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Deux ans et un mois sur les routes, entre Europe et Asie… ! 20000 kilomètres parcourus à vélo, en couple… Vous les avez lus dans Sat’Info.
Ils sont à peine revenus : sereins et souriants, mais pas encore bavards… C’est trop tôt. Petit ping-pong en attendant…
Bilan santé d’abord… Les pulsations cardiaques ?
On se sent mieux, on a beaucoup gagné en condition : lorsqu’on est parti avec nos gros vélos chargés, après 50 bornes et quelques cols dans la journée, on plantait la tente et on dormait 12 heures… Deux ans après, pour le retour dans les Alpes et sur le même parcours, 70 km par jour, c’était des vacances…
Les mollets ?
Ghys : j’ai pris des épaules !
Et les vélos ?
Lifting presque total, on a tout changé petit à petit : il reste les cadres, les guidons, les selles et les portes bagages d’origine. Mais on les a gardés jusqu’au bout, on s’y est attaché… Notre plus grande inquiétude, c’est quand on les prêtait, à des gamins, mais aussi à des adultes : ils tardaient à revenir, on se demandait… En fait, ils en profitaient un maximum !
Vous n’êtes pas plus maigres qu’au départ… C’était gastronomie tous les jours, ou quoi ?
On a mangé à notre faim, mais pas franchement équilibré…
Avez-vous eu l’impression de voir un panorama complet de ce qui se mange en Europe et Asie ?
De la nourriture populaire, oui. Les échoppes de rue, les cantines d’ouvriers, les familles… On n’a pratiquement pas fait de restos… Notre but, c’était de manger ce que les gens mangent.
Ce qui donne quoi ? Des surprises ?
Du chien au Vietnam… Bof… Des œufs fécondés, avec un poussin à mi-développement dedans… Du thé au beurre de Yak rance, au Tibet… On n’a pas goûté aux petits rats en broche, araignées, scarabées… La grande constante, en fait, c’est que les gens mangent beaucoup dehors. En Inde, en Asie du sud-est, surtout. Il n’y a guère qu’en France et dans les pays musulmans qu’on déjeune et dîne à la maison, ensemble. Ailleurs, c’est chacun son tour… Mais de manière générale, on ne peut pas parler pour autant de mal bouffe, c’est souvent équilibré.
Quand on voyage à vélo, on voit pas mal de campagne, et donc de cultures. Des impressions ?
On a surtout vu du riz, à tous les stades. Et c’est un boulot, énorme, totalement manuel. Même lorsque la rizière est asséchée et qu’il faut moissonner, ça se passe tout à la faucille. Mais ce qui nous a le plus marqués, c’est l’Asie centrale, en ex-URSS : on y voit beaucoup de vieux bâtiments laissés à l’abandon, au milieu de nulle part ; des anciens magasins d’état, des kolkhozes… ça marque le physique des campagnes.
Le bio, une idée européo-européenne ?
Au Ladakh, ils étaient dans une impasse avec l’agriculture conventionnelle. Ils ont donc mis en place une véritable politique de développement régional et ils font le contraire de ce qui se passe partout ailleurs en recherchant les vielles souches de semences, dans tous les domaines : arbres fruitiers, céréales, légumes. C’est ce qu’on a vu de plus parlant, avec le Kirghizstan : eux, c’est autre chose, ils n’arrivent rien à faire pousser, c’est trop haut et pas assez fertile ! Ils vivent de l’élevage, bio avant la lettre.
Nomades, oui ! En quoi avez-vous été « solidaires » ?
C’était l’idée de départ. Voir les nouvelles formes de « vivre ensemble », de commerce, d’agriculture… La réalité ? ça ne se passe pas souvent comme ça… Pour une simple et bonne raison, au Proche Orient notamment : en l’absence de véritable démocratie, il n’y a pas de place pour la différence… On a fini par mettre une croix sur le côté « équitable » ; tout s’est donc fait au hasard des rencontres, et on a finalement plus appris de la vie de tous les jours que de toutes les grandes discussions sur la mondialisation… La première préoccupation, en de nombreux endroits, c’est d’abord de trouver de l’eau pour le soir…
Vous êtes-vous sentis en décalage par rapport aux aspirations « du monde » ?
C’est sûr que nous n’avons finalement rencontré personne qui refuse le modèle occidental… On est bien obligé de constater que les gens en ont tous plutôt envie… Le seul endroit où on a entendu des critiques sur des implantations étrangères, c’est au Kirghizstan : « il est pas beau, notre pays ? Et nos bêtes ? Et ces paysages »… Eux souhaitent vraiment que ça reste comme ça.
On a eu l’impression, en vous lisant, que vous étiez souvent désabusés…
Désabusés, non… Mais on a perdu beaucoup d’illusions, de certitudes aussi : en Asie, tout est basé sur l’argent… Quand on a sur ce point un regard formaté par la chrétienté, on ne comprend pas grand-chose… En fait, on avait en têtes des images, des photos, et la réalité n’est pas ainsi, on a ouvert les yeux… Mais ça n’a par contre rien changé à nos espoirs, nos convictions : ça a juste multiplié le nombre de questions…
Est-ce que vous pensez que ces images, ces réflexions accumulées vont vous guider ?
La première réponse, c’est « on ne sait pas »… La deuxième, c’est qu’on n’est jamais aussi bien placé qu’à l’endroit où l’on est pour agir.
Les projets, donc ?
Ghys : rien de concret, tout à créer !
Manu : on va s’installer dans le Nord-Isère, avec deux idées possibles pour ma
part : la constitution d’un jardin de partage, et un projet de développement d’AMAP, pour le maintien d’une agriculture paysanne à échelle locale.
Vous refermez la page du voyage. Avez-vous croisé beaucoup de gens comme vous sur les routes ?
Pas mal de gars avec des sacs à dos. Très peu de cyclistes… Ce qui semble être nouveau, c’est la nationalité des voyageurs : outre les Français et Allemands, on rencontre des Slovènes, des Lettons, des Estoniens… Presque pas d’Américains… Mais ce sont surtout des Israéliens que l’on croise, et ils n’ont pas les mêmes raisons que les autres de voyager : après deux ans de service militaire, beaucoup pètent les plombs. Ils n’en peuvent plus, ils ont besoin de partir.
Que rajouteriez-vous, spontanément ?
Manu : qu’un de nos plus gros défit, ça a été de vivre à deux… Une expérience forte.
Ghys : Manu, je t’aime un peu plus chaque jour !
Qu’est-ce qui vous a le plus manqué ?
L’amitié. Lire le bouquin qu’on veut…
Un bouquin ??? Plus que le reblochon ?
Plus que le reblochon…
Si vous aviez à citer un livre, un disque, un tableau…
Ghys
- « L’Île des gauchers », d’Alexandre Jardin
- Plus qu’un tableau, une image : des maisons sur pilotis, en Asie, au milieu d’un champ vert… Je l’avais en tête avant de partir, je l’ai toujours après…
- En ce moment, j’écoute Gnawa Diffusion.
Manu
- « La convivialité », d’Yvan Illitch
- L’émotion que dégagent les personnages de Picasso
- Brassens ; aujourd’hui, je choisirais « La mauvaise herbe ».
Salut les Nomades ! |