Nouvelle Economie Fraternelle : un nom qui annonce bien la couleur. Un nom qui apparaît de plus en plus souvent dans la sphère du bio, puisque cette « banque » est partenaire de nombreux projets dans le domaine qui nous intéresse. Rencontre avec deux jeunes femmes, Audrey Milhorgne, chargée de communication, et Marie-Laure Hairie, qui répond à nos questions. Plaisir doublé d’une bonne surprise : le langage n’est pas codé et l’évocation de l’argent prend ici une tout autre dimension que celles auxquelles nous sommes habitués : sans la froideur arrogante des financiers, ni les discours alternatifs convenus des anticapitalistes primaires. L’argent léger. L’homme n’est pas un loup. Un peu comme si la vie était belle… pas facile pour autant, mais belle !
La Nef ?
Juridiquement, une Société Financière Coopérative, agréée par la Banque de France. L’esprit est proche de celui des mutuelles : donner le pouvoir de décision aux usagers. Mais ce choix juridique n’est pas un but en soi : le but, c’est réellement de donner une voix à chaque coopérateur. Essayer de vivre une bonne approche de la véritable démocratie. Avec 12 500 sociétaires, il nous faut donc un peu d’organisation…
Et quelle est donc la vocation bancaire de la Nef ?
Faire de l’argent un outil de relations fraternelles, un vecteur de lien entre épargnant et emprunteur. Une phrase a été retenue récemment dans une de nos réunions, elle semble bien représenter notre projet : « La production des richesses et leur distribution visent à la réalisation commune des aspirations de chacun et à la réalisation par chacun des aspirations communes ».
Ça ne se passe donc pas toujours ainsi ailleurs ? (rires…)
Nous vivons dans une société qui éloigne les acteurs de l’économie les uns des autres. Souvent absent du terrain, le système bancaire traditionnel ne répond pas aux aspirations de l’individu en tant qu’individu : il rend anonymes les personnes. Notre but est de recréer une économie de proximité. « À quoi peut servir mon argent ? Le prêter, mais à qui ? » L’objectif est de redonner de la dignité aux individus, de prendre des décisions économiques et financières qui intègrent des données humaines avant les critères de rentabilité. Ces derniers ne peuvent bien entendu pas être absents, mais ils ne sont ni une priorité, ni suffisants en soi. Ce que l’on recherche avant tout, c’est l’équilibre des motivations.
L’argent est donc un lien entre prêteur et emprunteur. Vous parlez alors de « co-responsabilité » : s’exerce-t-elle dans tous les domaines, ou les choix de la Nef concernant le financement de ses projets sont-ils orientés ?
L’argent collecté sert à soutenir le développement d’une économie sociale, avec une forte responsabilité environnementale. On retrouve derrière cet engagement la notion de développement durable et, plus fondamentale encore, celle de « bien commun ». Ce peuvent être des bien naturels mais aussi culturels et sociaux, que nous recevons gratuitement et que nous avons la responsabilité de transmettre de la même façon aux générations futures.
Dans l’intitulé même de son nom, la Nef n’hésite pas à se positionner avec un mot fort, puisque la Nouvelle Économie est ici « Fraternelle ». Comment entendre cette notion ?
On a traditionnellement l’impression que l’épargnant rend service en mettant son argent à disposition. C’est vrai… Mais on peut voir aussi les choses autrement : l’emprunteur a un rôle important à jouer car c’est lui qui, avec son projet, donne du sens à l’argent de l’épargnant ! C’est dans ce double échange que réside la relation fraternelle.
Bétons, les grands principes ! Passons aux faits : concrètement, comment s’organisent les relations épargnants-emprunteurs ?
Le système est simple : les épargnants donnent une orientation à leur épargne en choisissant le ou les domaines d’activités qui leur tiennent à cœur : agriculture bio, énergies renouvelables, insertion sociale, commerce équitable, activités culturelles, etc... La Nef finance des projets dans ces domaines et publie chaque année la liste de ces projets avec leur histoire, les noms et contacts des emprunteurs, puis la diffuse auprès de ses sociétaires. Chacun a ainsi la possibilité de voir concrètement à quoi sert son argent et de contacter des emprunteurs, pour qu’un lien se crée entre eux : et c’est ainsi que ça se passe réellement ! Un coup de fil pour devenir client, rencontrer, participer au réseau, se rendre à un gîte…
Pouvez-vous nous relater la mise en place d’un projet précis ?
