Compléments alimentaires – Capsules, gélules, ampoules, vrais remèdes… et mauvais commerce

Initialement publié en février 2002

bouton-feuillesArticle paru en février 2002

Tout nouveau venu dans un magasin de produits naturels (pour faire simple) ne manquera pas de s’interroger devant le rayon de ce que les professionnels appellent “les compléments alimentaires”. Soit un invraisemblable fourre-tout où se côtoient quantité de produits aux promesses avantageuses : forme, sommeil, minceur facile et souplesse retrouvée, digestion tranquille et neurones au petit poil, concentration optimale pour examens réussis, tabac rejeté, stress apprivoisé, chevelure abondante, succès dans les affaires, amour non-stop et vacances sur la lune, on exagère à peine. Que faut-il en penser ? Doit-on d’ailleurs commencer par penser, ou par essayer ? Nous avons un point de vue. Nous devons en avoir un. Car c’est par milliers que ces produits ont envahi les magasins de produits naturels et autres parapharmacies, pour le meilleur et pour le pire. Le pire n’étant jamais bien grave, nous tenons à le préciser d’entrée.

En bons conservateurs du musée des pilules et remèdes en tous genres, nous allons commencer par classifier. Ce qui permet, vous allez le comprendre, de rentrer directement dans le vif du sujet.

Nous distinguerons deux catégories de produits. Nous les appellerons “soins naturels” et “compléments alimentaires”. Les premiers sont directement liés à l’idée de la médecine, ils existent depuis que l’homme souffre, se blesse. Un silex sur le gros orteil de Papy de Néanderthal, et nous y sommes déjà… Autant dire depuis toujours. Les seconds sont le résultat de notre modernité. Ils existent depuis que nous avons méthodiquement détruit ce que la nature nous a donné : des aliments sains et nutritifs. A vouloir engraisser un poulet en 50 jours quand il en faut 90, un porc en 90 quand il en faut 160, à vouloir décupler les rendements des cultures de céréales, à rendre les tomates anti-choc et à consommer des abricots durs comme du bois, nous avons certes permis la viande pour tous et le pain pour rien, mais à quel prix… Nourriture fade et pauvre en éléments nutritifs, à laquelle nous consacrons la portion maigre de notre budget mensuel pour mieux partir aux sports d’hiver, pour être sûrs de pouvoir manger du saumon à Noël, comme jadis les riches… Grâce à cette “démocratisation” des ressources alimentaires, il nous reste donc un peu d’argent pour nous acheter des vitamines, afin de combler les carences dont est à l’origine l’objet même de notre nouvelle aisance financière… Dites, les compléments alimentaires, vous êtes sûr qu’on en parle ?

Les compléments alimentaires – Le double leurre

L’idée de la chose est la suivante : puisque nous ne trouvons plus vitamines et oligo-éléments naturellement dans la nourriture, il faut s’en procurer ailleurs. On dresse donc la liste des nutriments les plus courants, on suppose que c’est bien de ceux-là qu’on manque (mais on ne le sait pas), et on se débrouille pour en mettre de partout, à notre insu. C’est le premier stade de cette logique, le plus grave : il n’est plus un enfant qui ne consomme des céréales le matin sans que l’on n’y ait artificiellement ajouté des vitamines de synthèse. De quel droit impose-t-on cela à tous ? Que sait-on de cette logique, quelle mauvaise surprise pourrait-elle réserver à ces futurs adultes, dans trente ans ? Deuxième expression de ce raisonnement : on fait consciemment le choix d’avoir recours à une supplémentation extérieure. Si la personne concernée souffre momentanément d’une carence identifiée, cela peut se justifier. Mais est-ce le cas ? L’idée qui détermine cette attitude est plus fréquemment la suivante : les carences en vitamines étant invalidantes, on va se prémunir d’un éventuel et improbable manque en en prenant plus… C’est le premier leurre. Auquel s’accroche immanquablement une logique d’assistance qui colle à la peau pour toute la vie : celle de “prendre quelque chose” : je travaille beaucoup ? Je me dope un petit coup, normal. Je vais me ressourcer en prévoyant une longue randonnée dimanche ? Vite, ma boisson sur-vitaminée… Mes soucis sont toujours là ? Un calmant, etc. Le plus regrettable étant que cette logique s’impose une fois de plus à ceux auxquels nous voulons le plus grand bien : les enfants. En anticipant sur tout ce qui pourrait leur arriver, on installe l’idée qu’un produit doit accompagner chaque moment de la vie, qu’un effort ne peut se fournir sans vitamines, et l’alimentation se trouve reléguée de fait au simple rôle d’un calmant contre la faim. Faites vos choix.

