Les elixirs floraux – Entretien : Ulrich Rampp

Initialement publié en janvier 2004

elixirsUlrich est écolo de longue date, limite ermite lorsqu’il arriva en France il y a bien vingt ans, fuyant ainsi le destin – à son goût trop prévisible – qui l’attendait en Bavière. Il s’est mieux qu’intégré sur les terres verdoyantes et ensoleillées de la Haute Loire qui l’ont accueilli : en y fondant sa famille, en y rénovant et construisant une maison tout en respectant du mieux qu’il a pu les techniques ancestrales des anciens bâtisseurs, il rend un hommage prononcé à une culture paysanne qu’il respecte, à une nature qui le nourrit. Son métier est passion : vu celui qu’il a choisi, comment pourrait-il en être autrement ? Mais quel métier, au fait ? Herboriste ? Pharmacien ? Druide ? Sorcier ? Alchimiste ? Psycho-phyto-thérapeute ? Sorcier de l’âme, allumeur de flamme, allumé tout court ?

Respect, Ulrich !

Ulrich, comment définirais-tu ton métier ?
Fabriquant et réalisateur d’idées… avec passion ! Dans un esprit qui tient compte de l’environnement, de l’être vivant et de mes propres convictions.

Et tes produits ?
Ce sont des élixirs obtenus avec des plantes, au rythme des saisons, en harmonie avec les principes de la nature. J’utilise en majorité des végétaux d’Auvergne pour leurs qualités exceptionnelles dues à l’altitude et au sol granitique volcanique.

Ces produits ont-ils une vocation thérapeutique ?
Ils agissent sur nous à trois niveaux : de par les principes actifs des plantes, directement sur l’organisme ; de par les fleurs de Bach, sur le psychisme. Les élixirs spagyriques enfin harmonisent le physique, le psychisme et le mental.

Autant de notions difficiles, que nous allons donc reprendre dans l’ordre. La première est certainement la plus facilement compréhensible : que peut-on dire des principes actifs des plantes, tels que tu les utilises ?
Ils sont rendus efficaces par la présence de miel, un vecteur puissant déjà très utilisé au moyen âge pour transporter les principes actifs des plantes. On agit ainsi directement sur l’organisme, de manière rapide et efficace. Prenons l’exemple des troubles du sommeil : des plantes comme l’aubépine, la passiflore ou la lavande ont des effets bien connus au niveau du système nerveux, elles permettent d’obtenir une aide bienvenue dès les premières prises. Cette action est un premier pas important, mais il faut être conscient qu’elle ne résout rien, elle ne permet pas de solutionner la cause du problème.

Poursuivons donc avec cet exemple du trouble du sommeil : comment peut-on en approcher la cause ?
Un trouble du sommeil présente en général un problème caché, plus en profondeur. Dans la nuit, notre inconscient passe facilement toutes les barrières défensives de notre psychisme : les angoisses – ou d’autres problèmes non résolus que nous masquons dans la journée – agitent alors notre mental et nous empêchent de dormir. Les fleurs de Bach permettent d’aider à rééquilibrer ces troubles émotionnels qui sont la cause de l’insomnie en agissant en profondeur.

Quel est le principe d’action de ces fameuses fleurs de Bach ?
Le Docteur Bach était médecin homéopathe du début du vingtième siècle. Il a cherché des remèdes qui aillent plus loin que la simple disparition des symptômes : nous avons évoqué l’insomnie, mais derrière toute maladie se cachent souvent des problèmes émotionnels ou mentaux tels que ceux que nous venons d’évoquer : la peur, l’angoisse, l’incertitude, le manque de confiance, etc… Ces remèdes se devaient d’agir directement à ce niveau. Ce fut pour le Docteur Bach le travail de toute une vie, qui lui fit découvrir les trente-huit fleurs qui correspondent toutes à autant d’états émotionnels précis. Aujourd’hui, après soixante-dix ans d’expérience, ces élixirs floraux sont utilisés partout dans le monde, avec des résultats étonnants, y compris sur les enfants. Et sur les animaux ? Aussi !

Tu parles de résultats étonnants : c’est une formule que l’on retrouve systématiquement lorsqu’un thérapeute alternatif vante les mérites de ses remèdes… Sans vouloir réduire le débat à la simple exigence de « la preuve », que dirais-tu pour aider à la compréhension de ces résultats ?
L’eau a la capacité de capter l’empreinte de la fleur ou de la plante dynamisée sous l’action des rayons solaires, de mémoriser l’énergie vitale et les vibrations du lieu et du moment, le matin en l’occurrence. Après absorption d’un élixir, cette empreinte chemine en nous, jusqu’au nœud émotionnel. Elle nous met alors en contact avec un état émotionnel positif permettant de débloquer la situation qui pose question et d’aller vers un processus de guérison réel.

