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Les reportages | SAT'Info n° 89 - du 01/2007
La Chine en bio Nous vendons quelques denrées en provenance de Chine. Azukis, haricots rouges, blancs ou mungo, soja, arachides, graines de courge… Vous les achetez. Comment sont cultivés ces aliments ?Allons donc voir. Cliché que d'évoquer la Chine en pointant du doigt ses mégapoles polluées… Mais ce qui est cliché n'est pas erreur pour autant. Pékin inquiète. Et l'arrivée dans la ville de Dalian, mille kilomètres plus loin en direction de la Corée, ne vient pas adoucir le tableau. Cette agglomération « moyenne » de quelques cinq millions d'habitants (!) remet carrément en cause ce que nous croyions savoir sur le sujet : hé, la réalité est encore pire !… À part ça ? Une des plus grosse entreprise de distribution de produits bio en Chine, Huaen Organic Foods, se trouve à Dalian… Yuan Hong nous y accueille, et nous guidera tout au long de notre voyage. Ce jeune chinois parle anglais, ce qui est encore rare ici. Il est jovial, drôle, pas cérémonieux pour un sou et nous donne une bonne idée de ce que devient la Chine : elle s'adapte.
La destination convoitée est une province pionnière dans le domaine de l'agriculture bio. Son chef-lieu, Liazong. Vision plus commune d'une ville pauvre où la modernité s'incruste anarchiquement par petites touches. C'est ici que nous rencontrons les responsables agricoles du gouvernement régional. Repas en soirée et tradition locale : celles de défier amicalement un convive en l'incitant à boire d'un trait un verre plein d'une terrible eau-de-vie… Et ce à répétition, bien sûr. Pas moyen de se défiler… Vous avez beau évoquer un pseudo-ulcère à l'estomac, les recommandations de votre maman ou le règlement intérieur de Satoriz qui interdit l'éthylisme sur le lieu de travail, rien n'y fait. Il faut donc ruser, ce qui n'est pas beau. Mais quand il s'agit de survie… Dieu merci, les nombreux plats qui nous sont présentés sur une belle table ronde sont tous fameux. Viande, poisson et tofu s'y côtoient. Le tofu est étonnamment souple et onctueux, très délicat. Il sera présent à presque tous les repas. C'est dans cette région qu'il fut probablement « inventé », il y a bien deux ou trois mille ans. Normal, puisque nous sommes en plein berceau de l'agriculture, et principalement du soja.Que celui-ci ait vu le jour ici ne surprendra d'ailleurs pas, le climat étant idéal pour la culture des légumineuses : 700 millimètres de pluie par année, 180 jours sans gel, de la bonne eau s'il en faut, du soleil et des terres aujourd'hui bonifiées par des millénaires de fertilisation au compost… tout est favorable. On y produit donc, outre le soja, des azukis, pois chiches et haricots mungo, mais aussi du riz, maïs, sorgho, des arachides ou graines de courges tout comme quantité d'autres végétaux que l'on retrouve, dans le cas du bio, sur de nombreux étals étrangers.
Ce qui intrigue avant tout sur les terres que nous visitons concerne l'organisation de l'espace. Tout est grand ici, voire immense, mais jamais sans fin : les perspectives sont toujours cassées par une rangée d'arbre, une haie. Soit ce qui est nécessaire pour couper le vent ou abriter des insectes. Le terrain est organisé en larges partitions de riz ou de soja, entrecoupées de plans de maïs, de sorgho… Des rangs qui s'enchevêtrent selon des principes que nous ne savons décrypter mais qui témoignent d'un art majeur dans le domaine de la polyculture. Le plus surprenant n'est pourtant pas là… Il réside dans ce qui est absent : les machines. La mécanisation n'a en effet pas pénétré les campagnes que nous avons sous les yeux. Ceci a un effet direct sur la qualité de ce qui est produit : le désherbage se fait manuellement, le coût de la main-d'œuvre n'étant pas ici un problème, pas plus que sa disponibilité. Cette région n'a d'ailleurs jamais eu recours aux herbicides, ni aux engrais chimiques. Seuls des insecticides et fongicides furent parfois utilisés et sont en phase d'être totalement abandonnés grâce… au collectivisme ! Les autorités politiques ont en effet décidé de protéger la qualité de l'eau provenant des trois rivières qui drainent la province de Liazong en interdisant tout usage de produits chimiques qui pourraient les polluer. Exit le peu de pesticides qui y était employé. Les paysans n'ont donc aujourd'hui pas le choix : ce qu'ils produisent dans cette région doit être bio, ou le devenir. Une démarche relativement facile à mettre en œuvre, puisque l'agriculture est ici étatisée. Merci de ne pas voir dans ces quelques lignes une posture idéologique que nous n'avons pas envie de défendre… simple constat : des milliers d'hectares sont ainsi totalement préservés de manière homogène, une performance dont nous serions bien incapables en France.