Le second leurre est celui de la sur-évaluation du naturel : je prends des vitamines, oui, mais pas des fausses ! Vingt euros le flacon, c’est des bonnes, toutes extraites de végétaux… Les Américains sont les grands spécialistes en la matière, qui proposent jusque par chez nous le top des super vitamines, les moins trafiquées des plus élaborées, les plus efficaces des protéines super gonflette, des antioxydants garants d’éternelle jeunesse et compagnie. Certaines de ces potions sont élaborées selon des protocoles extrêmement rigoureux et sont la somme de beaucoup de sérieux à tout niveau : choix des matières premières, processus d’extraction, taux de nutriments effectivement constatés… Jusque dans leur argumentaire de vente, souvent irrésistibles : sachant que nous avons tous au pire un problème de santé préoccupant, au mieux au moins un pet de travers, il est difficile de résister à l’idée que nos ennuis pourraient s’envoler en trois gélules, lesquelles nous mettraient également à l’abri des pires maladies du monde… Le produit est bon techniquement, mais sa justification n’est pas meilleure. Rien n’a été prouvé quant à l’intérêt de ces supplémentations. Certains avancent même qu’elles pourraient être nocives. Une étude est en cours depuis cinq ans pour observer deux groupes de 7000 personnes : les uns ayant recours à une supplémentation quotidienne, les autres à un placebo. Aucun des deux groupes ne sait s’il consomme de vraies vitamines et antioxydants, ou rien. Cette étude, SUVIMAX, livrera ses résultats dans deux ans. Mais pour nous, quels qu’ils soient, l’affaire est entendue. Si le groupe ayant reçu les vitamines n’est pas en meilleure santé, ce sera la mort de l’idée même des supplémentations en nutriments. Si ce groupe se porte mieux, tant mieux pour lui, pour eux. La cause ne sera pas établie pour autant. Nous ne cautionnerons pas l’idée que des pilules sont a priori nécessaires à notre santé. Nous voulons croire, et sommes convaincus, qu’il est possible de bien se porter en consommant de manière raisonnable une nourriture de qualité, en s’oxygénant, en cultivant la joie de vivre. La perspective (déjà réalité) d’un monde ou l’on se doit d’être poly-vacciné et multi-vataminé pour se croire fort et protégé ne nous attire pas, et c’est une autre vision de la vie et de la santé que nous nous efforçons de proposer.

Position idéologique et peu pragmatique ? Non pas. L’expérience prouve que ceux qui se prennent en charge et refusent l’idée de béquilles dans l’existence se portent mieux. Ce qui n’empêche pas d’avoir recours, ponctuellement, à des compléments qui peuvent aider. Lesquels ?

