Mauvaises saisons en série

Initialement publié en mars 2017

Mars enfin ! Sera-t-il suivi cette année d’un cycle classique, soit un printemps sans retours brutaux, un été chaud exempt de sécheresse et de canicule, un automne prolongé avec des nuits fraîches et enfin un hiver pluvieux et marqué ?

C’est l’espoir de tout un chacun, plus ardemment encore de ceux qui sont soumis au bon vouloir des éléments, les agriculteurs, bien sûr.

Ce dernier hiver, particulièrement éprouvant pour beaucoup d’entre eux, a laissé son empreinte sur nos bancs, forcément. Vous avez pu être choqué par des prix, des absences inhabituelles. Voici quelques éléments pour comprendre.

La proposition hivernale de fruits et légumes peut schématiquement se scinder en deux grands blocs : ce qui a été cueilli, ramassé, déterré avant les frimas (les fruits et légumes de conservation) et ce qui les supporte et pousse pendant, toutes régions confondues. Le premier groupe ne subit “que“ les aléas du printemps à l’automne, le second est exposé à tout ! Petit récapitulatif pour ceux qui auraient laissé se détendre leur lien au ciel et au sol.

Une fois passé le premier automne, sont mis à l’abri des intempéries :

• pommes et poires (la récolte 2016 est déficitaire et les fruits
disparaîtront plus tôt des étals)
• kiwi
• noix
• ail et oignon
• betteraves
• chou à choucroute (la récolte a été gâchée par la pluie, l’offre disparaîtra plus tôt)
• courges et potimarrons (grande fragilité à la conservation, seule la courge butternut résiste !)
• endives
• navets
• panais
• pommes de terre (récolte faible, le joint avec la nouvelle production se fera grâce des origines européennes)
• scorsonères (salsifis) et topinambours (pour les périodes de disettes).

Jusqu’ici, pas de trop de problèmes. Ce sont pour les nombreuses productions continuant leur vie dehors que ça s’est compliqué ! Détails :
• l’artichaut (souvent absent car production italienne arrêtée)
• les choux brocoli, choux-fleurs, choux romanesco (le froid a beaucoup perturbé la production atlantique)
• la courgette (température sous serre insuffisante pour son développement)
• le fenouil (les intempéries hivernales en Italie et Espagne ont mis à mal les cultures)
• le poireau (les rendements des cultures bretonnes et normandes sont faibles)
• les salades (les blocages de végétation dus au froid persistant, conjugués aux problèmes sanitaires, ont souvent bloqué la production).

Autant de circonstances qui ont donné des prix parfois très élevés (la règle de l’offre et de la demande s’applique ici par la force des choses, sans spéculation), des absences incompréhensibles (comme pour le poireau, très cher du fait de sa rareté croissante, ou absent lorsqu’il n’est pas possible de faire entrer les outils dans des sols compactés par le gel).

Toute la production d’hiver couverte que nous vous proposons provient de serres dites “froides“ car seulement réchauffées par le rayonnement solaire. Celui-ci suffit habituellement, dans la mesure où la température des sols est maintenue à un bon niveau, ce qui n’a pas toujours été le cas durant les mois écoulés. Il faut donc pour retrouver certaines salades par exemple, attendre le redémarrage de la végétation, conditionné au réchauffement du sol sous les tunnels.

Rien n’est acquis à l’agriculteur, ni le soleil, ni la pluie au bon moment… Vous connaissez cette chanson ? On souhaite très fort qu’il en soit autrement pour ce nouveau cycle qui débute.

Alain Poulet