Le savoir-faire agricole est ici sans équivalent dans le monde. La pérennité de la civilisation chinoise est garante de techniques longuement affinées. Mais à ces
Retour à Dalian. Les graines sont triées à la main. Tous les lots sont consignés et une traçabilité parfaite permet de retrouver la parcelle qui a produit la moindre graine, comme partout dans le monde dès lors qu'il s'agit de bio. Épilogue Un court séjour comme celui-ci ne permet bien sûr pas de valider à lui seul ce qui se passe sur un tel territoire, mais nous n'avons pas plus de doute à avoir sur la qualité de ce qui est cultivé en Chine que pour n'importe quel autre aliment bio produit en France ou dans le monde. Ecocert International est ici garant du respect de toute procédure. Les Chinois sont des champions de l'agriculture. Ils comprennent aujourd'hui la nécessité de produire en bio et s'organisent pour. À l'inverse de notre propre système qui se montre incapable de répondre à la demande alors que c'est principalement en France que de nombreux pionniers se sont évertués à creuser de vastes sillons d'avenir. À part ça, disions-nous ? Et bien l'on se félicitera que la Chine, pays que l'on ne cesse de fustiger pour son insupportable croissance, montre massivement la voie dans le domaine du bio. Même si c'est avant tout pour des raisons commerciales. Même s'il s'agit en premier lieu de nourrir les marchés étrangers. On se contenterait volontiers de ne faire qu'aussi bien
*** Au pied de la muraille, Olivier Markarian monte au créneau !
Y'a qu'à demander ! Markal fournit Satoriz en céréales et légumineuses. À nos questions droit au but, réponses claires et pas gênées. Olivier, que peux-tu nous dire de ce que nous avons vu en Chine ? Cette visite m'a conforté dans ce que j'avais déjà observé ici : on peut compter sur les Chinois, leur force de caractère et leur envie de travailler. C'est du solide, y compris sur le long terme. Ils prennent des engagements et s'y tiennent. Ça tombe bien, nous aussi ! On a donc une belle collaboration, faite pour durer. Que peut-on dire globalement sur la qualité de ce qui est produit ici ? On y trouve une caractéristique qui se fait rare : la Chine rurale étant restée très traditionnelle, tout s'y fait encore à la main. Ce n'est plus le cas chez nous, ou en Amérique. Qui peut encore se passer de tracteur en occident, même en bio ? Il subsiste ici un mélange de l'héritage des longues dynasties d'empereur et de la République de Mao : un monde rural rustique et l'idée que tout le monde doit travailler. Mettre des machines pour supprimer le boulot de 500 millions de paysans n'est pas à l'ordre du jour… Ouvriers, paysans, soldats, les symboles allégoriques que l'on peut voir place Tien an Men sont encore parlants. Le paysan a toujours un rôle nourricier pour le reste de la nation, ce n'est plus le cas chez nous. On sait Markal très regardant sur la qualité de ses arrivages : qu'en est-il des analyses que vous pratiquez sur les produits chinois ? En sept ans et après de nombreuses analyses de notre part ou faites de manière impromptue par l'organisme certificateur, nous n'avons jamais eu le moindre problème. Nous pratiquons des analyses microbiologiques, de pesticides, d'OGM, de mycotoxines, tout est systématiquement négatif. Mais cela, on le sait rien qu'en arrivant dans les champs : quand on constate qu'on y trouve autant de « mauvaises herbes » que de soja, on comprend vite que la chimie n'est pas chez elle ici. Et quitte à casser quelques idées préconçues, je rajouterais qu'il y a beaucoup moins d'intérêt à tricher ici qu'ailleurs : quand on dispose d'une terre vaste et fertile avec autant de main-d'œuvre et de très bons rendements dûs à l'expérience, quel intérêt peut-il y avoir à