OKA, beurre de karité bio et équitable de Haute-Guinée

Initialement publié en mars 2019

OKA pour Original Karité, produit d’exception aux racines guinéennes. Karim Sylla, Franco-Guinéen, est à l’origine de la création de la première filière de beurre de karité bio et équitable en Haute-Guinée. Plus bavard que lui, il n’y a pas, ou bien il y a peut-être son produit : un beurre de karité 100% naturel, non blanchi, non désodorisé, non raffiné, qu’il a bon espoir d’imposer comme la nouvelle crème tous usages pour toute la famille. Un entretien s’imposait !

 

Bonjour Karim Sylla ! Pouvez-vous nous dire ce qui vous a amené au beurre de karité ?
Je suis métis, né à Paris et élevé à Marseille. Ma mère est à moitié basque, à moitié anglaise, mon père est guinéen. Petit, j’ai eu de la Guinée une image très festive : c’était les copains qui venaient passer du bon temps à la maison le dimanche avec de la musique et de bonnes choses à manger. Puis à 7 ans, mon papa est reparti en Guinée. J’ai fait des études et je suis devenu maître-fromager, un boulot qui réunissait trois de mes passions : l’histoire, la géographie et les produits d’exception ! J’avais néanmoins toujours en tête de faire un lien entre la Guinée et la France. J’ai d’abord fait des choses un peu inutiles avant de tomber par hasard dans le beurre de karité, que j’ai considéré exactement comme un fromage : un produit qui peut être d’exception à condition d’être issu d’un terroir spécifique et transformé avec un réel savoir-faire. Matière première guinéenne, savoir-faire français : c’était pour moi !

 

 

En quoi le terroir guinéen est-il spécifique ?
La Guinée est une terre d’une richesse aussi extraordinaire que méconnue. On peut la diviser en quatre grandes régions météorologiques, chacune peuplée par une ethnie distincte. Longtemps colonie puis territoire d’Outre-Mer français, la Guinée a été le seul pays d’Afrique à dire non au partenariat économique proposé par De Gaulle en 1958, avec la célèbre phrase de Sékou Touré : “Nous préférons la liberté dans la pauvreté à la richesse dans l’esclavage”… La Guinée est le château d’eau de l’Afrique de l’Ouest, avec la source des plus grands fleuves africains et parmi les plus hauts sommets du continent. La région abrite également les dernières forêts primaires et les mangroves les plus sauvages d’Afrique de l’Ouest, le tout traversé par de nombreux courants d’eau douce. C’est une terre où chaque produit a une spécificité : un café, un poivre, une huile de palme, un karité uniques au monde.

Le karité est-il un arbre exclusivement africain ?
C’est un arbre millénaire et sauvage qui ne pousse qu’en Afrique, dans les régions où l’alternance entre une saison humide et une saison sèche est suffisamment marquée. On ne sait pas le cultiver ! Un arbre à karité grandit pendant quinze à vingt ans avant de produire ses premières noix. Qui dit sauvage dit qu’il faut marcher pour le trouver, beaucoup, au milieu des serpents et des singes, avec des herbes jusqu’au coude. Et forcément pendant la saison des pluies, puisque la récolte débute en juin. Cette activité est exclusivement réservée aux femmes, depuis toujours. Ce sont elles qui marchent sur des kilomètres en file indienne bien serrée pour que leur vibration collective éloigne les serpents… Le karité est un produit de soudure qui permet de faire le lien pendant la saison estivale, lorsqu’il n’y a rien d’autre à vendre.