Entre aliments et compléments

Une fatigue ponctuelle, une convalescence, un climat défavorable, un régime alimentaire momentanément déséquilibré, la volonté bien compréhensible que peut avoir une maman de faire pour le mieux quand elle est inquiète (même si l’enfant va bien !), il est de nombreuses occasions qui peuvent justifier une aide nutritionnelle. Et la nature s’emploie, bien souvent, à nous livrer tels quels des compléments parfaitement adaptés. Loin des préparations hasardeuses qui sont trop souvent commercialisées, expression quelque peu prétentieuse d’apprentis sorciers qui postulent à faire mieux que la vie… Il peut être bon de rappeler quels sont ces compléments naturels, tant le commerce a parfois vite fait de les faire oublier, au profit de produits plus rentables…

En premier lieu, les graines germées : d’une incroyable richesse en vitamines, elles sont un apport de tout premier ordre, pour quelques francs par mois ! Le germe de blé en paillettes également, qu’on saupoudre sur les plats, comme les levures, maltées ou non, sont de bons aliments. Unanimement reconnus et appréciés, ils s’intègrent facilement au repas, ce qui ne gâche rien. Pour certains, ils sont même partie intégrante de l’alimentation et trouvent tout naturellement leur place dans les sauces salades.

Le pollen en est un autre. Peu cher lorsqu’il est ramené à une cure de trois semaines, il a tout, ou presque : protéines, glucides et même lipides, vitamines, sels minéraux et oligo-éléments, c’est un excellent tonifiant, minéralisant… En un mot, il est ce que le langage populaire appelle à juste raison dans ce cas-là un fortifiant. Quel fabricant de gélules peut bien imaginer élaborer une préparation aussi équilibrée ?

Moins diverse mais plus puissante, la gelée royale. Riche en ADN, en acide pantothénique (du grec “qui est partout”). On n’est pas si sûr d’avoir tout compris de cette substance, qui recèle toujours quelques énigmes. Mais elle a fait ses preuves et se trouve être également un très bon fortifiant, stimulant du système immunitaire. La gelée royale souffre néanmoins de quelques désavantages : celui d’avoir longtemps été victime d’une présentation discutable qui la positionne comme un remède de longue vie et d’éternelle jeunesse… Disons qu’elle peut y contribuer. Et celui d’être rare et chère lorsqu’elle est française. Dans le cas contraire, elle est chinoise ou thaïlandaise. Tiens, ça fait déjà moins rêver…

On pourra concevoir qu’un végétarien consomme de la spiruline, une algue d’eau douce riche en protéines, en bétacarotène et en fer. On lui conseillera encore plus volontiers le miso, une fermentation à base de soja qui recèle la fameuse vitamine B12, celle qui fait parfois défaut à ceux qui ignorent la viande. Quoi d’autre ? De l’eau de mer (un complément longuement étudié par René Quinton), de la poudre d’huître, de l’argile par voie interne ? Tous peuvent être utiles, à un moment ou à un autre. Mais à part dans de rares cas, aucun n’est indispensable ni à la croissance des enfants, ni à la bonne santé de tous.

Les soins naturels

Autre domaine, donc. Et bien peu font la différence… Il ne s’agit pas de prévoir et d’anticiper sur d’éventuels maux, mais de les soulager ou de les faire disparaître lorsqu’ils sont malheureusement apparus. Bien que ce ne soit pas le propos, nous ne manquerons pas d’évoquer les différentes perceptions médicales qui méritent d’être présentées et réfléchies dès qu’il s’agit de soins : celles qui s’efforcent de rechercher une causalité dans le mal, sans se focaliser sur ce mal qui n’est que l’émanation d’un plus large dysfonctionnement : un symptôme. Ainsi la maladie comme la blessure ne sont-elles que rarement le fruit du hasard, et les traiter comme telles ne peut laisser espérer que la rémission. Rarement la guérison.