frauder? Voyons maintenant quel intérêt il peut y avoir à importer des produits chinois : ces questions sont d'entrée placées sous l'axe de la justification, car il n'est pas normal de se procurer des produits en Chine s'il existe d'autres provenances, moins éloignées. On attaque par le soja ? La France est un bon producteur de soja bio. On maîtrise bien sa culture. Si nous avons souvent recours à une importation chinoise, c'est pour des raisons de choix de variété. Nous recherchons du soja « clear hilum », soit œil clair en bon français. Cette variété ne pousse pas chez nous. La seule manière de la cultiver sur notre sol est d'avoir recours à des OGM… Pourquoi les autres variétés cultivées ici en bio ne te conviennent-elles pas ? Elles ont « l'œil noir », soit une petite protubérance sombre sur le dessus de la graine. Cela convient très bien pour des préparations comme le tofu ou le lait de soja. Mais pour ce que Markal prépare, comme le « soypilav » qui est du soja concassé précuit, on aurait une semoule tâchée de points noirs que les clients ne pourraient accepter. Idem lorsqu'on cuit le soja jaune pour le consommer tel quel, comme un pois chiche : une variété sans œil noir est plus esthétique et meilleure gustativement.
On l'appelle ainsi, mais c'est en fait le « haricot mungo ». Là, on n'a pas le choix : il pousse en Chine, en Australie parfois, mais nulle part ailleurs ! Qu'en fait-on ? Les fameuses pousses de « soja », que l'on trouve dans les rouleaux de printemps, les nems ou en accompagnement des salades… Notre principale préoccupation est donc que son taux de germination soit très élevé.
Même chose. L'Europe n'en cultive pas. En important du soja, des haricots mungo ou des azukis, on va chercher chez eux ce qu'ils cultivent depuis cinq mille ans ! C'est justifié, je pense. Rien à voir avec l'idée de leur faire produire des lentilles ou du blé, que nous cultivons aussi. Commercer avec la Chine a souvent une connotation négative, car les exemples qu'on met en avant concernent la production de T-shirts ou lecteurs DVD qu'on leur fait produire uniquement pour profiter de leur main-d'œuvre à bon marché. Ce n'est pas du tout notre logique. Que fait-on avec les azukis ? La même chose qu'avec des haricots. Ils cuisent rapidement, sans trempage et sont faciles à digérer. Ils s'associent facilement au riz et les Asiatiques en font de très bons desserts. Les azukis sont également intéressants en germination.
On n'en cultive pas ou peu chez nous. On en fait le fameux chili con carne, les carrys réunionnais…
Passons aux haricots blancs ou aux flageolets, que nous savons très bien cultiver en bio en France. Pourquoi aller se servir en Chine ? Nous avons vraiment un problème de fiabilité quantitative
Le sarrasin décortiqué : on trouve pourtant du sarrasin en Bretagne, en Auvergne…
Les graines de courge ? On en jette de partout ! Les graines de courge quasi blanches que l'on trouve chez Est-ce une spécialité chinoise ? Tout à fait. J'en profite pour dire qu'il y a deux cultures qui font école au niveau culinaire et nutritionnel. La première, c'est la culture crétoise, et la deuxième, la culture asiatique. L'une comme l'autre ont su créer une véritable harmonie au niveau alimentaire. Comme par hasard, c'est dans ces contrées que les gens vivent les plus vieux… Et l'on s'inspire donc aujourd'hui de l'une comme de l'autre. L'huile d'olive n'avait pas tant que ça la côte chez nous il y a trente ans… Et bien de la même manière que l'on intègre aujourd'hui cette huile au régime alimentaire de presque toutes les populations, on peut tirer bénéfice de nombreuses traditions chinoises, de la consommation de graines de courge au jus d'orge, en passant par le tofu, le miso et toutes sortes de légumineuses.