Qu’en disent les utilisateurs ?
Ils ont à leur disposition un remède qui s’occupe de leurs vrais problèmes et qui ne se contente pas de s’attaquer à leurs symptômes, sans les effets secondaires observés avec les médications classiques.

Ces remèdes sont-ils acceptés par le corps médical ?
Ils répondent à une demande accrue des thérapeutes, en tout cas de ceux qui ont une vision holistique et pour qui les méthodes classiques ne constituent pas une réponse suffisante. Mais c’est surtout grâce à des résultats encourageants que des médecins les prescrivent : ironie du sort, on retrouve maintenant les fleurs de Bach dans les pharmacies, à côté des médicaments les plus connus !

On peut être surpris qu’une partie du corps médical les prescrive, alors qu’il nous a plutôt habitués à utiliser des médications qui relèvent d’une démarche scientifique…
La médecine pratiquée ces cinquante dernières années s’est malheureusement éloignée d’une connaissance qu’avaient nos ancêtres : celle qui consistait à utiliser les plantes et leurs vertus avec une approche très large et globale de l’homme. Depuis des milliers d’années et dans toutes les civilisations, on retrouve pourtant cette vision : la bonne santé dépend d’une harmonie entre le corps, l’âme (le psychisme) et le mental. La maladie est un dysfonctionnement entre ces trois niveaux. Les cultures tibétaines, chamaniques ou druidiques ont toutes cherché à agir par le subtil, et certains médecins le comprennent aujourd’hui : en visant « en haut », on observe un mieux être au niveau du symptôme, « en bas ». Le contraire n’est pas vrai.

Comment ces cultures mettaient-elles en œuvre ces grands principes d’action « par le subtil » ?
Elles ne considéraient pas la plante comme un ensemble de principes moléculaires, mais une entité vivante donnée par le ciel. Les druides avaient l’habitude de ramasser le matin pour exposer la cueillette à la rosée et au soleil levant, pour capturer les énergies du lieu et du moment. Il est clair que les élixirs floraux ne sont pas étrangers à cette vision. Pour bien faire comprendre que ce principe d’énergie subtile n’est pas étranger à notre civilisation, j’oserai volontiers un autre rapprochement, qui, je l’espère, ne heurtera personne : l’eau bénite, utilisée pour guérir les malades ou afin d’accompagner les mourants, est un exemple typique de mémorisation ! Elle est exposée dans un bassin la nuit de Pâques et livrée à la lumière christique pendant que le prêtre chante « lumen Christi ». On retrouve dans cet exemple l’importance du lieu, de la lumière et de l’instant.

Tu m’as parlé ce matin d’une démarche encore plus surprenante que les élixirs floraux du Docteur Bach, la spagyrie…
La spagyrie est une branche de l’alchimie qui ne s’occupe que des plantes. On y retrouve toujours le même principe de globalité de l’homme avec le physique, le psychisme et le mental. Un élixir spagyrique est une préparation qui respecte ces trois niveaux : dans un premier temps, la plante meurt, puis se décompose afin de libérer des éléments qui correspondent à ces trois instances. Une distillation permet de les séparer, puis ils sont purifiés et réunis en un même remède. C’est le processus que tu as observé avec moi ce matin au labo. Jung utilisait cet exemple pour expliquer le processus « d’individuation » : il expliquait que la dépression correspond à une métamorphose de l’âme nécessaire pour renaître dans une dimension nouvelle.

Ouaaahhh ! Ça va fumer dans la cafetière, chez nos lecteurs… Mais puisqu’on est dans les références, allons jusqu’au bout : évoquer Jung et la psychanalyse est une piste aujourd’hui recevable par tous. Il ne semble pas qu’il n’en soit pas ainsi pour l’alchimie, perçue par beaucoup comme étant un peu farfelue…
C’est dû à la petite histoire communément relatée qui évoquait le changement de l’or en plomb. Il s’agissait clairement d’utiliser un langage pour initiés, imagé, caché, à l’abri de la compréhension du peuple profane. C’est en fait une métaphore qui évoque la transformation possible de ce qu’il y a de brut en nous en quelque chose de plus noble. C’est là une pensée subtile, que les alchimistes se sont même permis d’utiliser pour narguer les rois en essayant de leur vendre une formule qui n’était pas à prendre à la lettre !

