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Points de vues | SAT'Info n° 79 - du 05/2005

 Satoriz, l’écologie... et vous !

 

La Terre, l’écologie, le bio, Satoriz… et vous !

Un pain au kamut de « La Boulangerie Savoyarde »… Le comté « Petite », un petit Cahors de chez « Bessières », un saucisson « Rostain »… L’huile d’olive « Mélas », un miel de montagne « Turchet »… Une pomme des « Coteaux Nantais » !

Si vous achetez bio pour le goût, vous ne vous y trompez pas…

Pour l’amour du travail bien fait, le respect des gens qui s’y consacrent… Stop là, vous savez.

 
 

 

Pour la santé ? Le sujet a longuement été discuté. Faute de preuves et pendant des années, le bio n’était pas « officiel-lement » meilleur… Qu’il le soit réellement n’est pourtant pas si dérangeant. C’est le fait que le « conventionnel » soit moins bon qui constitue une information dangereuse. Explosive. Aujourd’hui, les instances les plus officielles sont obligées de jouer les contorsionnistes pour ne pas avouer clairement ce qu’ils savent pertinemment : les aliments conventionnels tuent. À la longue. Si ce n’est par leur consommation, c’est par leur production. Dur à avaler, dur à dire.

Le bio pour « soigner la Terre » ? Il est né de cette volonté, il y a presque un siècle. Il en est la seule perspective, à plus ou moins long terme. Le consommateur bio en est conscient et s’implique, par ses achats.

Résumons : on se régale, on pète la santé… Et on œuvrerait de plus pour le bienfait de l’humanité, l’avenir de la Terre ? Fastoche, l’écologie, non ? Vite, la légion d’honneur ! Elles sont où, les caméras ?

Allez, redescends, pépère, retrousse les manches et ramasse la bouse : si tu es débrouillard, tu en feras de l’énergie. De la bonne.

Dit autrement et avec tous les égards que l’on doit aux personnes de bonne volonté : un simple logo AB sur une étiquette n’est pas gage suffisant d’une vraie démarche écologique ; ni de la part de celui qui produit, ni de celui qui distribue, ni de celui qui achète. Ce logo garantit un mode de production vierge des souillures de l’agriculture chimique, et c’est déjà un énorme pas. Il n’exclut pour autant pas quelques dérives énergétiques au niveau de la production, de l’emballage, des transports ou des habitudes de consommation qui limitent parfois les ambitions environnementales liées par essence à la démarche. Par essence ? Zut, c’est pas l’bon terme…

Allez, on fait le tour du moins bien, histoire d’apprendre à tendre vers le mieux.

Fruits et légumes : de saison ?

En été, la nature produit de beaux fruits et légumes par chez nous : fraises, abricots, raisins, pêches, tomates, salades, courgettes, aubergines, poivrons… En hiver, on stocke ceux qui tiennent le choc : les pommes, pommes de terre, carottes… On récolte ceux qui poussent malgré le froid : kiwi et kaki pour les fruits… Choux, poireaux et endives pour les légumes… Aujourd’hui et de plus en plus, nouvelles donnes : malgré le rythme des saisons, on se procure presque de tout à toute époque de l’année, même en bio. Pour le meilleur ?

Certainement pas. N’insistons pas sur d’éventuelles conséquences secondaires pour la santé que l’on se contentera d’évoquer en une phrase : en se coupant des rythmes de la nature, on peut modifier l’équilibre de son propre métabolisme, de son rapport profond à la vie. Examinons plutôt les problèmes écologiques liés à la consommation de fruits et légumes qui ne sont pas de saison : soit ces produits sont cultivés sous nos climats, ils le sont alors sous serre ; la consommation d’énergie pour chauffer ces dernières est dans ce cas énorme. Soit ils proviennent de contrées où le temps est plus clément, et c’est alors le transport pour acheminer jusqu’à chez nous ces produits qui pose question.

Le débat fait rage chez les puristes du bio : un magasin doit-il proposer des tomates en hiver ? On aimerait pouvoir répondre non, naïvement… Mais on s’en gardera ; parce que ce serait naïf, justement ! Une tomate cultivée en Sicile, sous serre mais sans chauffage aura nécessité moins d’énergie pour son transport* que la batavia élevée au fuel et souvent ingurgitée en hiver par le trop bien pensant mal informé… Pour peu que celle-ci soit assaisonnée de tamari japonais… Les lieux de productions sont par ailleurs maintenant tellement éclatés que certaines logiques sont inversées et méritent d’être rappelées : pour rejoindre Carpentra, où se trouve notre principal grossiste, un artichaut qui est acheminé en hiver d’Égypte et par bateau nécessitera moins d’énergie en transport** qu’un chou-fleur qui viendra de Bretagne en camion ! Quand ce n’est pas de Pologne, dans le circuit conventionnel… Une production saisonnière et locale, chacun l’appelle de ses vœux. Mais la majorité des choux et endives proposés viennent du nord, qu’y faire ? Si les étals des magasins bio devaient dès aujourd’hui n’être parés que de produits réellement locaux et de saison, ces rayons apparaîtraient si tristes que le mouvement bio s’effondrerait illico, en même temps que ces magasins. Impec, le jusqu’ auboutisme…

Voici donc en conclusion provisoire de ce chapitre la position retenue par Satoriz : une consommation éclairée et responsable ne se décrète pas. Imposée, elle ferait fuir… Plutôt que de choisir à la place du consommateur, nous préférons inciter chacun à profiter de l’offre de saison - la plus judicieuse - en lui laissant la plus large place possible.