???????!!!!!!!……… ok pour la blague… J'en profite quand même pour signaler que notre riz basmati, lui, vient d'Inde, et non pas des États-Unis. Il est traditionnellement cultivé au pied de l'Himalaya, et c'est là que nous allons le chercher… Cette fois-ci, Markarian, t'es vraiment cuit : on sait que tu fais un trafic de graines de pavot avec la Turquie, et on n'aime pas ça… On a en effet organisé une belle filière ! Mais ça ne nous tourne pas la tête, on les préconise plutôt sur le pain… Tes graines de tournesol sont importées d'Argentine : pourquoi pas cultivées sous serre au Groënland ?
Il se cultive beaucoup de tournesol bio en Chine, à quel usage est-il destiné ? Ce sont majoritairement des huiliers allemands qui l'achètent, malheureusement. Parce que là, je ne suis plus d'accord. On ne devrait utiliser en Europe pour nos huiles que ce que nous produisons ! C'est d'ailleurs ce que font les huiliers français, cela mérite d'être dit. Il est d'autant plus aberrant d'acheter ces graines en Chine qu'il ne s'agit plus de petites quantités, comme pour les produits que nous avons évoqués précédemment, mais de centaines de containers. Nous avons vu la Chine capable de se mobiliser politiquement pour produire en bio. Qu'en est-il en France? Je suis plutôt inquiet. La prise de conscience est là, mais pas la prise de décision. D'autres en sont pourtant capables ! Markal travaille beaucoup avec la Sicile, et voilà ce qui se dit sur place : nous avons 15 % de nos surfaces en bio aujourd'hui, comment peut-on faire pour passer à 50 %, voire demain à 100 %? En France, on reconnaît officiellement qu'il y a des pesticides dans notre eau, mais on ne fait rien pour que ça change. Il faudrait pouvoir dire clairement : stop à l'agriculture intensive. Mais la France est la troisième puissance chimique au monde… Quel homme politique au pouvoir pourrait avoir le courage de se dresser face à une industrie qui est notre fleuron, pourvoyeuse de croissance et d'emploi ? Pour l'instant, il n'y en a pas… Il y a un trop gros risque économique. Pourtant, même économiquement, il vaudrait mieux redonner espoir à nos agriculteurs, qui vivent une vraie crise, en les incitant à retrouver les fondamentaux de l'agriculture au travers du bio. Ce serait peut-être perdre un peu aujourd'hui, mais éviterait de perdre beaucoup demain. Une bonne nouvelle pour terminer ? Beaucoup de pays en voix de développement, qui depuis des années étaient pressurisés sur le marché mondial, se mettent au bio et gagnent en autonomie. Ces petites filières ne sont pas grand-chose aujourd'hui, mais sont autant de foyer pour développer l'idée qu'on peut produire autrement demain, partout dans le monde
*** Effet de serre et denrées importées Ca chauffe. On ne parle plus que de ça, et c'est bien la moindre des choses. Question action, ce n'est pas encore tout à fait ça… Il y a ceux qui bottent en touche en attendant les efforts… des autres : en pointant du doigt Américains, Chinois, multinationales, personnalités politiques ou lobbies divers, on trouve toujours plus gros et plus cynique que soi pour justifier son propre immobilisme. Il y a ceux qui commencent demain : comme pour le régime, le sevrage du tabac ou la gymnastique quotidienne… Le vélo à la place de la voiture, on verra au printemps, et l'arrêt du chauffage au fuel, en été… Et puis il y a ceux qui agissent dès maintenant, à la hauteur de leur possibilité, en modifiant leurs habitudes de vie lorsque c'est possible. On saluera les personnes qui, par simple bon sens, ont toujours adopté une attitude écologiquement raisonnable et on n'oubliera pas les plus nombreux, ceux qui n'ont pas les moyens de polluer et qui en subissent pourtant déjà les conséquences, du grand Nord aux tropiques… Gardons-nous pourtant de transformer trop rapidement les uns et les autres en héros, bourreaux ou victimes et évoquons plus positivement un aspect de la question qui nous concerne