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Points de vues | SAT'Info n° 86 - du 06/2006 Emballages : demain, ça ira mieux ?Les emballages : on en veut moins ? C'est possible... Force est de constater qu'après plusieurs mois d'incitations faites à nos fournisseurs pour limiter plastique, papier ou carton, les réactions sont encourageantes. Vous en verrez les résultats dans quelques mois. Mais que représentera ce gain sur la masse totale des déchets générés par notre commerce, par vos achats ?
Si la réduction de la quantité d'emballage est indiscutablement la première mesure à prendre, il est pour le moins intéressant de se soucier de ce que deviendront ceux qui subsisteront de toute manière. Ça, les techniciens s'en occupent. Les politiques aussi, parfois… plus souvent maires que ministres. Mais que
Le milieu du bio semble avoir un rôle important à jouer dans le domaine de l'emballage. Quelles sont les principales attentes ? Michel Mustin : les consommateurs et acteurs du bio réagissent de manière très lapidaire : le bio doit être emballé dans du bio ! Cela peut se concrétiser ainsi : l'emballage ne doit pas avoir d'impact sur l'environnement ; il doit être compostable et créer de la biomasse (pas des déchets polluants), ou à la rigueur en un métal propre et recyclable neutre, comme l'acier ou l'aluminium. Ces métaux se recyclent correctement. Les réserves d'aluminium sont abondantes et il n'y a pas de problème les concernant. Quant à l'énergie nécessaire pour le produire, elle peut être renouvelable. Quelles sont les contraintes ?
Sans compter que l'emballage ne s'arrête pas à ce que constate le consommateur! Il faut en effet raisonner à trois niveaux : celui de l'emballage qui est en contact avec le produit, d'abord. Puis celui qui le protège, et enfin ceux que constituent les cartons de douze et la palette, elle-même entourée d'un très large film plastique avant que les produits arrivent en magasin. Si l'on considère toute la filière, on peut avoir des ratios où le poids de l'emballage est supérieur à celui du produit ! Pour améliorer les choses, on peut souhaiter dans un premier temps que toutes les matières utilisées soient recyclables, quelles que soient leur provenance. C'est la raison pour laquelle il ne faut pas condamner définitivement certains matériaux. Sauf les PVC, peut-être : ce sont les grands accusés, parce qu'ils contiennent du chlore qui pose de gros problèmes à l'incinération, avec dégagement de furanne, dioxines etc... Le recyclage, c'est bien. Mais le milieu bio ne doit-il pas placer la barre encore plus haut ? Les gros enjeux à terme sont en effet les emballages biodégradables. Ils existent. Aujourd'hui, des matériaux se dégradent entièrement en 90, 100 jours, je le vérifie régulièrement dans mon jardin. Parmi ces matières, on trouve l'amidon de maïs, l'amidon de pomme de terre et les PLA, soit les acides polylactiques. On a commencé à fabriquer ces matières plastiques à partir de la récupération du petit-lait dans les fromageries. On les obtient aujourd'hui par la synthèse de molécules sucrées de toutes origines végétales : on part du sucre de canne ou de betterave dont on mute le saccharose en lactose, qui devient acide lactique après fermentation. En le polymérisant, on obtient l'acidepolylactique, le PLA. On en fait des emballages étirables, filmables, des barquettes, gobelets, fourchettes… Même les filets à pomme de terre sont déjà disponibles en cette matière ! C'est un domaine commercialement balbutiant et donc cher, mais ça va démarrer. Peut-on considérer que nos habitudes alimentaires actuelles et le type de distribution de denrées qui est le nôtre peuvent être compatibles avec l'idée d'un développement durable, ou est-ce une aberration ? La réflexion se fait à plusieurs niveaux : il faut bien entendu commencer par repenser la notion de proximité des aliments. Mais concernant l'emballage, en Europe de l'ouest notamment, on a tout ce qu'il faut pour bien faire les choses : des biomasses forestières en quantité, les industries du papier, des fibres végétales qui fonctionnent bien… En optimisant tout cela, on peut arriver à des emballages quasi parfaits. Prenons l'exemple de petites tommes : actuellement, elles sont proposées dans une barquette polystyrène, avec une paille plastique sur laquelle reposent les fromages et entourées d'un film en PVC. Très rapidement, on peut passer à une barquette en peuplier, une paille végétale et un film en PLA. Les déchets sont alors entièrement compostables, on boucle le cycle du carbone très rapidement. Le consommateur bio, notamment, prendra très vite l'habitude de repérer les emballages compostables. Facile, le fromage. Prenons l'exemple des cookies... Tout aussi facile : cet emballage rigide existe en PLA. Les films fraîcheur aussi, le carton recyclé avec encre végétale également. Quel est le surcoût d'un emballage compostable ? Pour l'instant, il est deux à trois fois plus élevé. On vient de l'évoquer : il y a les emballages visibles par le consommateur, mais aussi ceux qui sont liés aux transports des denrées, que l'on ne voit pas et que l'on oublie ; d'autres sont très techniques. Existe-t-il des réflexions à ce niveau ? Non seulement des réflexions, mais aussi des propositions ! Voici un emballage qui permet l'envoi d'objets fragiles par la poste : il est constitué d'un film plastique en PLA à l'extérieur, puis de papier, et à la place des bulles d'air ou les billes de polystyrène pour le système antichoc, on trouve des pop-corn… La personne qui a conçu cet emballage a mis au point une variété de maïs dur qui permet cet usage. Un travail de cinq ans, donnant lieu à brevet. Cet emballage très technique peut aller directement .au composteur après avoir servi ! Le développement d'une telle filière pourrait avoir un énorme impact, puisque pour remplacer le