaine de lignes qu’il suivait avec beaucoup de matériel et une grande compétence. Il a mis cinq ou six ans pour obtenir cette variété.

edelweiss4Quels sont les rendements obtenus ?
De l’ordre de 250 g de plante séchée au mètre carré, ce qui correspond environ à 1,5 kilo de plante fraîche.

Pour quelqu’un comme vous, empreint d’une vision fine et respectueuse de la vie, cela pose-t-il problème de cultiver une plante qui par nature semble avoir été faite pour être insaisissable ?
Non. Cela nous donne l’occasion de montrer les aspects un peu plus intimes d’une plante, d’un point de vue scientifique mais aussi spirituel. Et d’en tirer de bons produits, utiles.

Qu’est-ce qui a motivé la recherche sur l’edelweiss, sachant que les vertus connues de l’edelweiss et leurs applications étaient minimes ?
Dans les années 90, on a réalisé des analyses assez poussées sur les principes actifs de l’edelweiss. C’est un laboratoire de Bienne qui a travaillé sur la question : il a trouvé des constituants comme des tanins, des flavonoïdes, des phénols, dont certains très spécifiques. La combinaison de ces substances confère à l’edelweiss de bonnes propriétés antioxydantes et antiradicalaires.

Comment le lien entre les propriétés de cette plante et les produits solaires s’est-il établi ?
L. Zängerle. Il m’est apparu possible d’utiliser ces propriétés antioxydantes au service d’un produit solaire. Il m’a semblé évident, vu l’endroit où pousse l’edelweiss, qu’il pouvait avoir un rapport avec la protection solaire.

edelweiss5Une vision ?
Une intuition peut être… Je suis très vite allé voir Andreas Ellenberger et nous avons pris contact avec la société qui avait travaillé sur l’edelweiss. Elle proposait un extrait, mais il s’est trouvé que cet extrait n’était pas utilisable par nous puisqu’obtenu avec des solvants chimiques et des conservateurs de synthèse. C’était d’autant plus dommage que la culture de la plante se fait en bio. Nous avons donc travaillé pour obtenir une teinture entièrement naturelle, obtenue à partir d’un alcool végétal.

Il en résulte de nouvelles formulations solaires. D’autres ingrédients majeurs entrent-ils dans leurs compositions ?
Le Responsable du service Recherche et Développement chez Weleda Allemagne a posé les bases du futur produit, et de notre côté nous avons apporté les composants actifs complémentaires : l’extrait de carotte d’une part, qui est un ingrédient antioxydant en milieu lipophile, alors que l’edelweiss est antioxydant en milieu hydrophile. La synergie des deux répond aux besoins de la peau.

Ce ne sont pourtant pas ces ingrédients qui protègent du soleil ?
Pas directement : ils participent à l’équilibre et à la régénération de la peau. La protection solaire se fait majoritairement grâce à des pigments minéraux qui réfléchissent une partie des rayons, les empêchant ainsi de pénétrer dans la peau. Il s’agit du dioxyde de titane et de l’oxyde de zinc. Ce n’est pas le même mode d’action que celui des filtres de synthèse habituellement utilisés par l’industrie cosmétique.

Vous réprouvez aujourd’hui ces filtres de synthèse. Présentent-ils des inconvénients ?
Des études universitaires laissent entendre que certains de ces filtres ont des effets sur l’organisme comparables à ceux des oestrogènes. On trouve pourtant ces filtres à une proportion élevée de cinq à dix pour cent dans les formulations classiques.

Comment agissent-ils contre le soleil ?
Ces substances capturent les UV et les restituent à l’organisme sous forme de chaleur. Les pigments minéraux agissent différemment, ils restent en surface de la peau et réfléchissent majoritairement les rayons, comme le feraient des réflecteurs…

edelweiss6Les dioxydes de titane et oxyde de zinc peuvent-ils être considérés comme naturels ?
Il est clair qu’on ne les trouve pas dans cet état-là dans la nature, une transformation est nécessaire. Mais dans la démarche anthroposophique, avoir recours au monde minéral est complémentaire. Utiliser des substances qui proviennent d’une transformation chimique du vivant, non.