Nous avons par exemple financé un beau projet, très innovant, dans le Jura. Il s’agit du GIE Zone Verte, un groupement de vétérinaires homéopathes souhaitant promouvoir une approche globale des problématiques d’élevage, de la gestion du troupeau aux soins et à la nutrition. Ils proposent ainsi à des éleveurs - des techniciens et vétérinaires dans toute la France et en Europe - des formations, du suivi d’élevage et un laboratoire d’analyse. Leur action est en train de tisser un véritable réseau.
Un autre exemple dans l’alimentaire ?
Nous avons financé la création de « La Micro-boulange ® », à Anglemont dans les Vosges. Le boulanger crée vraiment la vie à chaque fournée de pain bio, invite les gens à pétrir et s’est constitué une clientèle bien au-delà du village, grâce entre autres au réseau de la Nef. Son arrivée a donné lieu sur place à des réactions intéressantes : au début, les habitants se disaient « chouette, du bon pain et des croissants le dimanche »… Mais des croissants le dimanche, il n’y a pas eu : le travail ne se fait que sur commande et en pleine journée, de manière à ce que tout le monde puisse participer ! Au début, les habitants ont été un peu surpris… et puis cette participation active s’est avérée être une source de relations appréciée de tous.
La Nef finance-t-elle également des projets de plus grande importance ?
Oui, pour l’acquisition de foncier en particulier ; agricole, bien sûr, mais nous soutenons aussi de nombreux projets dans la distribution de produits bio, dont certains portés par Satoriz.
Quelle est la tendance actuelle des candidats aux prêts ?
Une forte augmentation des projets de commerce équitable. Puisque nous sommes dans les exemples, je citerais volontiers celui de jeunes qui ont créé la première basket équitable : Véja Fair Trade. Elle est fabriquée au Brésil à partir de matériaux entièrement naturels et achetée au juste prix et avec préfinancement aux coopératives de production locales, dans le cadre d’un programme social. Cette basket est aujourd’hui commercialisée sous la marque Véja, au Japon, en France, en Suisse…
Au total, nous avons financé 159 projets en 2004, et nos sociétaires en ont connaissance de A à Z, en toute transparence.
Vous arrive-t-il d’en refuser ?
Nous sommes très sollicités comme étant la banque de la dernière chance… ce que nous ne sommes pas, même si nous prenons des risques ; 50 % de notre activité crédit accompagne la création d’entreprise, mais 50 % accompagnent le développement d’activités déjà stables ! Les projets que nous refusons sont ceux qui ne sont pas cohérents avec les valeurs de la Nef ; ceux qui ne laissent pas apparaître de responsabilité environnementale, ou pour lesquelles la recherche de profit apparaît comme étant prédominante… Il arrive également que des projets ne soient pas mûrs, et nous avons alors la responsabilité d’éviter l’échec, comme n’importe quelle banque. Mais de manière générale, lorsque nous commençons à étudier un projet et que le lien avec le demandeur s’établit, il se réalise ; nous prenons le temps de l’accompagner jusqu’à ce qu’il soit prêt.
Quelles sont alors les garanties demandées ?
C’est une difficulté majeure pour les banques, pour laquelle nous avons un outil qui nous est propre : le cercle de caution. Lorsqu’un emprunteur n’a pas de garantie, il sollicite des personnes de son entourage, les convainc de le soutenir, et c’est alors ce cercle qui se porte caution. L’avantage, c’est que ça ne fait pas porter de risque sur une seule personne qu’un échec pourrait mettre en difficulté. L’inconvénient : c’est un travail lourd et peu rentable que de gérer les cautions d’un groupe qui peut compter jusqu’à quinze personnes… c’est pour cela que les autres établissements bancaires ne le pratiquent pas ! Ce cercle de solidarité ne se limite pas à réparer les dégâts en cas de catastrophe, il permet aussi de se mobiliser lors de difficulté passagère, de remonter le moral de l’entrepreneur, d’apporter des compétences particulières… Nous avons également un autre type de garantie, le fonds de « garantie solidaire ». Ce fonds est commun à plusieurs banques éthiques européennes et la Nef y abonde grâce aux dons d’intérêts de ses épargnants. C’est un outil qui vient en complément des garanties traditionnelles.
Peut-on essayer de décrire les motivations des épargnants ?