polystyrène employé en France, il suffirait d'une surface de 3 000 hectares de ce maïs. C'est très peu ! Le maïs est-il vraiment la bonne solution, vu les intrants chimiques et l'énorme quantité d'eau que nécessite sa production ? L'éco bilan sera toujours plus favorable. Mais le problème du maïs, c'est qu'il ne faut pas le cultiver n'importe où ! Ici dans le Sud-Ouest, il n'est pas très malin de le planter à Narbonne ou en bordure de mer, entre amandiers et oliviers... Traditionnellement, le maïs était ici cultivé dans les plaines, au pied des Pyrénées, là où il n'y a pas besoin d'irriguer. Cet emballage a-t-il une chance d'être adopté ? Les réponses aux questions écologiques sont bien souvent politiques : ce type d'emballage devrait être imposé à la poste, de la même manière que l'administration allemande, par exemple, impose le papier recyclé dans tous ses services. Y a-t-il de fausses routes possibles en matière d'emballage, de mauvaises idées ? Le bio fragmentable. Il s'agit d'une matière où l'on met des molécules d'amidon de maïs dans des molécules polymères classiques : on croit que le plastique se dégrade, mais il ne fait que se fragmenter... On obtient au bout du compte des bouts de plastiques microscopiques qui resteront indéfiniment dans le sol. Mais tout le monde est content, parce qu'on ne voit plus la pochette plastique... C'est une catastrophe, et il y en a de partout. Que risque-t-il de se passer à terme : le marketing va-t-il s'adapter à l'écologie, en enlevant certaines couches d'emballage, ou l'écologie va-telle tenter de s'adapter au marketing, y compris dans ses aberrations ? Je ne suis pas devin, mais on peut supposer que le retour à l'écologie s'imposera suite à des perturbations énergétiques, politiques ou autres : en période de difficultés, on ne s'occupe pas tellement de l'attrait des emballages… Mais sans en venir à des suppositions extrêmes, écologie et marketing peuvent s'adapter l'un à l'autre. Nous sommes dans un contexte où les consommateurs attendent des produits emballés de manière saine, mais également vivante, colorée. Les distributeurs aussi, qui souhaitent des emballages aptes à déclencher l'acte d'achat. Les fabricants de bioemballage peuvent répondre à cette demande et attendent d'ailleurs beaucoup du circuit bio. S'ils ne peuvent commencer dans ce circuit, comment peuvent-ils imaginer convaincre les hard discounters ? Bernard Storup : concernant cette adaptation du marketing à l'écologie, ou le contraire, je crois que les choses se mettront en place à partir du moment où les consommateurs auront le choix. Pour l'instant, qu'est ce qu'ils peuvent faire, individuellement ? Ils ne le savent pas trop… Nousmêmes, fabricants alimentaires, ne savons pas quelles sont les possibilités qu'offrent les techniques actuelles et où prendre les informations. Il faut un référentiel technique, pour définir la règle du jeu, et des informations, pour que l'on sache bien qui propose quoi. Et là... On ne demande qu'à s'engager ! A-t-on des chances d'arriver au référentiel que Bernard appelle de ses vœux ? Michel Mustin : oui, Ecocert y travaille. Ce sera une démarche privée pour laquelle on mettra autour de la table les différents acteurs d'une filière. Que se passe-t-il chez nos voisins européens ? En Allemagne, « Naturland » commence à imposer quelques normes, les Anglais de la « Soil association » aussi, mais sans label à la clé. Ces référentiels privés n'aboutissent donc pas à des choix déterminants concernant les logos bio, AB ou européens. Mais on sait par expérience qu'ils les inspirent. Les préconisations des référentiels privés sont souvent reprises, dans un second temps, par les logos officiels. La dernière question tombe donc sous le sens : va-t-on aboutir à la création d'un nouveau label ? Probablement… Le circuit bio est prêt à cela. Je vois sur votre revue Sat'Info la mention « encre végétale ». C'est une bonne chose, car si le papier ou le carton sont recyclables, on ne sait pas grand-chose de ce que deviennent les molécules d'encres pétrochimiques lorsqu'elles sont brûlées et dispersées dans l'atmosphère. Le fait d'imposer des encres ne provenant pas de la pétrochimie pourrait être une contrainte comprise par la clientèle bio. Idem pour les colles, les agrafes... De la même manière que des labels comme BDIH ou COSMEBIO sont venus certifier des produits cosmétiques et donc non alimentaires, on peut imaginer à cours terme une démarche de cet ordre concernant les emballages.
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font les producteurs ? Les distributeurs, les acteurs du bio ? La rencontre avec Bernard Storup, de la société Nutrition et Soja, a été riche d'enseignements en la matière. Plus que tout autre concerné de par la nature des produits qu'il propose et la somme d'emballages qui les conditionnent, Bernard a pris l'option de travailler sur le long terme en se penchant activement sur la question. Il nous a fait rencontrer Michel Mustin, spé-cialiste en écologie, Consultant pour Ecocert, avec lequel il réfléchit au proche avenir.
Elles sont simples : il faut que ces emballages soient pratiques et pas trop chers. Accessoirement, il est nécessaire de trouver des fournisseurs qui en proposent… Pour agir le plus largement possible, il me semble raisonnable d'avoir une approche assez légère dans un premier temps, avec des critères globaux concernant tous les produits. Puis d'affiner, selon les filières, pour arriver à optimiser le rapport « contenu-contenant ». L'exemple à ne pas suivre, c'est celui des dosettes à café ! Les industriels donnent pratiquement la machine expresso et se rattrapent en vendant des recharges dans lesquelles il y a presque plus d'emballage que de café... Cela multiplie par 7 le poids de l'emballage par rapport au prix du café lorsqu'il est présenté en sachet de 250 grammes… 