Comment en êtes-vous venu à travailler avec ces femmes guinéennes ?
En 2007, lorsque l’idée a germé, je suis allé voir mon père en Guinée. Il m’a montré la Haute-Guinée et m’a dit : c’est là-haut qu’il faut aller ! Il a fait jouer ses relations pour me recommander à quelqu’un sur place et je suis tombé sur Tenkiano Alphan, un ingénieur agronome guinéen assez incroyable, véritable puits de savoir qui m’a pris par la main et emmené dans les villages. Je suis rentré en France avec deux seaux de beurre de karité. En bon occidental, j’avais en tête de faire de ce beurre un produit d’exception, bio et équitable. Autant se mettre un tronc d’arbre dans le pied vu la quantité de paperasses et de procédures qu’impliquent les certifications ! Au départ, je travaillais totalement en direct et j’étais un peu le père de toutes ces femmes : on m’appelait en France lorsqu’elles avaient besoin de 2 litres d’essences, de pain ou de boîtes de sardines… Heureusement, avec l’aide de Tenkiano, j’ai pu contribuer à structurer les différents groupements existants et travailler avec la COPRAKAM, COopérative des PRoducteurs d’Arachide, de KArité et de Miel, en 2016. Cette structure représente les femmes et leur permet de travailler en conformité avec les exigences du bio. Elle est soutenue par une ONG guinéenne (ATC) et une ONG belge (Trias), garantes du bon fonctionnement de cette collaboration.

Pourquoi est-ce toujours une activité exclusivement féminine ?
Ce sont des codes millénaires. En Guinée, le monde des enfants et des femmes est profondément séparé du monde des hommes. C’est un pays à 95 % musulman où la polygamie est de rigueur et où l’espérance de vie ne dépasse pas 48 ans. Lorsque l’on arrive dans un village, il est impensable de ne pas commencer par saluer le chef religieux, qui est l’un des rares hommes présents. Les maris sont massivement partis en exil pour obtenir un argent qu’ils jugent plus facile, ils ne reviennent que tous les 36 du mois… Chaque femme a sa case avec ses enfants et son lopin de terre et chacune est une chef d’entreprise à part entière ! Elles gèrent tout cela de main de maître. C’est simple, c’est la plus travailleuse, la plus courageuse, qui va ramener le plus de noix et en tirer le meilleur profit. L’objectif des hommes, lorsqu’ils reviennent, c’est de construire une mosquée ou une maison en dur. Pour les femmes, c’est avant tout d’améliorer le quotidien et en priorité d’investir dans la formation, l’éducation.

Vous êtes leur seul client ?
Le seul à l’international, tout le reste étant vendu en local. En langue soussou, Guinée signifie femme. Le pays repose réellement sur leurs épaules. Je leur apporte un espoir, elles m’apportent une force. Elles m’ont fait confiance. Même pendant les années où le virus Ebola a sévi dans la région, je leur ai acheté du beurre que je savais ne pas pouvoir revendre. Elles sont ultra débrouillardes, ce sont de vraies guerrières. Moi, je suis considéré comme un occidental là-bas. Je n’ai pas à leur dire comment elles doivent faire. Pour qu’elles comprennent et appliquent les méthodes du bio, j’ai traduit pour elles tout le règlement d’Ecocert et elles ont géré tout ça comme des pros. Je suis fier d’être le premier à faire entrer Ecocert en Guinée – mais pour l’instant le seul !

Le karité en Guinée

Quelle est donc la spécificité du karité guinéen ?
C’est un karité d’altitude. Les noix sont plus petites que celles du Mali ou du Burkina, mais elles sont également plus riches en matière grasse : 75 % contre 50 %. En Haute-Guinée, les arbres à karité sont immenses et partout, le climat est bien tempéré et l’eau douce présente en quantité abondante, or il en faut beaucoup pour extraire le beurre. La saison des pluies est très marquée, avec des températures élevées. C’est tout cela qui fait la qualité des noix récoltées.

Comment obtient-on le beurre de karité ?
La noix se récolte au sol, les fruits accrochés aux arbres n’étant pas encore assez riches en matière grasse. Les femmes procèdent à une récolte raisonnée en ne récoltant en moyenne que 40 % des noix tombées. Ces dernières sont découpées puis séchées au soleil pendant deux semaines. Au préalable, comme au Burkina ou ailleurs, les noix étaient grillées, ce qui leur faisait perdre une partie de leurs principes actifs et remonter leur odeur, qui ferait fuir une tribu de singes ! Le travail avec la coopérative a permis d’améliorer cette étape. Dans la noix se trouve un noyau, et dans ce noyau une amande, qui est celle dont on extrait le beurre. Les amandes sont donc lavées et triées, étape d’une grande précision qui requiert beaucoup de paires de mains et d’yeux… Elles sont ensuite réduites en une poudre que l’on broie pour obtenir une pâte brunâtre. Cette pâte va alors être baratée (malaxée), travail long et fastidieux qui fait remonter la matière grasse à la surface. On obtient des flocons qu’on lave dans plusieurs bains successifs et que l’on cuit de manière à les lier, avant de procéder à un filtrage.

