Marion Baudu va voyager… et travailler. Un périple d’un an sur trois continents, à la rencontre des paysans du monde et de leur savoir-faire. Avec l’envie d’apprendre, de donner. Sacré projet ! Qui n’est certainement pas le fruit du hasard… Nous avons voulu comprendre le parcours de Marion, juste avant son départ.
Rares sont les femmes à avoir la vocation de l’agriculture…
Ça m’a pris toute petite… je serai fermière ! À la surprise de mon entourage, puisqu’il n’y avait pas d’agriculteur dans la famille. On attribuait volontiers cette bizarrerie au fait que je sois dyslexique : un handicap qui ne me gênerait pas pour compter les poules et les cochons… Cette vocation vient en fait probablement de mon arrière grand-père, cheminot, mais qui avait un jardin potager. Je suis parisienne d’origine et lorsque j’étais en vacances chez lui, je passais beaucoup de temps à le regarder prendre soin de sa terre, ou à me rendre à l’étable voisine : des moments magiques !
Entre le rêve d’une enfant et le voyage que vous entreprenez aujourd’hui, comment avez-vous cheminé vers votre passion ?
J’ai fait des études : math sup, math spé, puis IUP gestion et génie de l’environnement, DEA fonctionnement physique chimie et biologie de la biosphère centrale…
Pas mal, pour une dyslexique !
Je me suis rattrapée… Mais c’était surtout pour me prouver que j’étais capable, et ces études m’ont en fait éloignée de ce que je suis vraiment. J’aurai été mieux dans une filière courte, à travailler dans le concret.
Est-ce durant cette période que vous vous êtes passionnée pour l’agriculture bio ?
Une femme, qui me logeait à Montpellier où j'étais en stage de DEA, m’a donné l’envie de m’y intéresser. Elle avait énormément de créativité dans sa manière de préparer les repas, utilisait les fleurs, veillait à l’harmonie des couleurs… elle laissait vivre tous les sens ! Cette personne pratiquait aussi la santé par l’alimentation, selon le courant harmoniste de Raymond Dextrait. Une vision qui m’a aidé à me trouver et à entreprendre, à une période ou j’ai eu des ennuis de santé.
Si vous acceptez d’en parler, ça nous intéresse !
J’ai eu des problèmes d’hypothyroïdie, avec goitre, fatigue, frilosité, déprime… Un endocrinologue m’a alors prescrit un traitement à vie, qui se pratique habituellement dans ce cas et que j’ai refusé. Le Docteur Dransart (auteur du livre « la maladie cherche à me guérir ») m’a alors parlé de la symbolique des maladies thyroïdienne : la difficulté de passer d’une idée à la réalisation, pour résumer. C’est donc à cette période que j’ai décidé d’être en accord avec moi-même et de me lancer dans l'agriculture. Avec des plantes et deux doses d’homéopathies en compléments, je n’ai plus jamais eu aucun symptôme de ma maladie, sans aucun autre traitement.
C’est donc en quelque sorte un voyage initiatique que vous entreprenez, juste avant de vous lancer à votre compte ?
En tant que technicienne de l'association des producteurs bio de Savoie (ADABio), je suis déjà dans l’agriculture, mais encore salariée… soit pas assez dans l’action, selon moi ! Et comme on n’apprend pas l’agriculture dans les livres… Il faut la vivre, la sentir, l’expérimenter, l’apprivoiser… D’où l’idée du grand voyage, pour finir d’apprendre avant d’entreprendre. Ayant 30 ans cette année et mon contrat de travail prenant fin, c’est vraiment le moment.
Quel sera le lien entre ce que vous allez vivre sous d’autres latitudes, et ce que vous ferez à votre retour ?
Les fruits. Tous les agriculteurs chez qui je vais travailler les cultivent et les transforment : l’ananas au Bénin, qu’ils font sécher, les agrumes en Indes, qui sont transformés en jus et les fruits de la passion et bananes au Laos, lesquels donnent lieu à jus et confitures. Au Cambodge, je travaillerai sur la valorisation du palmier sucré dont on tire bière, vinaigre et fruits confits. Puis ce sera l’Équateur, avec certainement la filière cacao d’une part, et la culture et la transformation d’un petit fruit peu connu chez nous d’autre part, l’Ovo. À mon retour, je veux me lancer dans la culture et la transformation de petits fruits, et pourquoi pas proposer des recettes de confitures ou de jus qui mélangeraient les fruits d’ailleurs aux fruits de chez nous.
Serez-vous payée pour votre travail sur place ?
Pas du tout. Ils m’accueillent et me forment, je leur apporte mon travail et ce que je sais sur les filières bio et équitables.
Vous semblez très attachée à cette notion de commerce équitable. Comment l’avez-vous découverte ?
Je suis bénévole à l'association Artisan du Monde depuis plusieurs années, parce que je pense que le secteur associatif constitue la meilleure manière de s’impliquer dans une ville. J’y ai rencontré des personnes qui ne se satisfont pas de l’économie actuelle et sont soucieuses de créer du lien social. Cela va de pair avec le bio : tout est affaire de rencontres, d’hommes. Des gens qui sont fiers de ce qu’ils font et de leur métier, qui donnent envie par leur histoire, par leur manière de vivre, de travailler.
Avez-vous une appréhension, avant de partir ?
Aucune ! J’ai confiance. Un rêve ne fait pas peur… Et puis je n’ai pas le sentiment de partir seule : j’ai préparé ce voyage pendant un an, et je sais que je peux compter sur la famille, les amis et relations…
Que laissez-vous en partant ?
Mon compagnon, qui me rejoindra probablement un moment en Inde. Mais je ne pars pas avec l’impression de laisser : je vais découvrir !
Marion nous fera part de son aventure dans Sat'info à partir du mois de janvier. Vous pouvez dès maintenant lui écrire à l'adresse suivante: biaumonde@free.fr
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