Le bio, l’Europe, la France, Satoriz et vous !

Initialement publié en mai 2009

Article paru en mai 2009

Les clés de la maison !

bioOn oublie un peu d’insister sur un point : se rend-on compte à quel point le bio est transparent ?

Allez demander aux multinationales du soda ce qu’elles mettent dans leurs breuvages… Allez questionner un arboriculteur conventionnel sur le nombre de passages de produits chimiques qu’il applique sur ses vergers… Allez interroger un éleveur de porc quant à la quantité de bidons d’antibiotiques qu’il injecte chaque année à ses bêtes, non pour les soigner, mais pour les engraisser…

Avec le bio, on peut ouvrir la porte et regarder. Y’en a même qui vous invite à le faire !

Il suffit de parler de réglementation pour que chacun parte en courant… Normal ! Nous aimons avant tout nous régaler et promouvoir des modes de production respectueux, mais sommes bien peu nombreux à nous précipiter pour déchiffrer les textes, articles, alinéas et autres annexes qui permettent de garantir des produits conformes à ces attentes. Toutes les cuisines n’ont pas la même saveur…

Ces quelques pages auront pourtant pour mission de vous informer sur l’évolution de cette réglementation, pour une raison bien simple : ce qui s’en est dit ici ou là manque parfois de rigueur. De ces approximations sont nées des questions de votre part, des courriers, et donc le besoin manifeste d’une certaine clarification. Mais juré, pas l’ombre d’une citation juridique dans ces lignes, et une vraie volonté de ne vous informer que sur ce que nous jugeons essentiel.

Au début était la nature. Pour embellir et multiplier ses fruits, on en vint à pratiquer la culture. Puis on tenta de marier la culture avec la chimie. La chimie ayant une fâcheuse tendance à dénaturer la nature, la nature dut être défendue. C’est l’histoire du bio ! Une histoire de clairvoyance, de déter-mination, d’engagement, d’avenir. De conscience. Avec quelques cultivateurs pour cultiver, quelques techniciens et intellectuels pour formaliser, et une poignée de consommateurs pour faire écho à la démarche et profiter de ce qui redevint bien meilleur.

Mais vous savez comment sont les hommes : en famille, ils peuvent se faire confiance. Se chamailler aussi, puis se rabibocher. Mais dès qu’il y a foule, c’est plus difficile. Le bio croissant, il a fallu rajouter quelques règles du jeu pour clarifier les méthodes de production de chacun, mais aussi pour tenir éloignés les intrus qui auraient été tentés de dénaturer la cuisine en rajoutant du ketchup. Et c’est gentiment dit… On est donc passé de pratiques qui impliquaient la seule conscience personnelle à un encadrement pas spécialement excitant, mais ce fut un sacré progrès. Ces règles du jeu se sont appelées « cahiers des charges », « labels », « certifications ». En France, ce furent d’abord « Lemaire Boucher » et « Nature et progrès », mais il y en eut beaucoup d’autres. À tel point qu’il devint alors difficile de certifier la validité de chaque certification ! Le Ministère de l’Agriculture s’en mêla, homologua les plus sérieuses et mit en place un label national identifiable grâce au fameux logo AB, qui permit de rendre les choses compréhensibles même pour le consommateur peu averti.

Mais vous savez comment sont les hommes… À peine y voyait-on clair à la maison qu’on se demanda si le voisin était bien net. Pour que tous les petits copains des pays environnants parlent bien le même langage et puissent échanger leurs produits bio, il a fallu créer un label qui certifie les pratiques de chacun au même niveau, celui de l’Europe. Ce fut fait en 1991 pour ce qui concerne le végétal, et complété en 2000 pour l’animal. Et là… concentrez-vous !

Car ces normes, pour tout ce qui concerne l’élevage, pouvaient être variables selon les pays, puisqu’il était possible à chaque état membre de faire différemment, dans la mesure où c’était mieux que ce que propose le texte de base. Cocorico, la France se positionna alors en championne incontestée et instaura des exigences de haut niveau dont on put être fier. Nous verrons celles qui furent les principales un peu plus loin, et ce qu’elles vont devenir.

2009, la nouvelle réglementation bio européenne

Pourquoi changer ? Pour har-mo-ni-ser. Ce qui n’est pas une mauvaise chose en soi, chacun y voyant ainsi plus facilement clair. Ce n’est pas une mauvaise chose, à condition que le bio reste le bio, conforme à l’idée que s’en font producteurs, distributeurs et consommateurs. Est-ce le cas ?

Oui. Oui mais… Oui, peut-être ! Non, pour certains.

