Les produits d’entretien Lerutan et Harmonie Verte – Entretien : Jean-François Gravier

Initialement publié en août 2007

Ca va râler dans les chaumières… En l’espace de quelques mois, les deux marques de produits d’entretien auxquelles nous vous avions habitués ont disparu de nos rayons… Et ça, les lessives et autres produits vaisselle favoris de nos clients, pas touche !

Ça va râler, mais moins si vous savez que nous avons agi ainsi pour de très bonnes raisons. On aurait même dû le faire plus tôt, tiens ! Parce que si les produits d’entretien naturels labellisés sont encore très rares, il existe pourtant une marque qui se décarcasse pour garantir les siens depuis presque dix ans, LERUTAN. Mais elle était si discrète… C’est la raison pour laquelle nous donnons la parole à ceux qui la fabriquent et nous la fournissent aujourd’hui. Avertissement : le sujet n’est pas toujours facile, mais c’est probablement une des rares occasions que vous aurez d’y comprendre quelque chose !

Ça va donc râler, mais pas longtemps : parce que ces propos sont convaincants, d’une part. Parce qu’en matière d’écologie, vous êtes aussi exigeants que nous, d’autre part. Mais surtout parce que des éviers aux lavabos en passant par la machine à laver, tout le monde sera content,
très vite !

gravier

Qu’est-ce qu’un produit d’entretien classique, ceux qu’utilise la majorité des Français ?
Un produit formulé pour être efficace, quelles que soient ses matières premières.

Fait-on des progrès pour ce type de formulations ?
Oui au niveau de l’efficacité, bien que ce ne soit pas aussi visible que ce que la publicité laisse entendre. Il y a eu des avancées écologiques, aussi. Des normes ont obligé les fabricants à mieux travailler, à limiter les résidus toxiques ; la synthèse des matières premières se fait mieux, la biodégradabilité est meilleure. Des molécules très peu chères et polluantes ont été interdites. Mais il reste des dérivés chlorés dans les conservateurs, les détachants, les désinfectants… Sans compter les colorants, longs à se dégrader, et les parfums de synthèse, qui sont très allergisants. Il faut parler aussi des séquestrants comme l’EDTA, le TAED, le NTA qui sont non seulement longs à se dégrader, mais qui empêchent la dégradation des autres matières environnantes. Et puis on trouve toujours des phtalates, des muscs polycycliques dans les parfums, très décriés par Greenpeace, à juste titre.

Il existe depuis quelques années des « produits verts », dans les grandes surfaces…
Ils ont un « plus » concernant la biodégradabilité. Ils contiennent moins de colorants et de produits de synthèse. Mais il s’agit avant tout d’un  positionnement marketing… L’Eco-Label Européen, qui les « certifie », ne prend pas du tout en compte le fait que le produit soit d’origine végétale, ou pétrochimique. Idem pour les senteurs : parfum de synthèse, ou huiles essentielles ? Conservateurs ? Ce n’est pas leur problème…

gravier1Autre chose encore, les produits d’entretien « naturels » que l’on trouve dans les circuits bio. En l’absence de garanties, en quoi réside leur différence ?
Il s’agit de produits d’entretien obtenus normalement à partir d’ingrédients d’origine végétale, ou minérale. Pendant longtemps, il n’y a pas eu de certification pour attester de ces pratiques. Beaucoup de marques s’essayaient aux ingrédients naturels, mais constataient qu’elles perdaient en efficacité lorsqu’elles bannissaient les produits de synthèse… Elles s’arrangeaient alors un peu avec leurs principes, et coupaient la poire en deux… quand ce n’était pas plus. Prenons un exemple : toutes les pastilles lavevaisselle sont fabriquées à base d’un ingrédient de synthèse*, quel que soit le circuit commercial où on les trouve… y compris en « naturel » ! Pis encore, les produits vendus comme anticalcaire pour lave-vaisselle où l’actif est 100 % de synthèse*. Sur ces produits, les fabricants de produits naturels qui en proposent n’ont pas joué le jeu… À un moment, le consommateur ne peut plus s’y retrouver.