Un produit complet

Vous proposez un beurre de karité brut, ni blanchi, ni désodorisé. Un produit « complet » différent de ceux que nous connaissions jusqu’ici…
Le karité désodorisé et blanchi, c’est la version industrielle. Le mien, c’est un produit brut. La transformation s’effectue soit à la vapeur (à très haute température), soit (en conventionnel) avec l’utilisation de solvants issus de la pétrochimie, ce qui élimine 60 à 70 % des principes actifs du produit…

Son odeur est assez déstabilisante à l’ouverture du pot…
Elle est pourtant très légère au regard de l’odeur du beurre de karité brut moyen. On pourrait la comparer à celle d’une huile d’olive, légère mais fruitée, typée. C’est l’odeur de la variété guinéenne, beaucoup moins forte que celle des autres karités africains, bien souvent rance et persistante. Cela est dû encore une fois au fait qu’il s’agit de noix d’altitude, avec un taux de péroxydes extrêmement bas ; ce sont eux qui font rancir le beurre. Après application, cette odeur s’estompe totalement en moins de cinq minutes. Les utilisateurs l’oublient totalement au bout de deux ou trois usages !

Venons-en donc à son utilisation !
Le beurre de karité est un soin universel. Là-bas, il est utilisé aussi bien en cuisine qu’en prise orale ou en externe, sur la peau ou les cheveux. Lorsque l’on ramasse le fruit, une sève blanche s’en échappe qui rappelle le latex de l’hévéa. Sa composante essentielle est la karitéine, un cicatrisant naturel. Il agit à l’instant T. En Guinée, on fait prendre du beurre de karité aux bébés à la naissance, on l’utilise pour cicatriser les blessures, soigner les brûlures d’estomac et les maux de gorge ainsi que tous les problèmes de peau. On l’utilise même comme matériau de construction… Le pot de 500 grammes permet cette utilisation par tous et pour tout. Il sert de crème anti-âge, pour les mains ou les lèvres gercées, après l’épilation… Les sportifs profiteront de son action avant (pour chauffer les muscles) et après (pour une meilleure récupération musculaire). Les plus convaincus pourront carrément se débarrasser de tous leurs autres tubes ! A chacun de se l’approprier comme il le souhaite. L’industrie n’aime pas du tout ce type de produit qui n’encourage pas à la consommation, mais elle l’utilise pourtant comme base dans une grande majorité de produits cosmétiques. A la maison, rien ne nous empêche de les confectionner nous-mêmes.

D’autres projets ?
Plein ! Notamment pour aider l’ethnie des soussous, qui est celle de mon père. Mais je suis surtout très heureux de ce que permet déjà la commercialisation de ce beurre de karité. Je sais bien que j’ai la tête d’un mec toujours en vacances, toujours à bavarder – mes copains guinéens me prennent pour un plaisantin ! Pourtant, c’est incroyable ce qu’on a mis en place là-bas. Cela donne réellement du sens à mon existence et c’est aussi un processus identitaire en ce qui me concerne. J’ai envie de continuer, notamment pour pouvoir dire aux jeunes guinéens qu’il y a mieux à faire que partir du pays pour chercher l’argent facile, laisser les manguiers pourrir sous le poids des mangues et les femmes et les enfants seuls au pays…

CC

Conseils d’utilisation :

– Pour maman : prévention & soin des vergetures et crevasses d’allaitement.
– Pour bébé : en crème de change ou de massage, pour les fesses rouges et croûtes de lait.
– Soins du visage : masque de nuit & aide à la cicatrisation.
– Adoucit et soigne les pieds & mains secs, fatigués, abîmés.
– Hydrate et régénère la peau après une exposition au soleil, un tatouage.
– Soin capillaire : en masque avant le shampoing ou en soin hydratant gainant selon le type de cheveux.
– Base parfaite pour les huiles essentielles et autres recettes de cosmétiques DIY.