Les Tendances d’Emma

Initialement publié en mai 2017

Zéro déchets dans la salle de bains !

La fondatrice des « Tendances d’Emma » n’a pas sa langue dans sa poche lorsqu’il s’agit de parler écologie dans la vie de tous les jours. Pour cette chef d’entreprise et mère de trois enfants, hors de question de retourner à l’âge de pierre pour faire entrer le « zéro déchets » dans notre quotidien ! A l’image de sa démarche, la production de carrés démaquillants lavables, elle nous invite à faire nos choix en toute (bonne) conscience.

 

Entretien – Emma Terrier

Vous proposez depuis 2011 des carrés en tissu permettant de se passer de coton jetable. Comment l’aventure a-t-elle démarré ?

A l’origine, je n’étais pas écolo. Le devenir me semblait compliqué et exigeant. Puis à la naissance de Tom, mon deuxième enfant, j’ai fait comme beaucoup de femmes enceintes : j’ai décidé d’être irréprochable en modifiant tout ce qui pouvait l’être dans une version plus écolo. Croyant bien faire, j’ai ainsi essayé les couches lavables. Cela semblait simple : les fabricants les présentent comme des couches classiques, mais lavables. Or cela n’a rien à voir, car elles demandent un effort d’adaptation gigantesque, insurmontable en ce qui me concernait. A l’époque infirmière en réa, en alternance jour/nuit, avec une nounou qui ne voulait pas en entendre parler, je voyais bien l’intérêt pour la planète, mais pas du tout comment intégrer cela à ma vie. J’étais assez en colère ! A défaut de réussir le défi des couches, j’ai décidé de commencer par quelque chose de plus accessible : remplacer les carrés et lingettes de coton jetables par leur équivalent en tissu, et commercialiser ledit équivalent.

Une sorte de stratégie des petits pas ?

C’est la meilleure méthode pour devenir plus écolo : commencer par quelque chose qui ne bouleverse pas radicalement nos habitudes. En alimentaire, c’est simple : on remplace une tomate non bio par une tomate bio, et le tour est joué. Cela ne change rien dans l’assiette. On peut ensuite aller plus loin en remplaçant la viande par le tofu, et il faut alors réfléchir et cuisiner différemment. C’est un choix. Mais l’idée essentielle est de mettre le pied à l’étrier. Si une prise de conscience a lieu, chacun est libre d’aller plus loin. On me dit beaucoup : « Vous avez été celle qui m’a permis de passer à l’écologie ». Moi-même, plus j’avance et plus je me rends compte qu’il m’arrive de me tromper ou d’être dépassée par les événements. Alors je réfléchis, je change et je continue. Au niveau de l’entreprise, nous sommes aujourd’hui une belle équipe et mettons tout en œuvre pour nous améliorer au quotidien.

Dernière amélioration en date ?

Depuis peu, notre emballage est presque parfait : un carton recyclable, avec zéro scotch et zéro colle, sauf une petite pastille qui tient le tout et dont on espère un jour pouvoir se passer. Je constate que de plus en plus d’entreprises tombent dans le greenwashing, alors même qu’il s’agit aujourd’hui de faire des choix très clairs et de les expliciter tout aussi clairement. Or dès qu’on creuse un peu les démarches écologiques des entreprises ou des pouvoirs publics, on découvre que c’est parfois complètement creux. Par exemple, j’étais très fière d’avoir choisi un emballage en plastique recyclable, jusqu’à ce que j’apprenne que la filière pour recycler ledit plastique n’existait pas. « Vous pouvez collecter », m’a-t-on fait savoir… On est donc passé au carton. Puis au zéro colle, car celle-ci pose problème dans le recyclage. Mon souhait avec nos produits, c’est de participer à l’élévation de la conscience : nous pouvons toujours aller plus loin, alors allons-y. 

 

Vos produits sont fabriqués en prison. La démarche est peu courante…

En France, on sait très bien fabriquer des vêtements mais pas des pièces de petite taille. Aucun atelier n’a accepté de produire nos carrés : on m’a conseillé d’aller en Chine ! Mais je voulais une fabrication française et il se trouve que je connaissais bien l’univers carcéral pour y avoir effectué un stage en tant qu’infirmière, vécu avec un gendarme… Les médias parlent généralement des maisons d’arrêt, bondées, où les personnes sont en attente de jugement ou détenues pour des peines courtes, dans des conditions inhumaines. Nous travaillons au contraire avec un centre de détention, où les détenus effectuent des peines supérieures à trois ans. Ces prisons-là ne sont pas bondées mais on y est confronté à la problématique de la double-peine : après avoir été exclu si longtemps du monde du travail, comment revenir dans la société ? Le travail en prison est basé sur le volontariat et a pour but d’accompagner à la réinsertion. Notre responsable qualité à la prison travaille pour nous depuis sept ans et pourra mettre en avant cette expérience lorsqu’il en sortira.

