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Ils ont dit ce qu’ils feraient, ils ont fait ce qu’ils ont dit, ils diront ce qu’ils ont fait : après deux ans à vélo sur les routes et chemins d’Europe et d’Asie, Ghys et Manu sont presque de retour. Nous espérons recueillir leurs premières impressions avant Noël pour vous les faire partager dès notre numéro de janvier. En attendant, dernier petit récit…
Brico-vélo-écolo, une banale histoire de crevaison au
Nous avions mis le réveil ce matin, évènement bien exceptionnel, car nous avons acquis un rythme naturel qui nous permet de nous passer de ce genre d'engin de torture… Mais de retour dans les plaines et à leurs températures extrêmes, nous voulions partir plus tôt que de coutume pour affronter à la fraîche le dernier col qui nous attendait à la sortie de Jala Abad.
Deux heures plus tôt que d'habitude, nous voilà prêts devant l'hôtel, les vélos chargés, lorsque nous rencontrons un cycliste hollandais qui se lance sur les routes du Kirghizstan. En quelques minutes, la carte est dépliée et les souvenirs fusent de toute part. "Là, tu peux planter ta tente, c'est vraiment chouette", "là tu peux t'arrêter pour manger", "mais fais des provisions ici parce qu'après, c'est 60 bornes de montée sans une épicerie"… Il en est ainsi dans notre petite communauté de voyageurs à vélo ! Nous avons donc perdu déjà une heure et fait quelques centaines de mètres lorsque je me rends compte, devant le bazar, que mon pneu arrière montre des signes de faiblesse.
Tandis que Ghyslaine achète quelques vivres pour le voyage, je le regonfle patiemment. Il n'est peut-être que dégonflé… Mais la valve se déchire subitement (c'est vraiment de la m… ces chambres à air chinoises !) et il ne me reste plus qu'à tout démonter. Un papi Ouzbek, chapeau traditionnel vissé sur son crâne chauve et canne à la main, vient à la rescousse et m'aide à tenir la roue. En fait, il me gêne plus qu'autre chose, mais il le fait de si bon cœur que je ne peux que lui rendre un grand sourire. Je fouille dans la sacoche de réparation pour trouver une autre chambre à air. Il n'en reste plus qu'une, réparée au dernier col sous la pluie, et décorée seulement de deux rustines (nos chambres à air en ont plutôt une dizaine en moyenne). Ça devrait faire l'affaire !
Malheureusement, en la gonflant pour la contrôler, je repère un minuscule trou de la taille d'une épingle, puis deux, trois, quatre… au fur et à mesure que je colle une rustine, je découvre un autre trou…
C'est à ce moment-là que deux ouvriers viennent se mêler à la partie, et me proposent de m'accompagner au bazar pour acheter une nouvelle chambre à air. Nous avions déjà plusieurs fois déambulé dans le bazar, mais nous n'y avions jamais vu la moindre pièce pour les vélos ; ce bazar est un vrai labyrinthe… Après avoir slalomé entre les tas de pastèques et de melons à même le sol, nous débouchons entre des rangées de tomates et de concombres, puis les étals des bouchers où pendent des moitiés de moutons sanguinolents, puis les stands de bric à brac, de papeterie, de produits d'hygiène, de vis et de boulons d'occasion… Après une traversée mouvementée, nous arrivons enfin devant un groupe de stands de pièces détachées pour les vélos. Pas de chance, les seules chambres à air vendues ici sont de plus grande taille que les nôtres (28 pouces de diamètre contre 26). Cela me pose un gros problème, mais ne semble pas inquiéter le vendeur qui m'explique ce que tout le monde fait ici : il suffit de rentrer une partie de la chambre à air sur elle-même pour obtenir la longueur désirée ! Je reste un peu sceptique, mais n'ayant pas le choix, je décide de tester ce système original… Retour vers les vélos à travers pêches et abricots, raisins, sacs de riz et de pâtes…
Les deux ouvriers, experts dans l'art de raccourcir les chambres à air, veulent l'installer sur ma jante et se rendent compte que la valve est trop grande ! Il va falloir agrandir un peu le passant ! Et nous voilà repartis, jante, pneu et chambre à air de 28 pouces raccourcie, contournant le bazar par l'autre coté, pour nous rendre chez le copain garagiste. Il me donne quelques sueurs lorsque je le vois sortir son marteau pour agrandir mon passant de valve, mais finalement, quelques dizaines de minutes plus tard (car les réparations ne se font pas sans de nombreuses poses pour discuter, serrer les mains des nouveaux venus et fumer une cigarette), je récupère ma roue, pneu monté et gonflé ! Ça a l'air de marcher !
Retour de nouveau aux vélos, où Ghyslaine a finalement sorti son bouquin… Il est plus de 11 heures… Je remonte en hâte ma roue et nous nous apprêtons à partir. Ne reste plus qu'à trouver une poubelle pour jeter nos deux vieilles chambres à air, celle à la valve défectueuse et celle aux mille trous… Je demande aux ouvriers où je peux m'en débarrasser, mais ils me disent de retourner au garage pour les faire réparer, pas question de les jeter !
Je retourne donc voir le garagiste, en train justement de réparer un trou de 10 centimètres de diamètre dans un pneu de voiture ! À partir de mes deux chambres à air, il m'en refait une nouvelle, avec une valve qui marche et pas de trous ! Le travail est bien fait et cela nous aura évité de jeter sans réfléchir nos deux bouts de caoutchouc. Même après deux ans de voyage, il est encore parfois difficile de perdre ce genre de réflexe de consommateur irresponsable…
Nous revoilà donc sur nos vélos, les pneus gonflés à bloc et une chambre à air "neuve" de réserve…
Il est une heure de l'après-midi… Je retourne au bazar acheter un de ces succulents melons, puis nous retournons à l'hôtel. Nous partirons demain ! n
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