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Les reportages | SAT'Info n° 73 - du 05/2004

Sucre complet,dents saines

 
Le dossier qui suit vous prouvera que l’utilisation du sucre complet dans l’alimentation suffit à faire disparaître la carie dentaire.  

Pour tous ceux qui se sont sérieusement penchés sur la question, les dégâts des aliments raffinés sont une évidence. Ce qui n’empêche pas les tenants de la doctrine nutritionnelle officielle de continuer à ignorer ce fait. Avec pour principal contre-argument l’idée que rien ne prouve la supériorité des aliments complets, que si le raffiné était mauvais, ça se saurait, que l’alimentation moderne est parfaitement contrôlée, que les conditions d’hygiène ne cessent de s’améliorer et que de toute manière on vit de plus en plus vieux, preuve de la supériorité des aliments d’aujourd’hui… En résumé : libre aux babas de faire un bon de deux siècles en arrière, mais vive la modernité !

On ne cherchera pas à répondre à toutes ces remarques. D’abord parce qu’il commence à vraiment faire beau, et qu’il faut penser à mettre le rosé au frais… Mais surtout parce que l’on dispose d’un bel exemple pour répondre sur un point précis : le sucre complet permet d’ignorer la carie dentaire, et c’est prouvé. Ces faits sont trop peu connus et c’est pourquoi Sat’info vous les confie, pour la troisième fois. Ce ne sera pas la dernière.

On doit ces travaux à Max-Henri Béguin, un pédiatre suisse. Le Docteur Béguin avait beaucoup lu sur le sucre et notamment les écrits d’un de ses prédécesseurs, le docteur Roos : celui-ci avait constaté que dans les hautes vallées suisses, les habitants des villages les plus isolés ignoraient la carie dentaire. Ils ne consommaient que les produits qu’ils produisaient et s’en portaient fort bien. Le progrès finissant par leur apporter chemin de fer et voies routières, ces populations eurent la « grande chance » de connaître pain et sucre blancs, accompagnés du petit cadeau qui est livré avec tout bon produit efficacement marketé : les caries dentaires, en la circonstance.

Pendant la période 1939-1945, l’approvisionnement en sucre raffiné s’est amenuisé. Le nombre de caries dentaires en a été diminué de moitié… Ces faits ont également été observés par d’autres, en d’autres lieux pendant la guerre.

Suite à ces lectures, le Docteur Max-Henri Béguin s’est attelé à étudier scientifiquement l’influence des produits raffinés. Son premier travail a été d’évaluer le rôle de différents aliments dans l’apparition de la carie dentaire et de les classer selon leur importance. Parmi les faits observés, il est apparu que la consommation de sucre roux (le Docteur Béguin l’appelle « brut ») permet d’obtenir en moyenne 3,4 dents saines de plus par dentition que le sucre blanc. Avec du pain complet, on aura statistiquement 2 dents saines de plus qu’en consommant du pain blanc. Mais ses résultats n’ont pas totalement satisfait le Docteur Béguin qui eut alors le trait de génie qui guida toute son action par la suite : il fit le parallèle entre sucre et farine pour arriver à la conclusion que s’il existe bien des farines blanches, bises ou complètes, l’équivalent dans le domaine du sucre n’est transposable qu’avec le sucre blanc et le sucre roux : il manque le sucre complet, directement issu de la canne à sucre, sans « délestage » d’aucune substance nutritionnelle (donc sans perte de mélasse).

Cette simple constatation donna lieu à une déduction qui fut déterminante : le sucre complet doit bien exister, il faut le trouver !

Malgré beaucoup de bonne volonté, aucun des interlocuteurs du Docteur ne parvint à lui procurer ce sucre complet. Le récit de la recherche de cet aliment, méticuleusement décrite dans son premier livre par Max-Henri Béguin, est particulièrement savoureux : il fait apparaître les difficultés qu’a l’industrie agroalimentaire à raisonner autrement qu’en terme de supplémentation : plutôt qu’un sucre complet, nos industriels proposèrent de rajouter à un sucre déjà raffiné quelques sels minéraux par-ci, quelques vitamines par-là… La solution, comme toujours, était pourtant beaucoup plus proche du bon sens et lui fut donnée par un jeune ingénieur stagiaire, rencontré presque par hasard : en Inde, les populations des villages les plus retirés ne fabriquent que du sucre complet, issu d’une simple évaporation du pur jus de canne à sucre. Il se trouve que les personnes qui le consomment, bien que très pauvres,
ont souvent une dentition parfaite… On apprendra que ce sucre, nommé « Gur-Jaggery » en Inde, se trouve également sous le nom de « Papelones » aux Caraïbes, de « Panelas » au Mexique ou en Colombie…
Le sucre complet n’est donc pas une vue de l’esprit : il existe depuis des millénaires ! Restait à l’administrer pendant plusieurs années à des enfants, afin de vérifier que le bénéfice sur les dents est bien celui qu’on pouvait supposer. Du sucre complet fut acheminé dès 1968 en quantité suffisante d’Inde jusqu’à la Chaud-de-Fonds, en Suisse, et l’expérience fut menée sur dix ans avec une extrême rigueur. Les conclusions qui en furent tirées se sont avérées être plus que positives, au-delà de toute attente.