Non, tu n’as pas changé…

Il s’est dit beaucoup de bêtises sur cette nouvelle réglementation, et on ne sait qui a trouvé avantage à les proférer : ceux qui noircissent le tableau pour attirer l’attention sur la nécessité de pratiques bio plus exigeantes, ou ceux qui tenteraient de faire croire que le bio a trop de failles pour être sérieux ? Sus aux procès d’intentions, voici les faits, rien que les faits.

bio1Non, le nouveau règlement n’autorise pas l’usage de produits chimiques. Il fut question un temps de quelques brèches, d’où la rumeur. Mais les textes définitifs ne sont pas plus permissifs que ceux de l’ancienne réglementation. Le recours à certains traitements de synthèse comme les pyrèthres n’est toujours autorisé que très exceptionnellement, en cas de menaces directes sur les cultures contre lesquelles il n’existe pas d’alternative naturelle, et avec des pratiques encadrées et surveillées.

Rien de nouveau non plus concernant le taux d’ingrédients bio nécessaires dans un produit transformé pour qu’il soit estampillé… bio. Ce taux reste à 95%. Les 5% restants ne peuvent toutefois pas être n’importe quoi, et doivent figurer sur une liste de produits que l’on sait mal ou insuffisamment produire en bio. On ne déplore toujours pas sur cette liste de substances plus terrifiantes que les fruits de la passion, ou la groseille à maquereau… Nouveauté par contre : on peut désormais faire référence à un simple ingrédient bio dans la liste, même si ledit produit n’est pas bio. Ceci notamment pour les produits de la pêche ou de la chasse, pour lesquels il s’agit d’une avancée, voici pourquoi : prenons l’exemple des sardines à l’huile. Les sardines proviennent de la pêche en mer, et ne peuvent à ce titre prétendre à un label bio. Mais auparavant, il n’était même pas possible de faire savoir que les sardines que nous vendions étaient préparées avec de l’huile et des aromates bio, alors même que c’était le cas. Il sera désormais possible de le faire, et nous nous en félicitons.

Bravo !

La réglementation 2009 comporte quelques petits plus bienvenus. Le vin pourra désormais être certifié, tout comme la levure (levure qui n’a pas grand-chose à voir avec le vin, hein !), les algues et les produits de l’aquaculture : il n’y aura donc plus besoin d’avoir recours à un cahier des charges privé pour certifier chlorella ou spiruline.

Mais surtout : 27 pays européens ont aujourd’hui un règlement qui certifie des pratiques communes. C’est une avancée énorme ! Un logo aisément identifiable, probablement présenté en 2010, garantira à chaque consommateur un produit sain, goutteux et respectueux de l’environnement. À cette échelle, il s’agit du label qualitatif et environnemental le plus exigeant au monde. Pas mal ! On n’aura pas trop de cela pour se préserver des tours pendables que ne manquera pas de nous réserver l’industrie agroalimentaire.

On se satisfera également de la manière dont le bio est désormais officiellement présenté. Avant, c’était une réaction à la chimie. Aujourd’hui, on met en avant un ensemble de démarches positives. Comme promis, on ne vous citera pas la moindre ligne du règlement, mais si vous avez deux secondes pour lire le premier paragraphe du texte cadre… il est ici !* Chaque mot en est pesé. Et bien qu’il ne s’agisse pas précisément de poésie, on ne peut s’empêcher de trouver ce texte beau par tout ce qu’il implique. Reste que le cahier des charges pose question sur certains points. Il recèle des failles dont il ne faut pas s’accommoder.

* La production biologique est un système global de gestion agricole et de production alimentaire qui allie les meilleures pratiques environnementales, un haut degré de biodiversité, la préservation des ressources naturelles, l’application de normes élevées en matière de bien-être animal et une méthode de production respectant la préférence de certains consommateurs à l’égard de produits obtenus grâce à des substances et à des procédés naturels. Le mode de production biologique joue ainsi un double rôle sociétal : d’une part, il approvisionne un marché spécifique répondant à la demande de produits biologiques émanant des consommateurs et, d’autre part, il fournit des biens publics contribuant à la protection de l’environnement et du bien-être animal ainsi qu‘au développement rural.

Dommage…

bio2

– Les OGM tout d’abord. Commençons par faire la part du vrai et du faux dans tout ce qui a été dit. Non, les OGM ne sont pas « autorisés » à hauteur d’un taux de 0,9 %. Ce taux ne peut être le résultat que d’une contamination accidentelle, tolérée uniquement si le producteur est en mesure de prouver qu’il avait pris suffisamment de précautions pour s’en tenir à l’écart. De même, cela ne constitue en aucun cas une régression par rapport à ce qui était prévu par le précédent règlement, puisque celui-ci ne faisait mention d’aucun seuil pour le bio et s’en tenait à la législation conventionnelle. Il n’en reste pas moins que cette tolérance entérine une situation que nous jugeons problématique. Il n’est pas normal qu’un produit bio contienne des OGM, fût-ce à l’insu de son producteur. La majorité des agriculteurs bio français estime d’ailleurs qu’il est encore possible de s’en tenir à l’abri.