Il n’empêche que certaines aides sont bienvenues, et que bon nombre de soins naturels permettent d’éviter le recours à des médications plus lourdes. De nombreux auteurs ont consacré leur vie à étudier ces soins naturels, et nous ne saurons trop conseiller à chacun de consulter ce qu’ils ont écrit sur le sujet. Quatre parmi eux ont largement contribué à faire circuler la connaissance dans les circuits alternatifs (mais il y en a bien d’autres) : Raymond Dextreit, Jean Valnet, André Passebecq et Catherine Kousmine. Quels outils ont ils à leur disposition ? En premier lieu, l’observation, la réflexion et l’expérience. Mais on ne les vend pas en boîtes de douze… Plus sérieusement, on peut citer l’argile. Argile qui serait, selon l’une des cinq où six hypothèses les plus et récentes, le lieu possible de l’apparition de la vie. Ce qui expliquerait quoi ? Rien, ça ne fait que rajouter au mystère de ce qui agit sans qu’on puisse le comprendre. Car c’est bien de cela qu’il s’agit, et nous vous serions reconnaissants de bien vouloir noter les premières notes d’enthousiasme non feint dans ces quelques pages : l’argile agit de manière très large et étonnante, pratiquement à tous niveaux, par simple application sur les surfaces à traiter. Pourquoi, comment, dans quelles limites ? Nous n’en savons strictement rien. Mais les animaux qui se vautrent instinctivement dans les boues argileuses lorsqu’ils sont blessés ou malades ne le savent pas non plus… Tant par voie externe qu’interne, l’argile mérite qu’on apprenne à l’utiliser.

Deuxième pôle majeur, tout ce qui provient des plantes. Véritable image d’Epinal, la phytothérapie est souvent perçue et présentée par les médias comme un ramassis de remèdes ancestraux et inefficaces, qui, au pire, ne font pas de mal, au mieux, sont agréables avant d’aller se coucher. Doit on rappeler que beaucoup des molécules qui ont été découvertes en médecine l’ont étés par observation des remèdes traditionnels, que les laboratoires se pressent en Amazonie pour déposséder les populations locales de leur savoir médical en matière de plantes, que l’aspirine était autrefois extraite du saule ? La phytothérapie nécessite certes d’immenses connaissances, mais livre également quelques remèdes simples que l’on trouvera facilement dans de nombreux manuels.

L’aromathérapie en est une expression plus concentrée. C’est l’art d’utiliser l’essence même des végétaux. Les huiles essentielles connaissent actuellement un regain d’intérêt tout à fait notable et encourageant. Le Docteur Valnet, plus que tout autre, a contribué à donner ses lettres de noblesses à cette pratique. Il en sera question le mois prochain dans Sat’Info.

Reste l’immense majorité des remèdes que l’on ne classifie pas et qui doivent leur succès à leur indéniable efficacité, souvent corroborée par les expériences scientifiques les plus pointues : le charbon végétal, tant comme assainissant des voies digestives que comme anti-poison, qu’on oublie trop souvent de présenter comme un excellent remède externe (sur des plaies, des brûlures), l’harpagophytum, ou griffe du diable, un anti-inflammatoire naturel sans effets secondaires qui soulage ceux qui souffrent au niveau articulaire, mais aussi parfois des nouveautés qui prouvent que la connaissance en soins naturels n’est pas statique : aussi excentrique que cela puisse paraître, l’extrait de pépins de pamplemousse est un puissant anti-bactérien, anti-viral et fongicide qui rend de surprenants services. Bien entendu, cette liste n’est pas exhaustive, il appartiendra à chacun d’affiner ses connaissances en fonction des circonstances, des rencontres et des lectures.

Les produits minceurs

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L’exigence du bio, les contraintes légales

On ne saurait tolérer qu’un produit naturel destiné à soigner ne soit pas impeccable. Il doit être parfaitement vierge de toute trace de résidus indésirables et doit avoir été cultivé, si c’est un végétal, dans le plus grand respect de la vie. Ceci pour des raisons qui concernent l’énergie propre de la substance qui est censée agir. Une notion qui heurte bien des rationalistes, qui n’en reste pas moins fondamentale pour beaucoup.

Pourtant, beaucoup de produits apparaissent sans mention bio. Pour quelles raisons ?