*Pour leur transport, nos tomates siciliennes sont acheminées avec nos oranges et contribuent à rentabiliser le semi-remorque qui les transporte.
** S’il s’agit de haricots d’Egypte, c’est tout autre chose : ils sont acheminés par avion…

La proximité, l’éloignement…

Il y a des comportements que l’on peut éviter : sachant qu’il est possible de consommer des pommes françaises de septembre à début mai, il ne semble pas vraiment nécessaire de s’en procurer au mois de juillet, directement importées d’Argentine… Vigilance, donc. Mais jusqu’où doit-on pousser la logique de la proximité ? Jusqu’à refuser de consommer de la quinoa - unique ressource d’une des populations les plus pauvre du monde, sur les hauts plateaux boliviens – sous prétexte qu’on trouve d’autres aliments plus proches ? La quinoa est pourtant une excellente alternative protéinée à la viande. Cette même viande étant elle-même une des denrées dont la production est la plus avide d’espace (voire déforestation en Amazonie), particulièrement polluante au niveau des gaz à effet de serre et non généralisable à l’ensemble de la planète… Pas si simple, les grands principes, et vive la quinoa ! Doit-on bannir café, cacao, bananes, ananas et oranges ? Amandes et sésame ? Doit-on consommer l’immonde sucre de betterave, quasi local, pour se passer des excellents sucres de canne roux ou complets, plus exotiques ? Bref, est–il judicieux de remettre en cause un des caractères les plus marquant de la nature humaine, l‘envie de commercer, d’échanger, de découvrir et apprécier ce qui vient de loin ? L’enjeu est de taille, les gaz rejetés par la plupart des modes de transport contribuant largement à assombrir l’avenir. Mais les solutions sont pour l’instant limitées, tant chaque jour une nouvelle parcelle de notre terre se trouve commercialement dépendante d’une autre, si éloignée… Point de certitude de notre part. Un vif intérêt toutefois pour ceux qui en ont, avec un œil amusé, parfois : nous citerons volontiers l’exemple d’une des meilleures revue écologiste du moment qui bénéficie de plus que notre respect, sauf lorsqu’elle se ridiculise… Elle s’est récemment illustrée en descendant en flèche un des produits écologiques les plus intéressants du moment, les noix de lavage indiennes… Les rédacteurs du journal reprochent à cette miraculeuse alternative à la lessive sa provenance lointaine, d’une part, et le fait de déstabiliser l’écosystème local, d’autre part… alors qu’il s’agit d’une simple cueillette ! Avec de tels raisonnements… On garde notre baril d’Ariel, c’est ça ? Au fait, leur remarquable revue citoyenne, ils l’impriment au brou de noix sur des feuilles de tilleul ? Et ils la distribuent localement dans les boîtes aux lettres, en patin à roulette ?

Là encore, il n’y a pas de solutions miracles et nous sommes incapables d’envisager le moindre système totalement cohérent. Il nous semble juste possible de donner quelques pistes : consommer majoritairement localement constitue une bonne attitude, sympa qui plus est. Fréquenter les producteurs, les marchés locaux… Cultiver, faire soi-même plutôt que d’acheter, quand c’est possible… Toute infidélité de ce type à Satoriz est vivement encouragée !

Les emballages

Commercer, c’est emballer. À un moment ou un autre. Emballer, c’est polluer. Plus ou moins… Comment commercer sans polluer ? En incitant le consommateur à se servir en vrac, lorsque c’est possible : le sac en papier dans lequel on versera du riz sera toujours moins polluant qu’un emballage en cellophane. En évitant de distribuer des sacs en plastique lors du passage en caisse ? La pratique est en partie acquise dans le milieu bio, ça roule. Quelles sont alors les alternatives proposées ? On a vu ça et là apparaître des sacs en amidon de maïs biodégradables, résistants et très agréables, vive la technologie. À un détail près : le maïs est une des productions les plus déstabilisantes qui soit au niveau écologique : l’atrazine, un pesticide utilisé pour sa culture, s’avère particulièrement nuisible et se retrouve abondamment au niveau des nappes phréatiques… car le maïs utilisé n’est pas bio, ne rêvons pas… Résultat : des grenouilles qui ne sont plus ni mâle ni femelle, partout où le produit est utilisé. Plus en France, puisque l’atrazine est aujourd’hui interdit… Ouf ! Le développement de la culture du maïs n’en est pas souhaitable pour autant : celle-ci épuise les sols et demande des quantités d’eau considérables, qui viennent vite à faire défaut par ailleurs… Jamais à cours d’idée, on a donc produit des sacs tout aussi biodégradables en amidon de pomme de terre, solution plus acceptable a priori. Mais est-ce vraiment la bonne voie ? Ne doit-on pas plutôt bannir l’habitude du jetable supposé éternellement renouvelable ? Vous êtes nombreux à recycler les cartons et cagettes mis à disposition dans nos magasins. Ou à emporter avec vous vos propres sacs et cabas, bravo. Nous en proposons quant à nous en papier recyclé, solides et plusieurs fois réutilisables. Mieux encore et depuis peu des sacs en coton bio, quasi inusables, fabriqués dans des coopératives indiennes. Quoi ? C’est loin, l’Inde ? En attendant le coton des Alpes…

