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  Le premier  henné bio !


Le henné a longtemps séduit la clientèle bio. À juste titre, puisqu’il constitue une solution naturelle pour embellir les cheveux, les renforcer, les colorer ou simplement les teinter, avec une petite touche exotique et vivante qui s’avère très plaisante lorsqu’on le compare aux couleurs sèches et figées des préparations chimiques qui sont aujourd’hui la norme. Pourtant depuis quelques années et jusqu’à ce jour, plus aucun magasin bio sérieux n’en propose.


Explication : la mention « henné naturel », qui a abusivement servi de passe-droit pendant un temps, ne peut en aucun cas tenir lieu de certification. Pour des raisons agricoles tout d’abord, puisqu’on ne sait rien des techniques qui accompagnent sa culture. On déplore aussi un manque de transparence sur la composition d’une substance qui devrait être pure, mais qui est souvent mélangée aux brou de noix, curcuma, thé, camomille, luzerne, pelures d’oignon, sauge, séné ou autres… Le plus gênant est toutefois ailleurs : le henné est fréquemment renforcé par des substances chimiques non déclarées, dangereuses. Ainsi, beaucoup de hennés noirs incorporent du PPD, ou « paraphénylènediamine » pour les amateurs de gros mots. Très peu chère, gravement allergisante, cette substance est malheureusement présente dans la plupart des hennés commercialisés en des pays qui en sont les plus gros consommateurs. En France, c’est en toute légalité qu’apparaît un autre composant, le « sodium picramate », peu fréquentable et d’ailleurs interdit en d’autres contrées. Notre « solution ancestrale et naturelle » est donc bien souvent dévoyée. Elle mérite d’être réhabilitée.

Un label bio serait le parfait garant d’une qualité à la hauteur de la grande réputation du produit originel. Mais du henné bio, personne ne peut s’en procurer ! Et pour cause, personne n’en commercialise… Il faudrait pour cela se donner les moyens de trouver des cultivateurs qui produisent puis transforment le meilleur henné, celui qui n’a besoin d’aucun adjuvant pour être efficace, et le garantissent. En clair, mettre en place une filière. Aucun distributeur n’y est parvenu, jusqu’à ce jour.

Jean-Charles est Français, Siamak est Iranien. À eux deux, ils ont déjà réussi de très belles choses, comme importer d’Iran les délicieuses petites figues Zagros que vous appréciez tant, tout comme les dattes fraîches. Ces dattes ont été le passeport vers le henné perse, produit depuis 9 000 ans, celui qu’on trouve encore au sud de l’Iran, à proximité de la frontière du Pakistan. C’est le producteur de ces fameuses dattes fraîches qui a en effet conduit nos deux hommes en des zones désertiques, peu habitées, peu fréquentées, sans électricité, sans routes, où l’état civil n’existe pas. Une région où même Siamak a quelques difficultés à se faire comprendre, et où il vaut mieux être accompagné… Ici est cultivé pour les populations locales le meilleur henné qui soit. Il n’a jamais été traité, et ne le sera pas. Mahdi Kordestani, le producteur, est surpris que l’on s’intéresse à son travail… Il en produira désormais un peu plus en famille afin d’approvisionner Jean-Charles et Siamak. Du rouge, le Lawsonia intermis, un arbuste. Et du noir, l’Indigoféra, une plante annuelle. Dans les deux cas, les feuilles sont séchées sur place une dizaine de jours avant d’être acheminées à Yazd.




Siamak, à gauche.
Sur la droite, une parcelle de henné noir.



Yazd, beaucoup plus au nord, est une des plus anciennes ville du monde, autrefois étape clé sur la route de la soie. Elle a toujours été la ville où l’on transforme le henné. Aujourd’hui moins qu’hier toutefois, les Iraniennes succombant aussi aux facilités des teintures toutes prêtes… La « rue des broyeurs » ne compte plus que trois artisans à présent, mais ils travaillent avec les mêmes meules que toujours, simplement actionnées par des moteurs électriques en lieu et place des chameaux d’autrefois. Cette opération est primordiale : le passage à la meule permet en effet d’écraser le henné sans le chauffer, et de respecter ainsi les huiles essentielles et tanins qui font la qualité et la réputation des provenances perses. 



Le henné est écrasé à la meule de pierre. Atelier de M. Joshin à Yazd.



Il sera ensuite tamisé, puis conditionné à la main dans des sachets en toile. Rien de plus.

Le henné perse et bio est bien arrivé en France, bravo à nos amis. Reste à l’utiliser… À chacun ses petites recettes, mais il y a des constantes. Quelques précautions à prendre tout d’abord, afin d’éviter tout problème avec des substances qui, même végétales et pures à 100 %, n’en sont pas moins puissantes. On conseillera donc une petite application préventive de 48  heures sur la peau, histoire de vérifier que le henné ne donne lieu à aucune réaction cutanée. On évitera tout contact avec les yeux, et se gardera d’en badigeonner les sourcils… Pour la couleur, un test sur une mèche peut être bienvenu. Voici ce qu’on peut dire pour ne pas se tromper :



Jean-Charles, en visite dans l’atelier de conditionnement de M. Akbary à Yazd.














- Le « henné noir » (indigofera) est traditionnel en Iran. C’est le « Wasmé », le plus ancien colorant connu, qui n’est pas exactement le henné tel qu’on l’entend au Maghreb, par exemple. Il renforce la couleur des chevelures noires.

- Le « henné cuivre-cannelle » (lawsinia inermis), appelé henné rouge ou henna en d’autres pays, est le plus classique. Il donne des reflets auburn prononcés aux cheveux châtain-clair ou foncés.
- Le « henné châtain » est un mélange des deux précédents. Ses reflets sont riches et nuancés.



Quelques petits trucs à présent : le mélange appliqué doit être pâteux à tendance molle. On peut y ajouter de l’huile d’olive ou un demi-yaourt. Le temps d’application sera d’une vingtaine de minutes, pour celles qui entendent profiter de l’effet bienfaisant du henné, et d’une heure à une heure trente lorsqu’on recherche l’intensité de la couleur.

Voici enfin, rapporté par Siamak, ce qui se pratique traditionnellement en Iran pour couvrir les cheveux blancs : une application de henné noir, avec rinçage. Puis une application de henné rouge.


Ce tableau récapitulatif vous aidera à évaluer la couleur obtenue en fonction de votre teinte naturelle et du type de henné employé.


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