D’abord parce qu’ils n’existent pas toujours avec. Prenez le ginseng, cultivé en Chine ou en Corée : pas possible d’avoir la moindre garantie. Alors que le ginseng de base est un des produits les plus pollués qui soit… Le ginseng arrive à maturité au bout de six ou sept ans, non sans avoir épuisé les sols. Il est donc nécessaire de renouveler fréquemment les terres et de laisser reposer celles qui ont beaucoup donné, ce qui nécessite de vastes étendues disponibles… que n’ont pas les Coréens, grands producteurs de cet excellent “adaptogène”. Les responsables des cultures arrosent donc sol et racine d’engrais et de pesticides, et les analyses réalisées en laboratoire sont souvent effarantes… Comment se fournissent donc les fabricants de compléments alimentaires ? Sans se soucier de cet état de fait, la plupart du temps. En l’achetant par container sur les marchés internationaux, ils ne disposent donc pas d’une qualité acceptable, malgré les emballages tape à l’œil… Certaines maisons, beaucoup plus respectables mais rares, ont créé leurs propres filières : ainsi cette marque belge qui contrôle sa production de A à Z, en Mandchourie, dans le plus grand respect des plus hautes exigences qualitatives. Ses producteurs sont des paysans sous contrat qui ne travaillent que pour elle, selon un cahier des charges rigoureux. Pas de mention bio dans ces contrées, mais une qualité que valident les analyses en laboratoire. Traces de pesticides : zéro. Ou cette autre, qui cultive en France un Ginseng blanc de la plus haute qualité, lequel serait déjà garanti sans les tracasseries administratives qui freinent la certification des produits non alimentaires.

Un autre exemple mérite d’être donné pour expliquer que tous les choix ne sont pas évidents : il concerne le Guarana de la très sympathique et respectable société Guayapi, pourquoi ne pas la nommer. Qui a délibérément choisi de ne pas commercialiser de guarana bio, alors que celui-ci existe. Choix que nous validons ! Explications : le guarana sauvage de Guayapi est une petite baie qui pousse au plus profond de la forêt équatoriale, en Amazonie. Il est directement cueilli et transformé par une tribu d’indiens, les Satere-Mawe, selon des processus ancestraux. Plus naturel, ça n’existe pas, mais il n’a pourtant pas été possible jusqu’à présent de le certifier en bio. Qu’en est-il de celui qui est certifié, puisqu’il y en a un ? Claudie Ravel, grande cheftaine de Guayapi, s’est rendu sur place pour s’informer. Ce qu’elle a vu, ce sont de vastes étendues de cultures, certes bio, mais pas en forêt, bien loin de ce que doit être le guarana. Cultures encadrées par de bien peu engageants fils barbelés. A la dégustation, le guarana bio s’avère moins bon, ce qui n’est pas surprenant. Il ne fut pas retenu. Qu’elles conclusions doit-on tirer de tout cela ? Certainement pas que le bio a ses limites, puisque c’est un principe que nous défendons de toutes nos forces pour la qualité qu’il induit, pour les perspectives d’un mode de production durable qu’il rend possible, pour les garanties qu’il apporte au consommateur. Mais qu’à toute règle, il peut y avoir une exception, qui ne perdurera d’ailleurs pas : les produits amazoniens Guayapi bénéficieront très bientôt d’une garantie écologique FGP de très haute exigence, qui sera reconnue par Ecocert comme étant automatiquement équivalente à une mention bio.

Les exigences de l’agriculture bio imposent des contraintes lourdes mais nécessaires si l’on veut que les produits garantis soient au-dessus de tous soupçons. Nous les cautionnons, avec quelques réserves tout de même : il nous semble anormal que ce soit le producteur, et donc le consommateur au bout de la chaîne, qui en assument les frais de certification. Soit tout le contraire, au hasard, du fameux principe pollueur-payeur… Bizarre, certains s’étonnent encore que les produits bio soient plus chers… Mais pour revenir plus précisément à notre sujet du jour, il existe d’autres difficultés pour certifier les compléments alimentaires que nous devons relever : les gélules de propolis, par exemple, ne peuvent pas l’être, alors que c’est possible pour la propolis en pâte à mâcher. Et si un spray contient de l’alcool, cet alcool devra être du cognac… bio ! Pas toujours facile.