universellement et sur lequel nous pouvons tous agir : l'alimentation. L'agriculture est responsable du quart des émissions totales de gaz à effet de serre provoquées par l'humain. Si l'on considère que nos aliments sont bien entendu issus de cette activité agricole, mais qu'ils doivent de plus être préparés, transformés, transportés, emballés, puis que leurs emballages doivent être collectés et recyclés lorsqu'ils ne sont pas brûlés, on se rend alors compte qu'on arrive allégrement au seuil du tiers des émissions de gaz à effet de serre induit par le seul contenu de nos assiettes*. Soit infiniment plus que ce que génèrent nos voitures, c'est dire. Doit-on donc… manger moins ? Hé, c'est bon, ça fait bien déjà trente ans qu'on nous bassine avec ça… Manger mieux ? Pour sûr, même si ce n'est pas suffisant : en consommant des produits frais et locaux, donc de saison et non transformés, on limite déjà bien la casse. Non, le gros de l'argumentaire tiendra aux options protéiques que l'on choisira : végétales, ça peut le faire ; majoritairement animales, on amplifie le phénomène. Explications : l'élevage est le plus gros secteur d'émission de gaz à effet de serre. Non pas avec le dioxyde de carbone, mais avec des gaz aux conséquences beaucoup plus dommageables encore pour l'atmosphère, le méthane et le protoxyde d'azote. L'un est directement émis par les bovidés, non sous la forme de flatulences, comme on l'a trop souvent dit, mais d'éructations. Bon appétit… L'autre est le fait de fermentations, surtout lorsqu'elles sont le fait de lisier stocké sans rapport direct avec le sol. Et puis il y a toute la chaîne alimentaire qui précède : pour nourrir les bovins, on utilise massivement du maïs ou des légumineuses. Il faut en effet bien dix kilos de protéines végétales pour produire un kilo de protéines animales. Ces protéines végétales sont bien souvent importées de loin, accessoirement OGM et parfois cultivées sur des sols issus de la déforestation. Mais elles sont surtout obtenues grâce au travail mécanique de tracteurs, à l'usage d'engrais… Il faut deux tonnes de pétroles pour en obtenir une d'engrais ! Laquelle, une fois épandue, génère à nouveau des gaz à effet de serre… Bref, les chercheurs qui ont planché sur la question estiment que la consommation d'un kilo de veau équivaut, en terme d'émission de gaz à effet de serre, à rouler plus de 200 kilomètres en voiture. Consommer un kilo de bœuf en génère presque autant que 100 km sur la route. Consommer un kilo de blé équivaut à peine à 2 ou 3 kilomètres… La consommation de viande généralisée ne peut, pour cette raison entre autres, constituer une perspective au niveau planétaire. * Citation Claude Aubert. Remettons alors momentanément en cause l'argument de la proximité des aliments : y aurait-il une telle aberration écologique à consommer de la quinoa de Bolivie, du fonio du Mali ou des azukis de Chine ? Pas vraiment, non. Ces produits sont cultivés quasi manuellement, sans recours à une mécanisation polluante. Ils ne sont « aidés » par aucun engrais issus de la pétrochimie. Au regard de ces spécificités, l'influence transport est déjà minime. Mais ces graines contiennent de très appréciables quantités de protéines de la plus haute qualité. S'il s'agit de les consommer à la place d'aliments carnés, on considérera sans problème que cuisiner des légumineuses biologiques de Chine - pour ce qui concerne notre sujet du jour – peut constituer un acte écologiquement cohérent
*** Alimentation & effet de serre
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L'eau constitue un atout dans ce contexte bio. De par sa qualité, nous l'avons vu, puisqu'elle est optimale. Mais aussi parce qu'elle est maîtrisée par de très ingénieux systèmes de canalisation qui permettent soit d'irriguer, soit d'inonder totalement les champs de riz afin de noyer et donc d'éliminer naturellement les « mauvaises herbes » lorsqu'elles deviennent trop gênantes.