Retour à l’écologie ! Quelle est votre dernière prise de conscience ?

Je me suis rendu compte que la production de fibre d’eucalyptus était beaucoup moins impactante que celle de coton bio ou de bambou. Le coton bio est bien connu des consommateurs, mais il a pour inconvénient de devenir de plus en plus rêche au fil du temps. Or si l’on veut que les gens deviennent plus écolos, nous devons leur proposer des choses agréables ! Dans ma quête d’une alternative au coton jetable, je suis d’abord tombée amoureuse de la fibre de bambou. C’est une soie artificielle qui donne un toucher doux et souple, facile d’entretien. Mais l’obtention de cette viscose nécessite l’adjonction d’un solvant, ce qui n’est pas l’idéal… Puis, j’ai découvert l’eucalyptus. En ce qui concerne nos carrés, les arbres proviennent de forêts européennes protégées et la transformation du bois en fibre a lieu en circuit quasi fermé. Cela signifie que le solvant utilisé est constamment recyclé et non rejeté dans la nature. L’eucalyptus représente à mon sens l’écologie de demain. Celle où parfois, il vaut mieux mettre un peu de « moins » pour avoir un produit qui, en regardant de près, a beaucoup plus de « plus » que ceux qui semblent plus écologiques au premier abord !

Dès lors, pourquoi continuer à proposer les carrés en coton bio ?

Chacun est libre de ses choix, en fonction de ce qui lui tient à cœur. Les carrés en eucalyptus contiennent 20% de polyester, incontournable pour que le tissu se tienne. Sa présence ne pose aucun problème à ceux dont la démarche est d’être vegan, par exemple. Pour d’autres, en revanche, elle est inadmissible, car il s’agit d’une fibre synthétique. Pour eux, il y a le 100% coton bio, transformé sans solvant… mais avec beaucoup d’eau. Mon rôle est de permettre à chacun de faire un choix éclairé. On ne change pas ses habitudes comme cela : si les gens aiment une forme de contact sur la peau, c’est important qu’ils puissent la conserver.

Côté efficacité, existe-t-il une différence entre coton et eucalyptus ?

Des deux, c’est l’eucalyptus qui vieillit le mieux. Il convient tout particulièrement aux personnes qui utilisent des produits de maquillage waterproof ou colorés (fonds de teint, ombres à paupières) et des produits très gras comme les huiles, car il est très facile d’entretien. Il est aussi beaucoup plus doux et souple que le coton et convient aux peaux sensibles. C’est une vraie caresse sur la peau ! Mais les carrés de coton bifaces ont également des avantages. Le côté molleton permet de démaquiller sans accrocher, tandis que le côté bouclettes permet de procéder de temps en temps à un nettoyage plus en profondeur.

Un mot sur l’entretien ?

Tout se lave à 40 °C. C’est un minimum : à 30 °C, les taches ne partent pas. Au-delà de 40 °C, les taches partent très bien mais le tissu peut rétrécir un peu. Personnellement, je mets mes carrés dans n’importe quel panier de lessive, mais je conseille de procéder à un vrai décrassage tous les six mois. On laisse tremper les carrés toute une nuit dans un mélange de cristaux de soude, bicarbonate et vinaigre blanc, puis on procède à un double rinçage à 60 °C qui permet de les raviver totalement.

Que peut-on faire pour enclencher une démarche « zéro déchets » dans la salle de bains ?

Sans aller chercher bien loin, nous avons chez nous de nombreux produits qui permettent déjà bien des choses. L’huile d’olive, par exemple, est un excellent démaquillant ! Le démaquillage à l’eau pure, en revanche, est une erreur  : un corps gras est nécessaire. Personnellement, j’ai trois fois rien dans ma salle de bains car je pars du principe que mon apparence importe peu. En revanche, ce que l’on met sur la peau n’est pas sans conséquences. On a besoin de très peu de choses, mais il ne s’agit pas d’être ridiculement minimaliste  ! Personnellement, je fais tout avec de l’eau florale de camomille romaine, excellente pour les problèmes de peaux des petits comme des grands. Et ma meilleure crème hydratante, c’est de boire de l’eau !

Et hors salle de bains ?

Réfléchissez à vos petites actions du quotidien. Si vous acceptez un flyer gratuit dans la rue, vous cautionnez le fait qu’il existe. Côté produits d’entretien, on peut tout faire soi-même. Chez moi, je n’utilise qu’un nettoyeur vapeur et du vinaigre blanc. Pourtant, je n’ai pas révolutionné mes gestes. C’est l’idée : nous pouvons tous, juste en adaptant un minimum nos habitudes, entrer dans un cercle écologiquement vertueux !

CC