Pas toujours facile non plus de vous communiquer précisément ne serait-ce que l’indication d’un soin, son utilité. La simple référence à une pathologie classerait immédiatement ce soin dans la catégorie des médicaments, ce qu’il n’est pas, et limiterait sa distribution à la pharmacie. C’est la raison pour laquelle les argumentaires sont souvent très vagues, parfois même comiques, rarement compréhensible pour le néophyte. Ainsi, pour vanter les mérites d’ampoules favorisant la circulation les fabricants communiquent-ils sur “la beauté des jambes”… Pour une plante qui favorise le sommeil, on indiquera quelque chose comme “nuit calme”, ou “sérénité”… Lorsqu’il s’agit de faire connaître les vertus apaisantes de l’harpagophitum sur les articulations on trouve “souplesse”, etc. Accrochez-vous, ça n’est pas plus difficile que les mots croisés.

Les aléas commerciaux

Impossible de ne pas parler du commerce et de ses enjeux. Car c’est souvent lui qui gouverne, surtout en matière de santé. Vous devez en être conscients.
Les compléments alimentaires et les soins naturels ont le vent en poupe, c’est indéniable. De ce fait, ils suscitent bien des convoitises, peuvent facilement être vidés de leur sens, de leur utilité et de leur qualité… Mais ils peuvent surtout déranger. Et ils dérangent.

A quoi attribuer le succès des soins naturels ? On trouvera toutes sortes d’explications. Certaines étant évidentes : ils ont fait leur preuve, tant par leur efficacité, souvent vérifiée, que par leur innocuité. D’autres sont d’ordre sociologique : le besoin de nature est un lieu commun, il n’en reste pas moins vrai que cette idée oriente beaucoup de choix. D’autres encore sont étroitement liées à une situation qui fut longtemps insoutenable, celle de la faillite financière dans laquelle s’est trouvée la sécurité sociale, notre bien, suite aux profits honteux et dangereux qu’on réalisés les laboratoires sur son dos, sur notre dos. Un système hallucinant où toute médication était remboursée, même les plus insignifiantes, à la grande satisfaction de l’industrie pharmaceutique et grâce à la complicité fréquente du corps médical. Vaste sujet qui appellerait bien des développements, pour peu que l’on aborde ne serait-ce que le scandale de la mainmise d’un où deux groupes pharmaceutiques sur la santé et la liberté d’un peuple par le biais des vaccinations obligatoires. Situation unique au monde, cautionnée à tous les niveaux de l’état. Il faut en parler. Mais même les arnaques les mieux ficelées finissent par être démasquées, le prix à payer étant trop élevé. En situation de quasi-faillite, la sécurité sociale a cessé de rembourser les médicaments dits “de conforts”. C’est un premier pas. De même qu’il est maintenant expressément demandé au corps médical, pour d’autres raisons, de ne pas avoir recours systématiquement aux antibiotiques pour le moindre bobo. On nous a donc non seulement ponctionné pour financer des médicaments abusivement prescrits, mais on nous a aussi empoisonné, en affaiblissant notre système immunitaire, en détruisant les flores intestinales de ceux qui se conformaient trop facilement aux prescriptions qu’on leur conseillait, pour ne pas dire imposait… Il y a de quoi avoir envie de revenir à un peu plus de bon sens : les logiques et compétences de nombreux médecins et thérapeutes pas dupes le permettent, les soins correspondants sont disponibles.

