Jérôme Neuville est double champion du monde de cyclisme*. Client de Satoriz, aussi ! Quelques jours après l’Open des Nations à Bordeaux - où il a encore brillé - et juste avant de s’envoler pour Nouméa puis Moscou et Berlin, il a eu la gentillesse de nous rendre visite et de nous parler des pratiques de son milieu en matière de nutrition.
Alors Jérôme, ta vie de champion : gastronomie tous les jours ?
Pas vraiment… La plupart de mes repas, je les prends dans les hôtels avec mes équipiers, et la cuisine n’y est pas vraiment soignée. À tel point que les équipes italiennes amènent leurs propres cuisiniers avec eux… Ils estiment, à juste titre, que nous ne savons pas cuisiner les pâtes… Quand on en mange en Italie, on comprend ce qu’ils veulent dire !
As-tu toujours l’occasion de personnaliser ton alimentation, comme tu l’as longtemps fait ?
Moins qu’avant. Je mange ce qu’on me propose. Mais les équipes font des efforts, notamment celle qui était la mienne jusqu’à cette année et qui était sponsorisée par la marque (…)** en produits biologiques. On emporte donc des biscuits bio, des gaufres au miel, du pain noir en tranche, du parmesan, du lait de soja… L’huile d’olive aussi, mais pas à cette marque : ce sont encore les Italiens qui amènent la leur et qui la revendent aux autres équipes en début de saison !
Les coureurs consomment donc du lait de soja ?
De plus en plus. L’idée que le lait de vache présente quelques inconvénients commence à circuler : parce qu’il encrasse au niveau articulaire, mais surtout parce qu’en limitant sa consommation, on a moins de problèmes ORL.
Connais-tu des cyclistes qui cherchent à limiter le gluten ?
J’ai récemment lu un article sur le sujet dans Sport et Vie. Mais je ne connais personne qui s’en préoccupe chez les cyclistes.
Quelles sont les grandes lignes de l’alimentation du cycliste ?
Sur route, un gros petit-déjeuner de style occidental le matin, avec en plus des œufs brouillés ou du jambon, et mêmes des pâtes pour certains. Pas pour moi, je préfère les flocons d’avoine… On part à midi et on consomme surtout des barres de céréales sur le vélo. Pendant l’effort, la plupart des cyclistes ne boivent pas les produits énergétiques de l’effort que l’on trouve un peu partout, qui occasionnent souvent des ballonnements. La majorité utilise un simple sirop et de l’eau. À l’arrivée, une petite collation, souvent avec les biscuits ou les gaufres bio dont je te parlais tout à l’heure. Les Nordiques, eux, se prennent volontiers une ou deux bières… Le soir, c’est le fameux régime pâte, qui nous permet de constituer nos réserves d’hydrates de carbone, le “carburant”. Histoire de varier, c’est parfois du riz ou de la purée de pomme de terre… Un petit dessert pour se faire plaisir, un peu de vin et parfois le champagne quand ça marche bien pour l’équipe… Sur piste, c’est différent. Le petit-déjeuner est moins important, et l’on entretient par la suite régulièrement notre taux de glycémie par de petits en cas, sandwich, etc…
Et la viande ? Il y a trois ans, tu m’avais parlé d’une équipe professionnelle végétarienne…
C’était celle de Linda Mac Cartney, elle a disparu. On consomme surtout de la volaille. Moins de toxines, moins de gras.
Vous faites attention à votre ligne, avec toutes les calories que vous dépensez ?
Le gras rend la digestion plus lourde. Mais on doit effectivement être le plus sec possible, et on fait attention. Contrairement à ce que l’on croit, le sport de fait pas toujours maigrir : il ouvre l’appétit, on mange plus ! Personnellement, je suis moins lourd lorsque je ne suis pas en période de compétition…
Quels types de compléments alimentaires prenez-vous ?