C’est d’abord un excellent aliment, parfaitement toléré, notamment par les nourrissons ; il prévient de l’anémie, du rachitisme. Enfin, et c’est le plus étonnant : il permet d’éviter les caries dentaires !
Le tableau que nous vous présentons résume bien ce qu’il faut retenir de cette expérience hors du commun : plus on ingère du sucre blanc, plus le nombre de caries dentaires est élevé. Plus on remplace le sucre blanc par du sucre complet, moins on développe de caries, jusqu’à atteindre le seuil de zéro quand il est seul à être consommé.

Ces conclusions - bien qu’extrêmement gratifiantes pour un pédiatre qui avait consacré l’essentiel de sa carrière à valider la supériorité des aliments complets - ne pouvaient pourtant pas être pleinement satisfaisantes. A quoi bon en effet faire connaître ces informations si le sucre complet n’est pas accessible à tous ?
Il fallait donc arpenter le monde à la recherche de producteurs susceptibles de fournir ce sucre et le commercialiser. Le frère de Max-Henri, Felix-Ami Béguin - dont nous recueillons les propos dans les pages qui suivent - s’y consacra entièrement en compagnie d’un ami, Albert Yersin.
La vente généralisée du sucre complet vit le jour au cours de l’été 1978. Aujourd’hui, plusieurs marques sont disponibles sur le marché et quelques transformateurs l’utilisent pour la fabrication de biscuits, de chocolat, de pâtes à tartiner…

Ce travail, si riche d’enseignements à tous niveaux, est unique.

- De par ses conclusions tout d’abord, puisqu’il réhabilite une denrée qui est bien souvent mal perçue en nos milieux : nombreux sont ceux,
en effet, qui sont dans l’erreur en préconisant abusivement (et parfois un peu obsessionnellement…) de supprimer le saccharose sous toutes ses formes, en croyant bien faire.
Toute personne soucieuse d’une alimentation saine sait à présent que le plaisir du sucré n’en sera pas absent.

- De par son ampleur et sa rigueur, également. La deuxième expérience du Docteur Béguin s’est prolongée durant dix ans. Elle a consisté à suivre 3517 enfants, a donné lieu à 9547 examens et a mobilisé plusieurs médecins et chirurgiens dentistes. Elle ne laisse pas apparaître la moindre faille dans le protocole d’observation. Ses conclusions sont le fruit d’un traitement statistique universitaire qui ne laisse pas de place à la discussion.
Notons que le Docteur Béguin avait été suffisamment convaincant pour faire patronner cette étude par une grande firme de l’industrie agroalimentaire.

- Ce travail est exemplaire parce que pour une fois, la science est du côté des alternatifs, sans contestation possible. Dans bien d’autres domaines en effet, des certitudes ont été acquises quant à la nocivité de produits trop industrialisés. Huiles raffinées, influence des colorants, des conservateurs, des arômes, des pesticides résiduels… Mais les conséquences néfastes de leur consommation sont trop diffuses et l’interdépendance des facteurs est trop grande pour que des études soient mises en œuvre afin de les quantifier. Le manque de preuves nuit alors malheureusement au propos… La rigueur statistique a pourtant la vertu de nous faire toucher du doigt une réalité, de nous faire comprendre : elle est la force du travail de Max-henri Béguin. Et l’on peut s’interroger, dans la foulée de cette logique : si les aliments raffinés nous causent tant de soucis au niveau de ce qui est visible et quantifiable - à savoir les dents - quelle est l’ampleur des méfaits dont ils peuvent être responsables sur ce qui l’est moins : nos os, nos artères, notre foie et pancréas, notre moral…

Que dire de la réalité de ce sucre complet, 25 ans après son « introduction » sur le marché ? On peut se féliciter de le voir se développer à son rythme, petit à petit. Mais on peut aussi regretter qu’il ne se soit pas véritablement imposé… Le lobbie du sucre, au même titre que celui du tabac, est difficilement ébranlable. Plus encore que ce dernier… car autant le tabac est vite apparu comme étant nocif, autant le sucre blanc jouit d’une image encore immaculée après deux siècles d’existence. Pâte blanche, blanc comme neige.

Il nous reste donc à faire connaître une autre voie, un autre sucre. Inlassablement. Mais surtout à en profiter, jour après jour, dessert après dessert : il est vraiment bon.

 

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