Mais on ne laisse pas ainsi filer les pilules aux granulés d’or… Les comptables veillent. Surtout chez les apothicaires, qui après avoir largement profité d’un système (la vente de produits que leurs clients ne payent pas !), ne sont pas décidés à plier bagage, on les comprend. Ils vendent donc eux aussi toutes sortes de produits naturels, produits que le monde médical fustigeait quelques années auparavant… Tant mieux, c’était d’ailleurs une de leur vocation première. Mais ils souhaitent également se les approprier, sous prétexte qu’ils seraient… trop efficaces ! “Je retourne ma veste”, chantait Dutronc… Ainsi la propolis a-t-elle failli être interdite à la vente hors de leur enceinte il y a quelques années… Et la vitamine C ? Et le lait maternisé ?

Qu’on ne se méprenne pas : tout le monde s’aime ! Tout le monde doit pouvoir vivre de son travail ! Justement. Il nous reste dans ce chapitre à évoquer un étonnant feuilleton : celui du millepertuis. Un produit qui s’est révélé être un très bon calmant et un excellent substitut aux anxiolytiques. Sans effets secondaires, sans accoutumance. Produit qui obtient un très vif succès en Allemagne et aux États-Unis. Et en France ? On lui met les bâtons dans les roues de la manière la plus vicieuse qui soit, et les personnes qui cherchent à s’en procurer ont bien des difficultés. On fait courir sur son dos des bruits non fondés quant à d’éventuels effets secondaires, on mandate les autorités administratives locales pour qu’elles l’interdisent dans les magasins, on menace les fabricants qui continuent à le proposer. Bien entendu, les personnes lésées par ces démarches ont cherché à obtenir des justifications quant à ces interdictions. Réponse : il n’y en a pas… De vagues études sont invoquées, impossible de se les procurer. Mais il se trouve que la France est le plus gros consommateur mondial d’anxiolytiques. Est-on suffisamment clair ?

Loin de nous la volonté de se complaire dans le rôle des persécutés. Mais il est des réalités qui fâchent…

Pour que ce pas si bref que ça tour d’horizon soit complet, il nous faudra bien balayer également devant notre porte. Et vous signaler que le monde des produits naturels est loin d’être sans reproches… Nous l’avons évoqué à propos des vitamines américaines, mais il n’y a pas qu’elles. On trouve partout des fabricants qui jouent de manière éhontée la carte du commerce en proposant tout et n’importe quoi, parfois avec la seule volonté de mélanger les nouveaux produits à la mode, tout auréolé de la puissance créatrice du concepteur dudit produit sur le papier, lequel ne se soucie parfois même pas de vérifier ou de tester in vivo la compatibilité et l’efficacité de ses composants. Car il faut savoir qu’un complément alimentaire peut se créer du jour au lendemain, sans aucun test, sans aucune autorisation, à n’importe quel prix. Et comme partout où il y a de l’argent à gagner, on trouve des commerciaux très efficaces qui se débrouillent pour que leur marchandise se retrouve sous vos yeux, sur les rayons des boutiques peu scrupuleuses. Comment font-ils, ces commerciaux ? Comme partout ailleurs ! Des argumentaires factices qui séduisent le plus naïfs, des remises, des voyages à gagner, des gratuités… On se rappelle avec effroi une société qui proposait aux magasins cent boîtes d’ampoules gratuites pour cent achetées… Après ça, il faut bien les écouler… En essayant de vous les vendre…

La conclusion

Voilà, nous avons essayé d’être honnêtes, parfois précis. Non sans avoir joyeusement sauté les deux pieds joints dans la flaque, histoire d’éclabousser un peu… Mais sans goût de la polémique : pour qu’une où deux gouttes, peut-être, atteignent le vernis un peu trop voyant qui enrobe le sujet. Pour mettre en évidence, aussi, que les bonnes idées et les démarches saines sont bien souvent perverties par les marchands du temple. Ce qui ne suffit pas à discréditer celles-ci.

Bien entendu, chaque ligne de ce qui a été écrit peut être discutée ou contestée, vous ne manquerez d’ailleurs certainement pas de le faire.
Au plaisir de vous lire.

JM