* Le polycarboxylate, ou le phosphonate (un dérivé de phosphate…)

Ce fut longtemps la même chose pour la cosmétique…
Effectivement. Mais s’il y a eu de très grands progrès dans le domaine de la cosmétique, beaucoup reste à faire dans celui des garanties pour les produits d’entretien. On peut toutefois maintenant y voir clair grâce à deux labels privés. Il y eut d’abord Nature et Progrès, dès 1998, puis Ecocert, apparu entre 2006 et 2007. Grâce à ces certifications, le fabricant a aujourd’hui de véritables choix à faire : soit il parle d’efficacité, et ne retient que ce critère ; soit il parle d’écologie, et prend aussi les dispositions nécessaires. Heureusement, on peut concilier l’efficacité et l’écologie, la plupart du temps.

gravier2Autre élément qui jette le trouble : les tests effectués par des revues de consommateurs sur l’efficacité et la biodégradabilité des produits d’entretien. Il y en a eu plusieurs, et les produits « naturels » ne sont pas souvent mieux notés que les autres…
Première chose : on ne trouve que ce qu’on cherche… Ces tests ne tiennent compte que de biodégradabilité, ou de toxicité sur les daphnies… Or un tensio-actif*, qu’il soit d’origine naturelle ou pas, peut-être constitué de la même molécule et se dégradera de la même manière ! On se gausse alors d’un pourcentage de produits biodégradables, ce qui n’est qu’une partie de la question : il faudrait aussi évaluer la nature de ceux qui ne sont pas dégradés, et se poser la question de ce qu’ils deviennent ! Quel impact ont-ils sur le long terme? Autre élément concernant ces tests, la note donnée est une note globale, qui surévalue l’efficacité par rapport à l’écologie. Or la plupart des lessives traditionnelles utilisent un subterfuge, les azurants optiques, qui renvoient la lumière et donnent l’impression d’ultrablanc, alors que le linge n’est pas plus propre qu’avec une lessive naturelle. Cette tromperie surévalue le résultat sur l’impression de blancheur et d’éclat des couleurs et plombe les notes des produits naturels. Mais le fond du problème est encore bien ailleurs : on ne peut se satisfaire de tests pour évaluer la pertinence écologique d’un produit. C’est la démarche globale qu’il faut considérer. Pour des senteurs, par exemple, d’un côté on utilise des parfums qui proviennent de la pétrochimie, de l’autre des agriculteurs cultivent en bio des plantes qui donneront lieu à des huiles essentielles ! Rien à voir ! Il faut évaluer la démarche du début jusqu’à la fin, l’écologie s’apprécie dans sa globalité.

* Ce qui permet de rendre la graisse soluble dans l’eau, ou de l’émulsionner. En gros, il lave…

Vous nous avez parlé de l’exemple des phosphates, qui est marquant…
En effet, si l’on ne prend en compte comme critère que la biodégrabilité ou la toxicité, ce que font ces tests, les phosphates ne sont pas un problème ! Pas plus que ne l’est le CO2, dans un autre domaine ! Or, leur accumulation sur le long terme, elle, est catastrophique, sur les rivières comme pour l’atmosphère ! Comme disait Paracelse « tout est poison, rien n’est poison, tout dépend de la dose », ici dans l’accumulation.

natureetprogresecocertOn dispose aujourd’hui de véritables certifications, qui sécurisent le consommateur de produits d’entretien naturels quant à l’origine des ingrédients utilisés. Y a-t-il une différence entre les deux certifications existantes, Nature et Progrès et Ecocert ?
La principale est liée au sujet précédent : le « plus » de la certification Nature et progrès, c’est qu’elle ne peut s’appliquer que pour des sociétés qui produisent au moins 70 % de produits bio. Tout cela est certifié par un organisme indépendant. Voilà un bon exemple de démarche globale ! Pas question de cautionner un industriel qui n’a que quelques produits à sa gamme, pour occuper le marché, genre « une goutte de bio dans une marée de pétrole… »

Les deux gammes que propose Satoriz aujourd’hui sont élaborées par la maison Gravier, votre société. Quelques mots sur son histoire ?
Notre société n’est pas venue au bio, elle y a toujours été. Mon père, Jean Gravier, a commencé en 1975, en bio sur une propriété agricole. Il a toujours été impliqué dans le bio, bien au-delà de sa production personnelle. J’ai repris la société fin 2001. Je suis pharmacien de formation, avec spécialisation en phyto et analyses micro-biologiques.

