Un très bon jus de pomme en conversion avec Vitamont

Initialement publié en septembre 2019

 

En 2018 en France, plus de 5 000 exploitations sont passées en conversion vers le bio. Lorsqu’un agriculteur en conventionnel se lance dans cette démarche, il doit pratiquer trois années durant sans utiliser de produits chimiques. Un long fleuve pas forcément tranquille… À partir de la deuxième année, il peut vendre sa récolte sous la mention “en conversion”. Mais qui dit absence de label bio, dit difficultés pour trouver des partenaires prêts à s’engager. Chez Satoriz, encourager le bio de demain est aussi important que soutenir celui d’aujourd’hui, c’est pourquoi nous vous proposons depuis toujours des fruits, et notamment des pommes, “en conversion”. De tels soutiens sont un soulagement pour les agriculteurs concernés. C’est le cas pour Jean-Michel Durand, en partenariat depuis bientôt trois ans avec la société Vitamont.

Vitamont fut la première entreprise française productrice de jus de fruits à être certifiée en bio, en 1986. Pionnière, spécialiste du “pur jus”, elle s’est toujours interdit certaines pratiques courantes dans l’industrie du jus : l’utilisation de concentrés, l’ajout de sucre et d’eau (en dehors de certaines recettes de nectars qui le justifient). Installée dans le petit village de Monflanquin, au cœur du Lot-et-Garonne, Vitamont est née de l’envie de produire des jus au plus près des bassins de production, en regroupant les agriculteurs bio des environs. Aujourd’hui, elle occupe une place centrale dans cette bourgade bio et engagée, où elle réfléchit au quotidien à la manière de demeurer une entreprise pionnière, “mieux que bio”. Mieux payer les salariés, s’équiper de panneaux solaires, former les commerciaux à l’écoconduite, supprimer les pailles des mini-packs de jus de fruits, réfléchir activement à l’enjeu de l’emballage… Et s’engager sur la mise en place de filières avec des arboriculteurs en conversion.

En 2019, à Cavaillon, Jean-Michel Durand a fêté la cinquantième année de l’exploitation créée par ses parents. Sur 50 hectares, des pommes, des poires et pas de scoubidous. Pionniers, ses parents l’ont été sur la pomme Golden, la confusion sexuelle au verger et l’agriculture raisonnée bien avant que cette dernière soit légalement définie. Jean-Michel a visiblement hérité de ce goût pour l’expérimentation : depuis la fin des années 2000, il accumule les certifications dans un objectif “zéro résidu”. Son seul regret est d’être constamment dans un rapport de force avec ses clients. Fournisseur, jamais partenaire. Celui qui vit son verger comme il habite son corps et déteste la routine a constamment besoin de rebondir : en 2015, ce sera le choix du bio, qui n’est pas sans lui donner quelques sueurs froides. L’engagement est lourd, psychologiquement comme financièrement. Non pas tant d’un point de vue technique, ses méthodes étant déjà “presque bio”, mais plutôt d’un point de vue relationnel : Jean-Michel se coupe de tout son réseau à partir de la deuxième année.

Sur un salon des professionnels du bio, il fait la connaissance de la société Vitamont. À Montflanquin, on a conscience que le réchauffement climatique va obliger à travailler autrement. Consolider les filières est primordial. C’est déjà le cas en Grèce pour le jus d’orange, au Bénin et au Togo pour l’ananas, dans le Sud-Ouest pour la tomate de Marmande et le raisin. En 2016, face à une pénurie de pommes, Vitamont s’est interdit le recours aux jus concentrés et a fait le choix de la conversion. Un peu fébrile, certes… Mais surprise : le faiseur de jus bio et l’arboriculteur parlent le même langage. Pas client ni acheteur, mais partenaires. Ils s’entendent sur un prix d’achat cohérent et démarrent une aventure commune. L’entreprise donne carte blanche à Jean-Michel pour créer un assemblage et remplir pas moins de 135 000 bouteilles avec un jus de pomme qui sera étiqueté “en conversion vers le bio”.

Vitamont ne se doutait pas qu’elle avait affaire à un véritable spécialiste du mélange variétal, qui lui formula un jus à la signature rare : doux, peu acide, rustique – un très beau cru. Meilleur que le bio certifié ? On n’a rien dit ! Tout ce que l’on sait, c’est que les pommes destinées au jus ne proviennent pas seulement des écarts de tri, mais également de vergers spécifiques. Et que Jean-Michel a été particulièrement ému de voir son jus en bouteille dans le magasin Satoriz le plus proche de chez lui, celui du Pontet…

Jean-Michel Durand a toujours été bon, mais ses vergers n’étaient pas suffisamment rentables en conventionnel. Il fuyait déjà la culture du rendement à tout prix, du produit calibré. N’a jamais désherbé, toujours cueilli les fruits à maturité, parfois un mois après ses confrères. Il est particulièrement fier de la richesse de son sol, du nombre d’auxiliaires présents dans les vergers, de ses haies protectrices ou encore des ruches qu’un apiculteur installe pendant les semaines de floraison. Engagé sur le label Bio Cohérence, il n’emploie comme saisonniers que des gens du coin qui reviennent année après année . La cueillette des pommes se fait à la main et implique plusieurs passages dans les vergers. Les fruits sont ensuite transportés chez Vitamont, où ils sont pressés et placés en cuve pour une décantation naturelle, sans ajout d’enzymes (beaucoup en mettent, cela permet d’aller plus vite – le nerf de la guerre !).

L’exploitation de Jean-Michel Durand est certifiée bio depuis mai 2019. À partir du printemps 2020, il n’est donc pas impossible que son jus soit vendu sous une autre étiquette – ouvrez l’œil !

CC