Comment se fait-il que les autres industries ne les utilisent pas ?
Certains les utilisent, mais les combinent avec des filtres chimiques pour obtenir des indices de protection élevés. Par ailleurs, les pigments minéraux doivent être enrobés pour ne pas s’agglutiner et être sujets à des phénomènes oxydatifs. En conventionnel, ils sont traités avec des substances pétrochimiques. Nous utilisons pour notre part des ingrédients naturels, comme l’huile de sésame.

Y a-t-il une vision des bienfaits ou des méfaits du soleil qui soit propre à Weleda ?
Oui. Pour nous, l’énergie solaire est plus qu’un rayonnement physique, une conception que l’on ne peut résumer en quelques mots*. Nous partons aussi du principe qu’il faut profiter des bienfaits du soleil de manière modérée. Nous essayons de développer le sens de la responsabilité du consommateur, qui doit s’habituer à savoir évaluer par lui-même ce qui lui fait du bien, ou pas. C’est la raison pour laquelle nous ne proposons pas de produits avec des indices de protection élevés. Et du fait que nous n’avons pas d’indice de protection 0supérieur à 20, nous pouvons renoncer aux filtres chimiques.
À l’inverse, la réponse de l’industrie cosmétique au rayonnement solaire est économique : on le voit bien par l’escalade des niveaux d’indices de protection qui étaient de cinq il y a quinze ans, qui sont de trente, voire cinquante aujourd’hui… À travers ces indices élevés, on suggère aux gens qu’ils peuvent s’exposer en toute insouciance, ce qui n’est pas responsable. Il existe même un produit sur le marché qui laisse entendre que l’on peut s’exposer toute la journée !

* Un passionnant article de Leo Zängerle est paru sur le sujet dans le numéro « été 2004 » de la revue Weleda suisse. « Lumière, conscience et système nerveux » (L’énergie de la lumière).

Oublions ces protections exagérées. Mais à l’inverse, la peau ne peut-elle pas se défendre seule ? A-t-on vraiment besoin de produits solaires ?
C’est le comportement des gens pendant leurs loisirs qui crée cette nécessité. Ces comportements induisent des risques de cancer qui sont connus, et la protection est alors vraiment nécessaire. Il faut noter que nos produits ne se contentent pas de protéger, mais constituent également un soin. Toutes les huiles que nous utilisons sont végétales, il n’y a aucun dérivé de la pétrochimie.

Il existe une approche hygiéniste qui préconise une familiarisation progressive et responsable avec le soleil et qui exclut l’emploi de produits solaires.
Cette approche est excellente, c’est ce qu’il y a de mieux ! Mais les gens travaillent toute l’année dans des bureaux et partent deux semaines en vacances aux Caraïbes, ils veulent s’exposer tout de suite ! Nous ne souhaitons pas critiquer les usagers dans leurs habitudes, nous mettons simplement à disposition un produit, le meilleur possible, qui aide chacun dans des pratiques qui peuvent présenter des risques.

D’autres considèrent même que les conséquences néfastes voire dangereuses du soleil sont amplifiées par les produits solaires, qui favorisent les expositions longues. Qu’en pensez-vous ?
Je fais beaucoup de haute montagne. Je porte un chapeau, je me protège les yeux avec des lunettes, le nez avec un cache, la peau avec une crème : c’est seulement parce que j’adopte ces règles que je peux pratiquer ce sport. Serait-il préférable pour la peau de se passer de haute montagne ? Peutêtre, mais j’estime que cette pratique est par ailleurs très bénéfique aux humains aujourd’hui…