 

bio3– Autre désillusion, la fin plus ou moins programmée des arômes bio. Déprogrammons-la ! En fait, le règlement européen ne semble pas avoir quelque grief que ce soit contre les arômes bio. Il a juste été décidé de ne pas mettre les arômes dans la catégorie des ingrédients qu’on peut certifier. Mais les services des fraudes français se sont vite empressés d’interpréter le texte et d’interdire la référence aux arômes bio sur les nouvelles étiquettes des produits français… Pourquoi tant de haine ? Alors que des fabricants d’arômes se sont escrimés depuis dix ans à travailler sur le sujet pour enfin pouvoir offrir autre chose aux consommateurs que les fameux « arômes naturels », opaques s’il en est. Le règlement étant sur ce point évolutif, on peut espérer que les choses s’arrangeront.

– Dernier point dommageable que nous retiendrons, l’élevage. Les Français, nous l’avons dit, avaient mis la barre très haute dans leurs pratiques et espéraient à juste titre en faire profiter le règlement européen. Il en sera autrement. Pour le coup, on peut réellement parler d’un recul, vu de l’hexagone, même si quelques avancées sont également à saluer. On commence par le meilleur.

On note avec satisfaction que l’accès au pré pour les animaux est obligatoire dès que les conditions le permettent. Que l’alimentation qui leur est donnée sera désormais bio à 100%, alors qu’elle pouvait ne l’être qu’à 90% jusqu’à présent.

bio4Ce qui est regrettable à présent : un des piliers des bonnes pratiques françaises n’a pas été retenu, le fameux lien au sol. Il établit que l’éleveur doit nourrir ses bêtes avec au moins 50% d’aliments produits sur la ferme. Cette mesure sera plus laxiste au niveau européen, puisqu’au moins 50% de l’aliment devra être produit par d’autres exploitations bio de la région. On regrettera aussi une mesure concernant l’ensilage. L’ensilage est un aliment discutable qui résulte de la fermentation du fourrage ou de céréales que l’on donne aux bovins et qui permet une production plus abondante, pour le lait notamment. Auparavant, les quantités données en bio étaient limitées, elles ne le sont plus aujourd’hui. Idem pour les caillebotis, ces parquets surélevés en bois ou plastique qui permettent d’éviter de trop avoir à changer la paille de la litière, pour les porcs notamment. 50% de la surface des bâtiments peut désormais en être recouverte, contre 25% auparavant. Mais l’obligation d’une couche avec paillage est maintenue. Enfin, on déplorera la possibilité aujourd’hui donnée à un éleveur de faire plus de traitements antiparasitaires et antibiotiques qu’auparavant, bien qu’ils ne soient toujours autorisés qu’en curatif et après qu’aient été essayées toutes les pistes qu’offrent les médecines naturelles.

Le bio à deux vitesses ?

Certains éleveurs français se sont émus de ces régressions des conditions d’élevage. Beaucoup d’agriculteurs regrettent également la tolérance qui est officiellement admise concernant les contaminations d’OGM. Le syndicat majoritaire des agriculteurs bio se mobilise d’ailleurs pour créer une nouvelle marque privée (qui ne serait pas officiellement un « label ») afin que les pratiques qu’ils continueront de mettre en œuvre soient reconnues par les consommateurs. Une démarche apparemment bienvenue, puisqu’elle place le débat du côté de l’exigence. Mais d’autres y voient un risque…

Le risque serait de mettre en place un système complexe laissant entendre que le bio existe à deux niveaux, le bon et le moins bon. Soit le contraire de la volonté initiale de la nouvelle réglementation, qui est de mettre tout le monde d’accord. On peine d’ailleurs à croire qu’une telle marque serait exploitable pour d’autres produits que ceux de la ferme et arrive à concerner les transformateurs. Rien n’empêche toutefois que cette marque (ou « identifiant ») existe, formellement. Elle pourrait tout à fait venir s’ajouter à la labellisation officielle, comme d’autres logos ont déjà été appliqués en plus du label AB. Exemple : Demeter, Nature et Progrès…

Qu’en pense Satoriz… et que fait Satoriz ?

– Le règlement européen est-il suffisant ?

– En s’en démarquant officiellement, prendrait-on le risque de pratiques bio à deux vitesses ?

