O Café Sauvage – Interview, Julie Soyez

Initialement publié en septembre 2015

“à boire et à manger
en vélo triporteur
à Grenoble”

 

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Nos lecteurs grenoblois ont peut-être déjà croisé ce drôle d’engin : un vélo à trois roues chapeauté de fleurs et arborant une vitrine garnie de wraps, salades, muffins, smoothies et autres burgers bio et végétariens. Aux commandes : Julie Soyez, pétillante jeune femme de 27 ans dont le parcours défie si ce n’est les lois de la gravité, a minima les codes de notre société. Cela tombe bien : aller au bout des choses et relever des défis semble être le principe d’action de celle qui répond ci-après aux questions de Clea.

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Interview – Julie Soyez

 

Clea : Bonjour Julie ! Peux-tu nous résumer ton parcours ?

Julie : On m’appelle “la fille à la valise”. J’ai vécu en Angleterre, Espagne, Canada et Nouvelle-Zélande. J’ai besoin de m’aérer, dans tous les sens du terme : hors de l’université, hors de France, hors les murs ! Diplômée en développement durable des territoires, j’ai travaillé en Office du Tourisme, en refuge de montagne, animé des colonies de vacances, récolté des fruits, servi dans des bars… A 19 ans, j’ai mis mes études entre parenthèses et je suis partie pendant deux mois à vélo avec deux sacoches bien remplies, sillonner le sud de la France. Il n’est pas forcément nécessaire d’aller bien loin pour accepter la part d’imprévu des rencontres, prêter attention aux messages de la vie et savoir en tirer. Cette expérience m’a donné le goût des challenges et d’une indispensable adaptation aux caprices de la météo…

cafesauvage1Qu’as-tu trouvé en Nouvelle-Zélande ?

En allant “le plus loin possible”, je me suis laissée porter par la confrontation à quelque chose de radicalement différent. J’ai rencontré des gens chaleureux et optimistes et je suis rentrée avec des idées plein la tête. J’ai fait du woofing* dans une famille maori. C’est avec ces gens que j’ai découvert les valeurs et la culture rurales maories, où solidarité et fraternité ne sont pas de vains mots. Leur rapport à la nature, empreint d’un respect profond, m’a donné envie de le véhiculer à mon retour. C’est aussi là-bas que j’ai découvert le concept du vélo café/resto ambulant.

* Système de bénévolat dans des fermes bio partout dans le monde

Une sorte de “food truck” zéro carbone ?

En Nouvelle-Zélande, il y a des vélos triporteurs qui proposent des petites bricoles à manger, généralement monoproduits (hot-dogs, chouchous…). Il y en a en France aussi : à Pau, à Lille… Le concept n’était pas neuf, mais parfois on ne voit que ce que l’on est prêt à voir et il faut croire que c’était le bon moment pour moi. A mon retour en France, je devais décider quoi faire de ma vie. Le concept de vélo-café rassemblait plusieurs de mes passions : vélo, écologie, cuisine… Rentrée chez moi dans le Nord de la France, j’ai fait la connaissance d’une jeune lilloise qui revendait justement son vélo équipé d’un percolateur. Je le lui ai racheté, et c’est comme cela que mon projet a pris corps.

Tu es originaire du Nord de la France et tu as parcouru une partie du globe… Pourquoi avoir choisi de t’installer à Grenoble ?

Je n’avais pas spécialement d’attaches ici, ni nulle part ailleurs. Mais j’ai travaillé à l’Office du Tourisme de Chamrousse suffisamment longtemps pour sentir l’esprit alternatif de la ville et me forger la conviction que Grenoble est taillée pour les férus de nature, de trail et de vélo, comme moi ! Le passage au vert de la municipalité a été l’événement déclencheur. Je me suis dit qu’il y avait quelque chose qui se passait à Grenoble et que j’avais envie de faire partie du mouvement.

cafesauvage3Comment s’est passée la mise en situation concrète de ton vélo-café ?