Tu nous as décrit ces trois types d’action : par les molécules mêmes des plantes, par les élixirs floraux du Docteur Bach et par la spagyrie. Comment se retrouvent-ils dans tes produits ?
J’utilise pour mes élixirs d’Auvergne et des quatre saisons des plantes en macération, avec des fleurs de Bach et des élixirs spagyriques. Ils agissent sur les trois niveaux que nous avons décrits.

Les sphères vers lesquelles tu nous amènes sont tellement inhabituelles que l’on te suit avec passion, mais sans être sûrs que tout le monde puisse te croire, ou en tout cas être convaincu…
Je peux le comprendre… On est tellement endoctriné par la vision matérielle de la maladie qui serait causée par une simple molécule ou un micro-organisme venu de l’extérieur… Avec l’idée que l’on doit se guérir à nouveau par un apport extérieur, rassurant, mais qui ne remet rien en cause de nos habitudes… Cela conduit à une société où 50 % de la population prend au moins un médicament tous les jours, où le Prozac est devenu le troisième médicament du marché ! Une grande part de la population est dépendante. Aujourd’hui pourtant, la science se met elle-même en question : on a découvert très récemment qu’à peine 1 % de la masse totale de l’univers est identifiable à la matière visible que nous connaissons dans notre système solaire, y compris les planètes, les étoiles et les gaz. 40 % de la masse totale correspond à de la matière non visible que sont les trous noirs et autres phénomènes que nous sommes en train de découvrir peu à peu. Il reste 59 % qui ne sont pas explicables à l’heure actuelle ! La science les appelle « vide énergétique ». Ce qui veut dire que nos lois, découvertes depuis quatre siècles, ne sont applicables que pour 1 % de la matière de l’univers dont nous faisons partie ! Ceci laisse de la place pour expliquer des phénomènes existants comme les fleurs de Bach ou l’homéopathie. J’aimerais ajouter que nos ancêtres n’avaient pas le besoin de prouver pour savoir… et qu’il faut bien avoir à l’esprit que nous n’inventons rien : nous redécouvrons !

Les connaissances dont tu fais état te rendent particulièrement convaincant. Comment les as-tu acquises ?
Je suis à la recherche de réponses qui me satisfassent… Et chaque réponse est une nouvelle question ! La meilleure école pour moi étant toujours d’écouter la nature elle-même. Il faut réapprendre à lui prêter attention, à ouvrir les oreilles, le nez et les yeux. Elle recèle tous les secrets et souhaite nous aider, partager avec nous. Les anciens le savent très bien ! Mais mon intérêt pour le sujet ne date pas d’hier, je me rappelle m’être trouvé à douze ans devant un laboratoire du moyen âge et avoir reconnu là quelque chose qui m’était familier. Je m’étais alors dit : « ça, je l’ai déjà fait ! » Si les vies antérieures existent, cette expérience vécue en serait une bonne illustration… Quant à la fabrication des élixirs, elle a toujours été pour moi un plaisir personnel, depuis très longtemps : je mettais plus d’un an à faire un simple petit flacon…

Tu as certainement beaucoup lu, observé et écouté… Peux-tu nous indiquer un livre, un tableau et un disque qui t’aient particulièrement marqué ?
Mon rêve était que ma vie professionnelle coïncide avec ma vie personnelle. C’est aujourd’hui le cas, ce qui est une chance. Mais j’ai souvent le sentiment qu’il me manque un moment de rupture entre les deux… Les idées me viennent la nuit, je les réalise le jour… c’est épuisant ! Mes lectures sont donc liées à mon activité : je lis beaucoup de livres sur les druides celtiques, sur la culture tibétaine… Le dernier : Les secrets de la médecine tibétaine, de Tenzin Choedrack. Mais si je devais choisir ceux qui m’ont le plus marqué, je dirais L’alchimie de l’âme, de Carl Jung, ou Une nouvelle éthique, du même auteur. Le tableau serait de Kadinsky : une recherche très sincère d’une expression du subtil à travers les couleurs. Ses aquarelles, notamment. J’ai passé dix ans de ma vie à écouter du chant grégorien… Mais en fait, mes goûts sont assez larges. En ce moment, je redécouvre Dylan, Clapton…

JM