L’huile de cameline – Belle et confidentielle

Lin bâtard. C’est l’un des “petits noms” dont est affublée la cameline, plante dont on ne parle, pour ainsi dire, jamais. On retire pourtant de ses graines une huile bienfaitrice, d’une grande richesse en ­oméga-3. Cerise sur la cuillère, la Dame pousse historiquement sous nos latitudes, où elle s’épanouit sans trop d’efforts. Il est donc important de parler de la cameline. Alors parlons-en !

Pour bien en parler, il faut aller la voir. Cela nous offre un joli prétexte pour reprendre rendez-vous avec Étienne Mabille, agriculteur que Sat’info a déjà rencontré à plusieurs reprises, pour causer petit épeautre de Haute-Provence, blé khorasan et “puce à l’oreille” (voir sur notre site, satoriz.fr). Des années plus tard, les brebis d’Étienne Mabille demeurent “ni pucées, ni soumises”, et leur propriétaire toujours aussi disert et accueillant.

Étienne Mabille cultive de la cameline depuis une bonne dizaine d’années. Sa variété se nomme Tofagne, du nom du lieu-dit où vit l’agriculteur, dans la région des Baronnies (Drôme), autant dire au milieu de nulle part. Pour notre visite, on a patiemment attendu la période de floraison, qui dure une petite quinzaine de jours, au début de l’été. La cameline fleurie a des airs de petit elfe à clochettes : en contempler les étendues mêlées de plants de lentilles et de coquelicots est un véritable enchantement.

Au début, Étienne Mabille semait cette brassicacée en guise de tuteur pour ses lentilles, justement. C’est toujours ainsi qu’il procède, car c’est en mélange avec le fourrage et les légumineuses, en rotation avec le petit épeautre, que la cameline se plait le mieux. En l’associant, on s’évite aussi quelques déconvenues… En effet, si la culture de cameline est peu exigeante en eau et en nutriments, son semis est très délicat et sa récolte particulièrement aléatoire. D’une année sur l’autre, la quantité de graines et leur teneur en huile varie du simple au double. Pourquoi? On n’en sait trop rien ! Agribiodrôme, l’association des agriculteurs bio de la Drôme, se penche sur la question depuis trois ans. L’enjeu est important, car l’huile de cameline, plus riche en oméga-3 que celle de lin, est beaucoup moins fragile et particulièrement adaptée à nos sols. Or, tant qu’elle est méconnue, elle demeure confidentielle et peu séduisante pour les agriculteurs.

Cultivée et consommée par les Celtes, la cameline est tombée en désuétude à la fin du XIXe siècle, remplacée par l’huile de lin. Cette dernière est plus rentable et surtout plus à la mode. De la cameline, on a pris la paille pour fabriquer des balais et des toits, utilisé son huile dans du savon et de la peinture. Son tourteau a nourri les animaux et fertilisé les sols. Une compagnie aérienne a même tenté de l’utiliser comme biocarburant… C’était un peu avant que la DGCCRF ne la reconnaisse comme “aliment”, en 1998 ! En France, elle commence à réémerger. Ailleurs, on lui préfère toujours le lin, plus productif et mieux connu des consommateurs.

Étienne Mabille cultive, récolte et trie sa cameline, mélangée à celle d’autres agriculteurs locaux. Puis, il confie le tout à l’huilerie Emile Noël, qui presse les graines à froid pour obtenir de l’huile. De la bouteille, l’huilerie peut remonter jusqu’à celles et ceux qui en sèment les graines, au plus près de chez elle. Une culture 100% française véritablement différenciante qu’il est important d’encourager, en même temps que l’on prend soin de notre santé.

“Ça sent le chou, c’est hallucinant !”, s’exclame Étienne Mabille en pressant une graine entre le pouce et l’index. “On aime ou on n’aime pas… C’est super avec la patate, abominable avec la tomate”. C’est dit. On ajoutera que c’est bien aussi avec l’artichaut, les œufs durs, et la plupart des légumes crus en général. Son arôme “chou” est plus moins marqué, parfois plus proche de l’amande, voire de l’asperge. C’est de toute façon à froid que l’on utilise cette huile à la robe jaune d’or : jamais de cuisson pour les huiles riches en omégas-3, qui s’en trouveraient dénaturées. On préconise de toujours la consommer en association avec une huile de goût : olive ou sésame toasté, par exemple. Il est recommandé de la conserver au réfrigérateur et de la consommer dans les 3 mois. À la bonne vôtre !

CC