Plusieurs mois se sont écoulés entre l’achat du vélo et mon installation dans le parc Mistral, en juin 2015. Tout n’a pas été simple. Je n’avais pas anticipé le temps que prendraient les démarches administratives pour l’obtention du droit de vendre sur l’espace public, par exemple. J’en ai tiré une belle eçon d’humilité : le côté perfectionniste en prend un coup, mais sinon c’est pas drôle ! Ce temps de battement m’a aussi permis de réajuster mon projet, de faire quelques tours de rodage (salons bio, marché de Noël alternatif) et d’aider une amie à monter sa boîte. J’aime être la preuve qu’une femme seule peut monter un projet relativement farfelu et novateur en investissant la rue, qui est un espace public bien particulier…

Installée tout l’été dans le Parc Paul Mistral, devant la Bobine, tu es un peu devenue un personnage de la scène locale…

Lorsque j’arrive dans le parc bondé, j’ai l’impression d’entrer en scène avec mon vélo et que beaucoup de regards se tournent vers moi. Cela procure à la fois du trac et des émotions positives.. Peu-têtre qu’à force, je finirai par m’y habituer ! Le fait de s’exposer tout en installant le vélo est parfois un peu intimidant, mais les gens sont extrêmement bienveillants et leur accueil est très gai.

Le fait d’être “hors les murs” te permet-il d’avoir une clientèle plus large que si tu travaillais dans un restaurant bio ?

Mes clients, c’est tout le monde : travailler dans l’espace public permet un contact facile, sans sélection à l’entrée. Mon vélo intrigue, les gens me posent des questions, me demandent d’où il vient, ce que je fais… Puis on parle écologie, alimentation… Les plus curieux se laissent tenter, même si le monde de l’alimentation bio et végétarienne leur est étranger. J’aime l’idée de démocratiser l’accès à cette nourriture-là.

cafesauvage5Tu as toujours mangé bio et végétarien ?

Aujourd’hui, cela me parait évident mais quand j’avais vingt ans je mangeais des produits de supermarché
ni bio, ni végé. L’envie d’autre chose est venue à force de m’informer sur ce que l’on
nous fait manger et d’avoir l’impression qu’on nous prend pour des pigeons… C’est tout une logique liée au sport et à la nature qui m’a conduite au bio. Aujourd’hui, je me laisse porter par des mélanges de saveurs inédits ou au contraire qui marchent à tous les coups, à l’image des indéboulonnables “cake courgette-chèvre” et “moelleux marron-chocolat”. J’ai envie de montrer que l’on peut manger bien, bon et sainement.

Parlons-en ! Que proposes-tu au menu ?

Des plats simples, préparés avec des produits locaux, bio et de saison. Je m’approvisionne sur les marchés bio pour le frais, à Satoriz pour le sec. Le fait que ce soit végétarien interpelle les gens. Un jour, j’avais noté “lardons végétariens” sur un cake au tofu fumé, ça a beaucoup fait causer ! J’aime montrer qu’il existe des alternatives. Pour changer du houmous classique, j’en ai fait aux haricots rouges et aux haricots blancs. Les gens qui ne connaissent pas posent des questions, mais ils finissent généralement par dire que c’est bon ! Cet été, ce sont les wraps qui ont bien plu : garnis de purée d’amande, dattes, oignons verts et carottes ou bien de fromage frais, citron, ciboulettes, noix et baies roses. Je propose des assiettes végétariennes, des cakes salés, des tartines, des desserts…

logoMétéo, produits du marché… Pas trop difficile de s’adapter en permanence ?

Je m’organise en fonction de tout cela. Ma cuisine est adaptée aux normes d’hygiène professionnelles et mon vélo est rangé dans un garage à deux pas du parc. On me suit sur ma page Facebook où j’indique à quel endroit et quand me trouver. J’essaie aussi d’adapter mes contenants pour éviter le jetable. En ce moment, je réfléchis à des recettes qui nécessitent peu de contenant. Il m’est arrivé de passer trois heures à emballer des wraps dans du papier apte au contact alimentaire et à les ficeler. Je ne peux pas me permettre d’y passer autant de temps, surtout que si j’avais utilisé du cellophane, j’aurais mis dix minutes ! Mais cela vaut la peine de chercher à faire mieux et autrement.

Clea

En septembre et en octobre, vous pourrez rencontrer Julie dans le parc Paul Mistral à l’heure du déjeuner les mercredi et vendredi, et les soirées des mardi et jeudi devant la Bobine. Rendez-vous sur sa page Facebook pour connaître horaires et emplacements précis.