Les limonade, Limorange et panaché artisanaux Biercors

Initialement publié en mai 2017

L’incroyable Martin !

On en a vus, des entrepreneurs originaux, idéalistes, instinctifs, débrouillards et partageurs. Ils font la beauté du milieu bio, dont ils sont le ferment et la force. Car on ne se lance pas dans une aventure sans croire au meilleur, on n’invente pas avec des tableaux Excel, on ne fédère pas sans partager. On en a vus, mais là, on en tient un bon ! Un vrai, inspiré, attachant, intègre, et qui réussit.

Martin Torès est un peu tombé dans la marmite, lui qui fut nourri bio par ses parents. Petit, il se passionnait déjà pour la germination des graines. Accessoirement, son père lui offrit sa première guitare, une récup’, à réparer. Du pain bio, une guitare et l’idée d’avoir à se débrouiller, on ne peut rêver meilleur départ, non ? Le reste, ce furent des études de commerce, qui ont confirmé son goût d’entreprendre. Il envisagea alors d’inventer et produire des aliments bio, mais sans jamais tourner le dos à ce qu’il aime, la musique, les copains, le partage. Un sacré programme, qui ne se met pas en place d’un coup de cuiller à pot. D’une année passée en Irlande, Martin ramène l’idée de produire de la bière. Tiens, on l’obtient en commençant par faire germer des graines… Ces graines, il les choisira locales pour sa production dans la petite brasserie qu’il imagine : ce seront l’orge, le blé ou le sorgho qui sont cultivés autour du plateau du Vercors, qu’il habite, ou dans la région.

Alors, cette première bière ? Hé, doucement… On ne monte pas une entreprise comme ça… On ne prête pas à qui n’a fait ses preuves. Cette première bière, Martin a pris le temps d’en peaufiner longuement la recette, en bidouillant dans son HLM, puis dans son garage, tout en s’accommodant d’un travail alimentaire dans les télécoms. Et lorsque la lassitude d’un job sans âme s’est faite sentir, lorsque que la bière eut bien fermenté dans ses cuves comme dans sa tête, lorsque sa crédibilité fut suffisante pour que les banques le reçoivent enfin, Martin entra pleinement dans sa carrière… de débrouillard. Ou d’extraterrestre, comme pensait son entourage.

Les graines germées séchées

Passionné par les graines germées, Martin l’est plus que jamais. S’il ne les produit pas, il propose toutefois une belle gamme de graines germées déshydratées à moins de 42°, une exigence très technique. Ces graines gardent le meilleur de la germination, les enzymes notamment, et sont d’un usage facile, simplement saupoudrées sur les plats ou toutes sortes de crudités. Sont disponibles chez Satoriz : alfalfa, brocoli, sarrasin, tournesol, sésame, sésame noir.

 

La première cuve professionnelle fut achetée à une ancienne laiterie locale, qui s’en servait pour stocker son petit lait. Les autres trouvées sur Le Bon Coin, ou soudées sur mesure avec des amis du métier… Son fidèle employé, Philippe, fut rencontré un soir de pluie. Il entrait dans le local, tout mouillé, pour demander s’il n’y avait pas du boulot… Il est aujourd’hui un pilier de l’entreprise. L’argent nécessaire, lui, ne s’est pas présenté spontanément. Il a fallu qu’une banque comme la NEF – la Nouvelle Economie Fraternelle – reconnaisse le projet pour que la petite brasserie puisse déménager dans un grand local adapté. Merci, la NEF. Depuis, d’autres banques ont prêté, puis la Région, puis des particuliers : 152 contributeurs ont répondu présents à sa demande de prêt participatif. Pas moderne, Martin ?

Limonadier ?

Les brasseurs ont toujours proposé de la limonade. Autrefois en effet, la limonade était obtenue par fermentation d’eau, de sucre et de citron, un travail compatible avec celui de brasseur. Mais qui dit fermentation dit alcool, vous avez bien lu ! On n’hésitait effectivement pas à donner aux enfants une boisson légèrement alcoolisée, toujours préférable à une eau souillée, voire porteuse de diphtérie. La tradition est restée, et aujourd’hui encore, certains petits brasseurs sont également limonadiers. Hélas, souvent sans la beauté du geste, puisque la plupart se contentent de coller leur étiquette sur une bière industrielle, mais heureusement, sans l’alcool.…

Chaque coup de main eut son importance, celui qui suit plus que d’autres. Un de ses confrères, qu’il ne connaissait pas, se séparait de son embouteilleuse à contrepression, une belle machine. Martin a demandé qu’il la lui garde, puis la lui livre. Le confrère a tenu parole, et Martin ne l’a payé que bien plus tard, sans que le vendeur s’en émeuve. Beau geste, et voilà la suite de l’histoire : cette embouteilleuse à contrepression, les petites brasseries n’en possèdent pas. Elle permet à une bière qui produit son gaz de manière naturelle d’être embouteillée telle quelle, sans qu’on ajoute le sucre qu’utilisent habituellement les petits brasseurs pour obtenir ce même gaz. Et elle permet également de fabriquer de la limonade…  Nous y voilà ! De l’eau du Vercors, du sucre, du citron, du gaz sous pression et la limonade est exquise, vraie, pure. Sans les acides citriques, arômes ou autres extraits que l’on trouve dans les formulations plus industrielles, choisissez votre camp.

Biercors, c’est le nom de l’entreprise, est désormais une toute petite fabrique équipée comme les grandes, pour produire au meilleur. Vous voulez une orangeade gazeuse ? Biercors vous propose sa Limorange, sur le même principe. Vous avez envie d’un panaché bio ? Ah, là, on s’arrête un peu avant de conclure, car vous avez vraiment frappé à la bonne porte… Qu’est-ce qu’ils produisent, notre homme Martin et son compère Philippe ? De la bière, et de la limonade. Ils sont les seuls, en bio, à mélanger ces liquides sans avoir à acheter l’un, ou l’autre.

On a évoqué le partage, les copains, la musique… Les vendredis et samedis soir à la Brasserie, c’est jeux de sociétés et scène ouverte. Martin met à disposition les jeux en bois que fabrique une association locale d’insertion, chante, ou accueille ses amis musiciens comme les groupes de passage. C’est tout petit et pas franchement luxueux, chez Biercors, mais on s’y sent bien, et on y boit bon ! Vous y serez bienvenus.

JM