Vous avez fait des tests dermatologiques sur un produit fini. Peut-on isoler précisément ce qu’apporte l’edelweiss à votre formulation ?
Les effets antiradicalaires de l’edelweiss ont été étudiés et quantifiés sur des cultures de cellules. Sur l’humain, l’edelweiss est surtout utile pour prévenir le vieillissement photo-induit de la peau dû aux radicaux libres que génère le bronzage. Le produit solaire a été évalué dans son ensemble : sur les indices de protection bien sûr, la résistance à l’eau, mais également sur les qualités lissantes du produit, sur ses vertus antiradicalaires et apaisantes. Mais concernant la protection contre les UV, tous les ingrédients agissent pour leur part, notamment l’huile de sésame qui apporte à elle seule un facteur de protection de quatre à six.

Quelles sont les qualités d’utilisation de cette crème ?
Pour moi, la première qualité de cette crème, c’est qu’elle ne me donne pas l’impression d’étaler de la chimie sur la peau… Au niveau de la consistance, de la facilité d’application et du confort cutané, nous sommes au même niveau que les marques les plus connues. Concernant le parfum, j’estime que nous sommes bien supérieurs du fait de l’utilisation d’un parfum naturel aux notes fraîches d’agrumes et légèrement herbacées. Au niveau de la protection, que dire de plus si ce n’est que Weleda tient ses promesses!

Et l’après solaire ?
Notre après solaire contient un gel d’aloe vera, hydratant, ainsi qu’une substance végétale contenant du squalène, très proche du sébum de la peau. L’effet régénérant est excellent pour celui qui est resté un peu trop longtemps au soleil. Il faut savoir que le soleil a un réel effet desséchant sur la peau que l’on ne perçoit pas toujours parce qu’on est en plein air ou que l’on se baigne. Notre gel d’aloe vera provient d’une culture de plantes biodynamiques que nous procure la filiale brésilienne du groupe Weleda.

Votre gamme a été récompensée par des prix. Pour quels mérites en particulier ?
Nos produits solaires ont été récompensés à la Biofach, en Allemagne, pour leur formulation entièrement naturelle. En France, il nous a été décerné le premier prix « entreprise et environnement » dans la catégorie éco-produits, remis par le ministre de l’écologie et du développement durable pour la sauvegarde d’une plante menacée et pour des options écologiques et novatrices en matière d’emballage.

Un grand merci à tous deux. Permettez ces questions rituelles : si vous aviez à citer un livre, un tableau, un disque, quels seraient-ils ?

Andréas Ellenberger
– Le livre : Nathan le sage, une pièce de théâtre de Gotthold Ephraïm Lessing. Elle raconte une histoire qui se passe au temps des Croisades et met en scène des protagonistes issus des trois religions que sont le judaïsme, le christianisme et l’islam. De ce fait, cette pièce se révèle être très actuelle. Son message fondamental, Lessing l’exprime à travers « la parabole de l’anneau », une histoire dans l’histoire qu’il fait raconter par Nathan le sage : une parabole au dénouement génial et profondément humain, véritable leçon de tolérance.
– Le tableau : « la buveuse d’absinthe », de Picasso
– Le disque : la « Missa solemnis » de Beethoven

Leo Zängerle
– Le livre : Joseph et ses frères, de Thomas Mann. L’histoire se passe au proche Orient, à l’époque de la Bible. Thomas Mann a écrit ces livres entre 1925 et 1943, essentiellement en exil. C’était sa réponse à l’antisémitisme.
– J’aime beaucoup Paul Cézanne. Il m’est difficile de choisir dans son oeuvre, mais s’il faut le faire ce sera « Les baigneuses ».
– J’ai vu la mer pour la première fois en Bretagne. J’ai depuis été durablement touché par la musique de cette région. J’apprécie également l’accordéon au service de la musette, du tango… particulièrement Bobby Zaugg, un compositeur et accordéoniste suisse qui a été fait citoyen d’honneur vénézuélien pour la qualité de ses tangos.

Un grand merci à Danielle Friedrich pour la traduction franco-allemande pendant l’entretien.

JM