Du cuisiné, du frais, du surgelé ?

Certains se rappellent probablement la nature de l’offre qui était disponible dans les boutiques bio il y a vingt-cinq ans : authentique, à coup sûr ; limitée, pour le moins… On trouve aujourd’hui de tout, en bio. Mais à quelle aune doit être mesurée la légitimité de ce « tout » ? Celle de l’utile, uniquement ? De l’agréable ? Du superflu, éventuellement ? Du seul besoin de vivre ou du plaisir d’exister ? On n’en finira pas de ré-examiner la finalité de la vraie démarche bio : durable. Le fait de proposer des plats cuisinés et souvent suremballés entre-t-il dans cette logique ? Et les conserves, les bocaux ? Que dire des produits frais qui nécessitent des transports rapides et fréquents pour une qualité maximale, des banques froides gourmandes en énergie sur les lieux de ventes, des réfrigérateurs qui ne le sont pas moins à la maison… Sans parler des surgelés… Oui mais… Les surgelés permettent d’éviter de produire des légumes hors saison, si l’on regarde bien… Arrrhhh, pétage de plomb ! Du plomb dans l’aile ? Tant qu’il n’y en a pas dans les épinards…

Des progrès, oui !

Beaucoup parmi vous nous écrivent et interpellent sur tel ou tel point à améliorer. Nous y sommes sensibles. Si notre volonté d’optimiser le bilan écologique de notre circuit est sans faille, notre capacité à progresser reste pourtant limitée : on nous a conseillé de moins éclairer nos magasins, tant en intérieur qu’en extérieur ; une proposition qu’il est difficile de retenir… Dans un contexte où le bio se doit de progresser et se généraliser - ce qui est la seule justification de sa perspective écologique - on essayera d’être visible et de ne pas dérouter les nouveaux venus par des magasins « tristounets ». Eclairés, nos magasins le sont, mais pour la moitié d’entre eux par un fournisseur d’électricité* qui s’engage à rejeter le nucléaire et à encourager les énergies vertes. On nous a reproché nos magasins majoritairement en périphérie des villes, et donc inaccessibles en vélo… Là, pour le coup, on assume à 100 % : que seraient ces villes si tous les commerces alimentaires et leur cortège de livraisons se trouvaient en leur sein ? S’ils étaient quotidiennement investis par des hordes de clients périurbains ? (C’est pt’être vous, les « hordes »… mille excuses !) Autre piste, on nous suggérait récemment de veiller à la qualité des colles utilisées pour fixer les étiquettes sur les produits que nous vendons. Une bonne idée ! pour sûr… mais il nous faudra également nous assurer que les cartouches de nos imprimantes soient remplies d’encres végétales, que les carburateurs des camions qui nous livrent soient bien réglés, que les déodorants des livreurs soient sans aluminium… Exigera-t-on de nos clientes qu’elles délaissent les bas nylon ?

* « Direct Energie » . Ce fournisseur sera bientôt apte à procurer cette électricité à tous nos magasins

Chiche, on conclut ?

Où cette réflexion nous mène-t-elle, qui que nous soyons ? Nous ne le savons pas trop, mais nous y allons avec joie ! En gros, à chacun de faire des efforts, d’en mesurer les conséquences. Privilégions le fait de se frotter aux problèmes que l’on peut résoudre ou contribuer à améliorer. Rome ne s’est pas faite en un jour, nous souffle Combaz à l’instant… Quant à être cohérent sur toute la ligne, nous vous le disions plus haut : bien malin qui y prétend.

La cohérence… Tiens, voilà un système qui s’en réclame et qui la vit : la permaculture, que nous vous présentons dans l’entretien qui suit. Intéressante, elle mérite d’être approfondie. Ne songeons toutefois pas une seconde à vendre des produits qui en proviennent ; c’est l’antithèse même de son principe de base : écolo, local et hors commerce… Hors commerce ? Pour peu que chacun s’y mette, et hop ! plus rien dans nos rayons… Qu’adviendra-t-il alors de Satoriz, de ses sacs en coton bio et de son petit journal ? De ses équipes ? Bah, nous occuperons nos locaux, histoire de continuer à nous voir… D’échanger des recettes, de parler des enfants, du climat qui pour le coup se refroidit, tout ça… Vous viendrez nous dire bonjour, hein ?



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