Pouvez-vous nous présenter vos deux gammes ?
La première, LERUTAN, est notre marque historique, crée par mon père en 1978. IL a choisi ce nom, qui est en fait le mot NATUREL, écrit à l’envers… Avec cette gamme, nous faisons le mieux possible pour satisfaire les clients les plus exigeants tant au niveau des résultats que de l’écologie. LERUTAN est à la fois certifiée Ecocert et Nature et Progrès. Avec notre deuxième gamme, HARMONIE VERTE, nous souhaitons mettre les produits d’entretien certifiés à la portée de tous. Il n’y a qu’une seule certification, Nature et Progrès, et les formulations, concentrations et résultats obtenus sont à la hauteur de ce qu’attend la majorité des clients. Cette gamme n’est pas beaucoup plus chère que les produits de grande surface, et parfois même moins !

lerutanharmonieverteY a-t-il des engagements qui soient propres à ces deux marques, audelà des cahiers des charges ?
Nous avons supprimé tous les tensio-actifs ethoxylés*, une première. On doit rappeler qu’ils sont interdits en cosmétique, on peut donc concevoir qu’ils doivent être absents dans les produits d’entretien, non ? Nous avons aussi supprimé la quasi-totalité des allergènes.

* (dont les fameux sodium laureth sulfate – ou Sodium lauryl éther sulfate – présents dans 100 % des produits d’entretien type liquide vaisselle et lessive liquide existant sur le marché)

Êtes-vous en mesure de fabriquer tous les produits demandés par le marché avec de telles exigences ?
Non, il y en a un que nous n’arrivons pas à faire, ce sont les pastilles lavevaisselle. Ni nous, ni personne, d’ailleurs… ce qui n’empêche pas qu’on en trouve dans les rayons « naturels » ! Ma dernière tournée en magasins a mis en évidence l’usage systématique du polycarboxylate ou de Phosphonate (dérivé de phosphate) dans ces produits : ahurissant ! Pour notre part, nous n’avons pas voulu faire ce que nous évoquions tout  à l’heure, à savoir couper la poire en deux. Plutôt que d’utiliser des substances qui ne sont pas conformes à nos exigences et à notre philosophie, nous préférons ne pas en proposer. On nous en demande pourtant tous les jours… Cet exemple illustre bien la nécessité d’une garantie.

poudreLVEt votre poudre lave-vaisselle ?
Nous arrivons à en concevoir une, elle est ce qu’elle est. Nous préférons dire à notre clientèle que nous n’avons pas le même niveau de lavage* qu’avec un produit classique, parce qu’on se refuse à utiliser cette fameuse molécule de synthèse. Nous faisons de l’écologie, et n’en dérogeons pas. Après, c’est au client de faire ses choix.

* Un truc pour optimiser les résultats, pour ceux qui choisiront ce produit : mettre une petite giclette de liquide de rinçage directement dans la machine, avant de la fermer.