Nos épargnants sont avant tout des « sociétaires » de la coopérative. L’idée de base qui les guide généralement, c’est qu’ils refusent le fait que l’argent serve à rapporter de l’argent ; ils veulent par contre exercer leur responsabilité sur leur argent et lui donner un sens. Refusant la notion de spéculation, ils sont souvent prêts à accepter un taux d’intérêt plus faible, voire même nul. Ces personnes sont pour beaucoup liées au bio, au respect de la terre. Aujourd’hui, on connaît une nouvelle vague de sociétaires qui viennent à la Nef parce qu’ils ne supportent plus le fonctionnement des banques classiques, leur opacité notamment ; c’est un bon point de départ ! Mais nous essayons de les sensibiliser aux autres aspects de la coopérative.
On peut lire çà et là que la Nef prête peu d’argent par rapport à ce qu’elle immobilise…
C’est un fait : le taux de réemploi se situe entre 30 et 37 %, ce qui est peu et nous laisse une large marge de manœuvre ! Ce ne sont pas les projets qui manquent, mais nous tenons à garder une approche qualitative dans la rencontre avec les porteurs de projets et ne cherchons donc pas à augmenter notre productivité coûte que coûte. Par contre, nous agrandissons l’équipe progressivement pour accroître notre capacité.
On a parlé de l’activité de la Nef en lien avec le bio, que peut-on en dire de plus ?
La Nef tient ses fondements dans le développement d’une économie respectueuse de l’homme et de l’environnement. Henry Nouyrit, l’un de ses fondateurs, était paysan bio-dynamiste.
La bio-dynamie est issue du courant de pensée anthroposophique. Quels liens la Nef entretient-elle avec ce courant ?
Les personnes qui ont fondé la Nef en 1978 se sont inspirées des banques éthiques qui existaient déjà en Allemagne. Ces banques étaient issues du courant anthroposophique, qui met l’homme au centre, pas la recherche de profit. Il s’agit là d’une source d’inspiration liée au début de l’aventure. Si ces fondements sont très importants dans leur sens, là s’arrête le lien avec le courant de pensée qu’est l’anthroposophie. Notons que nous ne finançons pas plus les projets biodynamiques que d’autres, puisqu’une grande part de ceux que nous soutenons sont bio « tout court ». Nous avons même financé un projet d’agriculture raisonnée, ce qui nous a été reproché… Nous le voyons comme une démarche d’ouverture, qui permet d’aller plus loin.
On parle de reproches : la Nef, en intervenant dans « le monde sans pitié de l’argent », est-elle soumise à des pressions ? L’idée d’un argent éthique qui ferait boule de neige dérange-t-elle ?
Il est sûr que le système bancaire tel qu’il est aujourd’hui en France ne nous est pas pleinement favorable, nous ne rentrons pas dans les stratégies de regroupement qui sont la logique des banques actuellement. Mais cela ne nous cause pas de soucis majeurs, puisque le projet « banque » de la Nef est toujours à l’ordre du jour ! (La Nef est actuellement associée au Crédit Coopératif). Autre chose sont les attaques que nous avons subies concernant l’anthroposophie, que nous évoquions tout à l’heure. Il nous a été reproché par la « mission intergouvernementale de lutte contre les sectes », menée à l’époque par le député Juliard, d’être partie prenante d’une secte et de financer le mouvement anthroposophique : cette grave accusation, qui nous a été portée sans fondement, nous a beaucoup ébranlés. Mais la totale indépendance de la Nef a été reconnue devant les tribunaux, les contrôles de la commission bancaire dans le cadre de notre agrément Banque de France le confirment chaque année !
Quel est votre rôle personnel au sein de la Nef ?
Le développement de l’épargne, notamment au niveau des partenariats, et l’animation de la vie coopérative. Mon travail consiste en partie à mettre en forme ce que nous évoquions au début de notre entretien, à savoir impliquer les sociétaires dans l’aspect démocratique de la Nef. Faire en sorte que chacun utilise véritablement la voix dont il dispose en venant aux réunions et en participant aux décisions, plutôt qu’en donnant un pouvoir à quelqu’un d’autre pour le représenter. Cela se concrétise entre autres par une vingtaine de réunions dans toute la France avant notre assemblée générale, qui ont souvent lieu chez des emprunteurs et sociétaires de la Nef afin de faire vivre les liens au niveau local.
Comment en êtes-vous venue à travailler pour la Nef ?
J’ai commencé à travailler dans l’export : confrontée pendant trois ans à l’idée du développement à tout prix… J’ai fini par être plus motivée par l’envie de donner les moyens de se développer à ceux qui ont des projets et c’est tout naturellement que je suis venue à la Nef ! Je suis convaincue que le système ne peut pas tout prévoir pour tout le monde et que les entrepreneurs doivent être soutenus dans leurs actions, dans leur prise de risque… Il faut favoriser l’expression des diversités, laisser à chaque individu la possibilité de vivre son rêve, d’aller au bout de ses projets… Faire confiance aux personnes. La Nef est un espace qui permet cela.