On nous conseille l’eleuthérocoque, la gelée royale, la levure de bière. Des acides aminés, avec du zinc. Beaucoup de vitamines et du fer, du magnésium. En été, du potassium. Des protéines de soja aussi, surtout pour les pistards qui font de la musculation et qui ont besoin d’une masse musculaire conséquente. On est très suivi au niveau sanguin. Il semblerait que sans compléments alimentaires on ait des carences et que la récupération soit moins facile.
Ces compléments sont-ils obtenus à partir de substances naturelles, ou synthétiques ?
Je ne sais pas.
Ginseng, guarana ?
Le ginseng, j’en prends à titre personnel. Le guarana, on se méfie : c’est un peu comme la caféine, on pourrait être contrôlé positif au-dessus d’un certain seuil. Pour ma part, je prends aussi régulièrement de la spiruline, d’autres semblent s’y mettre également.
Les produits bio sont utilisés parce qu’ils sont de qualité et souvent plus riches en nutriments. Mais on met beaucoup en évidence actuellement le fait que l’alimentation “classique” contient des traces de pesticides, ce qui est nuisible à la santé. Est-ce pour vous un sujet de conversation ?
Honnêtement, non. La seule fois où il en a été question entre nous, c’était lors des jeux olympiques d’Atlanta, en 96 : on s’accordait tous pour estimer que la viande américaine était gustativement bien meilleure que chez nous. Pourquoi ? On s’est donc posé quelques questions sur la viande aux hormones…
J’en profite pour embrayer sur “la question”… Pas à propos de la course sur route, pour laquelle tout a été dit. Mais le milieu de la course sur piste peut-il être considéré comme étant propre ?
Beaucoup plus, à coup sûr. Mais il y a quand même des choses qui nous choquent : surtout quand on voit un gars que l’on n’avait jamais vu auparavant et qui se met à gagner, tout d’un coup… Qui disparaît aussi vite, l’année d’après… La plus part du temps, des gars des pays de l’Est. Nous sommes très contrôlés, et ceux qui ont une carrière régulière sont bien souvent au-dessus des soupçons. J’en profite pour signaler que c’est le cas des pistards français.
Tous les parents sont soucieux de la santé de leurs enfants et beaucoup de nos clients et lecteurs se posent la question du choix du sport qu’ils peuvent les inciter à pratiquer. Conseillerais-tu à des parents d’orienter leurs enfants vers le cyclisme de compétition ?
Sans problèmes ! Celui qui mène sa carrière sans abus et en faisant les bons choix reste en bonne santé. Je te citerais volontiers l’exemple d’un copain qui a terminé douzième du tour de France cette année et qui refuse même la prise de tout complément alimentaire ! On peut faire une belle carrière en se respectant. Maintenant, d’ici à le gagner, ce tour… Là, franchement, je ne sais pas.
L’encadrement médical est il vraiment concerné par votre santé ?
Je te garantis que oui. Le médecin qui nous suit est un nutritionniste, il n’a pas pour objectif unique la performance. Il nous enseigne la sophrologie et s’intéresse aussi à tout ce qui touche au mental. Il m’est d’ailleurs arrivé de me poser la question de l’incidence de la prise de compléments sur le mental, et de me dire qu’elle est prépondérante…
Merci Jérôme ! Une petite anecdote pour terminer ?
J’aimerai signaler que le cyclisme sur piste, plus que sur route, permet de rencontrer des compétiteurs de toutes les cultures. Certains ont du mal à se faire aux habitudes alimentaires de tel ou tel pays… Je reviens de Bordeaux, et c’était le cas des Japonais qui étaient vraiment malheureux de ce qu’ils mangeaient chez nous… Ils se sont consolés en se payant des bouteilles de Château Petrus, du genre à trois mille euros la bouteille ! Il faut dire que les Japonais pratiquent une discipline qui est très populaire chez eux, le “keirin”, et qu’ils sont richissimes… Le Petrus, certains le ramènent par caisse entière au Japon…
* Course à l’américaine, 2001 et 2002 ** Une marque que Satoriz ne distribue pas. Nous ne la citerons donc pas, vilains commerçants que nous sommes… (En fait, c’est plutôt pour ne pas vexer celles que nous avons choisies. Chouette, une bonne raison !)
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