Nous pensons que ces questions ne se posent pas uniquement ainsi.

bio5Franchement, qu’y a-t-il de commun entre un berger qui trait ses chèvres et fait son fromage lui-même avant de le vendre sur les marchés ou d’en confier une partie au magasin bio du coin, et un industriel dont l’usine absorbe chaque matin des camions entiers de lait bio provenant du quart de la France, qui le pasteurise et fait partir à nouveau ses camions pour présenter ses fromages dans tous les rayons bio des supermarchés du pays ? Rien ! Si ce n’est qu’ils sont bio tous les deux, ce qui n’est déjà pas si mal. Mais on sait pertinemment qu’il ne serait pas possible que seuls des bergers fassent du fromage pour tous les Français, tout comme il serait bien dommage que seuls les industriels s’y emploient…

Le bio à plusieurs vitesses existe bel et bien.

Notre position est donc de prendre la certification européenne pour ce qu’elle est : un seuil minimal, pas toujours suffisant. Qui a le mérite de mettre les consommateurs à l’abri des quelques labels étrangers parfois peu fiables dont nous avions appris à nous méfier. Reste notre recul. Pour indispensables qu’elles soient, nous ne donnons pas plus d’importance qu’il ne faut aux certifications ou cahiers des charges, existants ou à venir.

Tout vouloir normaliser serait illusoire, et notre métier ne saurait selon nous se résumer à la froideur d’un ou de multiples logos. Nous avons à cœur d’apprendre à connaître les gens avec qui nous travaillons. D’aller les rencontrer, de comprendre ce qu’ils font et de choisir en conséquence.

Voici donc l’occasion de mettre en valeur les pratiques de beaucoup de nos fournisseurs, qui justifient nos choix. La plupart d’entre eux travaillent à un niveau bien supérieur à celui de toutes les certifications, aussi bien nouvelles qu’anciennes !

Plus exigeant qu’exigeant !

– Le soja : le règlement européen peut tolérer jusqu’à 0,9 % d’OGM, une mesure laxiste. Mais nos fournisseurs, eux, ne s’autorisent même pas un taux de 0,01% d’OGM, soit la limite du seuil de détection ! Pour tous ses aliments à base de soja, Satoriz s’évertue à ne commercialiser que des produits issus de filières françaises (Soy, Triballat, Tofoulie), ou italienne (The Bridge). Nous avons toujours refusé les produits issus des filières brésiliennes, canadiennes ou chinoises (excepté pour le soja en grain à cuisiner, pour des raisons variétales. Et nous sommes allés voir sur place de quoi il en retournait). Outre le fait que ces fournisseurs garantissent une absence d’OGM dans leurs produits, nous avons aussi la satisfaction de contribuer à soutenir ceux qui développent les derniers oasis de culture de soja non OGM dans le monde.

– L’élevage. Nous sommes récemment allés à la rencontre de notre fournisseur de viande dans le Sud-Ouest, les Établissements Faget (Sat’Info n° 102). Non seulement leurs bœufs ne consomment pas d’ensilage, mais ils n’ingurgitent que de l’herbe, du foin et des céréales cultivées à la ferme. On ne peut pas faire mieux ! Et les éleveurs concernés n’ont pas attendu qu’un cahier des charges leur impose ces normes pour les appliquer.

bio6– L’ensilage ? La société Triballat – qui outre le soja, transforme du lait – nous confie que la plupart des éleveurs renoncent aujourd’hui à l’ensilage dans leur région (en Bretagne), et s’équipent de manière à pouvoir sécher leur foin en grange. Spontanément…

– La législation européenne prévoit que les poulets peuvent désormais être abattus après 70 jours ? Certes avant, c’était 80. Mais les poulets noirs à la marque Bodin que nous avons sélectionnés ont toujours été abattus après 91 jours, une pratique qui perdurera. Ils ont également toujours été nourris à 100% en bio, alors même que la loi autorisait que ce soit à 90%. Etc.

– Un petit mot sur les arômes, pour terminer ? Il y a quelque temps, on ne trouvait aucun arôme bio dans les sirops. Satoriz ne commercialisait donc que des sirops sans arômes, vraiment moins plaisants. Désolés… Puis la société Meneau a réussi à faire aboutir ses partenaires aromaticiens quant à la production d’arômes bio, suite à dix ans d’acharnement. Nous avons alors fait une belle place à ses sirops dans nos rayons. À l’heure où la législation interdit la référence aux arômes bio sur les étiquettes, pensez-vous que la société Meneau reviendra à des formulations moins exigeantes ? Non, elle poursuivra dans l’idée de faire le mieux possible, et nous avec elle.

Une histoire de conscience, sans doute.

JM