Merci pour cette franchise ! Et si l’on mettait du liquide lave-vaisselle dans la machine ?
Vous feriez probablement une soirée mousse à la maison…

liquidevaisselleliquidevaisselle2

 

Voyons à présent d’autres produits : le liquide vaisselle, justement. Comment le fabriquez-vous ?
Majoritairement à base d’huiles d’origines de cocopalme et de dérivés de sucres. Le parfum est constitué d’huiles essentielles bio. On introduit aussi du sel de mer dans la formulation, pour la viscosité (en chimie, on aurait mis un gel de synthèse). Pas de colorants, ce qui explique que la couleur puisse varier. Quand on est proche de la nature, il faut s’y habituer…

lessive

lessive2Votre lessive liquide ?
C’est un petit peu plus compliqué : il faut des tensio-actif (dérivés de coco palme et sucres), et du savon, pour « couper » la mousse. On intègre aussi un solvant, de l’éthanol, qui est un alcool de blé bio. Des huiles essentielles bio. Pas d’enzymes ! et donc pas de polémiques OGM, pas OGM… Notre lessive HARMONIE VERTE a des senteurs qui ne sont pas communes*, parce qu’elles ont été choisies pour ne pas contenir d’allergènes.

* Mais agréables !

L’insecticide ?
Du pyrèthre, obtenu d’une fleur, et un dérivé de poivre, dans de l’alcool bio.

Vos excellents désodorisants « fleuri » et « Provence »?
Alcool et huiles essentielles, bio à 95 %. Un pulvérisateur, et pas de gaz : il n’y a que du produit actif dans le flacon, qui dure ainsi très longtemps.

patatoutLa « Patatout », c’est la surprise du chef : on frotte, on récure et on nettoie tout avec ça !
C’est une crème à récurer solidifiée, améliorée… Comme base, elle est faite de craie et de savon. Très peu de tensioactifs viennent s’y ajouter, plus des huiles essentielles. Ça ne raye pas… La Patatout est à la fois végétale et minérale. Il est intéressant de parler du minéral, parce que c’est tout ce qui subsiste lorsqu’un produit est dégradé… C’est la forme ultime de la dégradation de la matière qui est en partie déjà présente dans ce produit, et ce qui est déjà dégradé n’a plus à l’être.

anticalL’anticalcaire ?
Un tensio-actif à base d’un dérivé de sucre, et de l’acide citrique obtenu de manière naturelle par fermentation.

Votre père a commencé en étant producteur de plantes bio. Travaillezvous toujours avec des fournisseurs locaux ?
Bien sûr, au maximum pour les produits concernés : les huiles essentielles de lavande, de lavandin, thym, romarin, sarriette, sauge, les eaux florales…

Nous avons beaucoup parlé d’écologie, c’est notre vocation commune. Mais évoquons pour terminer la vocation d’un produit d’entretien, qui est de laver… Les vôtres sont ils efficaces ?
Je tiens d’abord à rappeler un fait : aucune lessive n’est efficace contre toutes les taches, quoiqu’on vous dise… Si c’était le cas, pensez-vous que les industriels se casseraient la tête à inventer des prélavages ou anti-taches ? L’efficacité à 100 % n’existe pas. En ce qui concerne nos produits, ils sont aussi efficaces que les autres. Sur les produits liquide vaisselle, nous sommes même plus efficaces, notamment avec le flacon LERUTAN, parce que le liquide y est plus concentré. Ce qui explique d’ailleurs qu’il sèche parfois un peu autour du bouchon. Il y a un segment ou nous sommes moins performants : les produits pour lave-vaisselle, nous avons expliqué pourquoi.

Repos! Pour nous, surtout… Merci, aussi ! Si vous aviez à citer un disque, un livre, un tableau ?
– En musique, je citerais une chanson qui m’a beaucoup marquée : Manhattan-Kaboul, de Renaud, avec Axel Red. Je suis très sensible à cette vision parallèle de deux personnes, dans deux civilisations différentes. Peut-être est-ce parce que je suis coréen d’origine, puisque j’ai été adopté par mes parents.
– Je lis surtout des ouvrages scientifiques… Mais je citerais volontiers ceux du Docteur Valnet sur les plantes, que j’ai lu en long, en large et en travers… Il n’avait pas toute la technologie que l’on a aujourd’hui pour bien évaluer les choses, et on a beaucoup avancé depuis. Mais il reste une référence, un sacré bonhomme.
– Un tableau de Gustave KLIMT, Le Baiser.

JM