Un fort développement est-il possible dans un tel contexte de proximité ? N’avez-vous pas peur que la Nef soit victime de son succès ? Dit autrement, doit-on vraiment inciter les éventuels épargnants à rejoindre la Nef ?
Bien sûr ! Notre croissance est là, elle nous satisfait plus qu’elle nous inquiète ! Elle prouve que notre message fait écho à des attentes individuelles. Nous ne tenons pas à être une bulle : plus nous serons nombreux, mieux ce sera ! Mais il est vrai que le développement pose question : si nous voulons garder une forte identité, il nous faut préserver ce lien entre sociétaires et avec les emprunteurs. C’est un vrai défi.
Que diriez-vous à ceux à qui cet entretien pourrait donner des idées ?
Il y a plusieurs manières de devenir sociétaire : ceux qui veulent simplement mettre leur argent à disposition peuvent ouvrir un compte de dépôt à terme. Et puis il y a ceux qui préfèrent bénéficier de services bancaires classiques. Pour cela, nous nous appuyons sur un partenariat avec le Crédit Coopératif qui gère des comptes chèques et des comptes sur livrets Nef. Ceux-là seront alors amenés à utiliser un carnet de chèque qui présente l’inscription : « Mon partenaire financier pour une économie plus humaine ». On affiche alors un engagement en consommant, ça n’est pas une démarche anodine.
Si vous aviez à citer un disque, un livre, un tableau ?
- Un disque de piano. Une musique qui permette de belles envolées… - Un livre… je peux citer un film, à la place ? J’ai récemment vu « De battre mon cœur s’est arrêté », de Jacques Audiard, et ça m’a bouleversée. Ce choix me ramène d’ailleurs à ma première réponse, sur le piano : il est omniprésent dans ce film. Il apparaît à chaque instant comme une promesse de douceur à venir. Une promesse de réconciliation. - Je choisirai une œuvre de Christel Laché. Christel est installée en Aveyron et a bénéficié d’un prêt Nef pour l’installation de son atelier « d’artiste lissière ». Elle puise son inspiration dans l’observation de la nature, des plantes et des fleurs. À partir de ses esquisses réalisées à l’aquarelle, elle fabrique des tapisseries de basse-lisse de grande qualité, selon la méthode ancestrale. Ses créations sont magnifiques. Celle que je choisis est l’ « Iris ». Christelle tisse dans la plus pure tradition pendant de longs mois, mêlant un nombre invraisemblable de couleurs, restituant une magnifique symbolique de la plante observée… (Voir p.14 et 15 Sat'Info N°80 Juillet 2005 )
Devenir sociétaire en souscrivant des parts de capital, pour participer au développement de la Nef
La Nef n’est pas un établissement bancaire classique. C’est une coopérative financière dont le capital est détenu par les sociétaires (12 500 à ce jour). Augmenter les parts sociales de la Nef, c’est accroître sa solidité et lui donner plus de moyen et d’autonomie. Le souscripteur bénéficie également d’un avantage fiscal très intéressant.
Placer son épargne à la Nef, pour donner priorité à ses valeurs
C’est grâce à une épargne stable que la Nef soutient des projets dans la durée.
Les comptes à terme permettent :
- de bénéficier d’une rémunération contractuelle, variable selon la durée du placement - de partager ses intérêts avec une association partenaire œuvrant dans la protection de l’homme et de son environnement - d’orienter son épargne vers le domaine que chacun souhaite soutenir : environnement, insertion sociale, développement culturel, etc…
Le plan épargne Nef permet :
- de constituer une épargne progressive en vue de réaliser ses projets à moyen terme - de partager ses intérêts avec une association de solidarité internationale
Ouvrir un compte courant et un livret d’épargne, pour donner un sens à son argent de tous les jours
Grâce à son partenaire bancaire, le Crédit Coopératif, la Nef offre tous les services d’une épargne disponible à tous moments : chéquier, carte bancaire (retrait national, visa…), livret d’épargne.
La Nef
114, boulevard du 11 novembre 1918 69626 Villeurbanne cedex lanef@lanef.com www.lanef.com Tél : 0 811 90 11 90 (coût d’une communication locale, à partir d’un fixe)
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