connaissances ancestrales s'ajoute le fruit de recherches étonnantes dans le domaine du bio. Pour lutter contre les insectes, des chinois ont innové en mettant au point à Liazong une bien belle solution qui fait aujourd'hui école dans toute la Chine. Le principe en est simple et s'appuie, là aussi, sur une très vielle tradition chinoise : l'élevage du vers à soie. Ceux - ci se transforment en papillons et pondent leurs œufs. Des agronomes ont remarqué que lorsque ces œufs étaient investis par un insecte parasite, ce dernier s'y développait. On peut alors tirer avantage de la situation en 
Et puis il y a les récoltes. Nous avons vu des femmes courbées jusqu'au sol pour déterrer les arachides. Il en est de même pour toutes les cultures, qui restent manuelles. Ces paysannes sont organisées en équipe, sous la surveillance de leur chef, une autre femme. Elles s'arrêtent spontanément de travailler à notre vue, carrément étonnées : la Chine est aujourd'hui très visitée, mais pas dans ces campagnes reculées… Puis elles s'esclaffent lorsqu'on pose avec elles et jouent le jeu de la photo souvenir avec plaisir, mais non sans timidité. Bonheur partagé. 
Le milieu bio valorise les productions françaises, fort justement. S'enorgueillit de partenariats équitables avec la Bolivie, la république de Saint Domingue ou le Mali, à juste titre. Mais se planque sous la table dès qu'on évoque la Chine… À tord ? 
Allons-y pour le fameux « soja vert » !
Les azukis ?
Les haricots rouges ?
en Europe. Prenons l'exemple du lingot de Vendée : ils ont planté des centaines d'hectares cette année et n'en ont quasiment pas récolté. Je n'en proposerais donc pas à nos clients… Il faut savoir qu'en Vendée, ils ont dû irriguer cet été ! Sous un climat pourtant réputé humide… Qu'il soit clair que les haricots blancs chinois que nous proposons cette année ne sont qu'une roue de secours, en attendant des jours meilleurs pour les productions françaises.
Ces provenances permettent de faire d'excellentes farines. Il est donc hors de question d'acheter une farine de sarrasin qui ne soit pas française. Mais le sarrasin qui est utilisé à cet effet n'est pas décortiqué. Lorsqu'on veut cuisiner le sarrasin, il est nécessaire de le débarrasser de son enveloppe. Il faut alors trouver des graines qui s'y prêtent et des gens qui soient capables de le faire… Les chinois produisent des variétés de sarrasin qui peuvent être décortiquées parce que là encore, ils les cultivent et cuisinent historiquement.
nous sont utilisées pour faire de l'huile. Il suffit de les écraser, avec la coque. Celles qui se grignotent sont des variétés de bouche, vertes, qui poussent sans coque, les « grown without shell ». Les Autrichiens et les Hongrois en cultivent un peu, mais il est très difficile de s'en procurer. 
OK pour la Chine. Tu as réponse à tout, et ça énerve ! Mais passons à autre chose : ton riz thaï vient de Thaïlande, c'est un scandale !
Il s'agit d'un tournesol de bouche, différent du nôtre. Mais c'est pour nous un futur chalenge : être capable d'en produire en France. Nous avons un projet sur cette graine avec Bio- Bourgogne. C'est une variété différente qu'il faut décortiquer, sachant que pour l'instant, on en casse une graine sur deux. Ce serait bien sûr une satisfaction d'en produire ici, mais aussi une manière de prévoir l'avenir, puisque l'Argentine, qui nous fournit, s'engouffre aujourd'hui massivement dans les cultures OGM. Les productions que nous avons pour l'instant sont impeccables, mais qu'en sera-t-il dans quelques années ?



