Les clés de l’alimentation anticancer et maladies inflammatoires, infectieuses, auto-immunes

Initialement publié en novembre 2017

Entretien : Docteur Jean-Christophe Charrié

Le titre de ce livre parle tout seul. Il nous concerne au niveau de notre métier, l’alimentation. Il nous concerne aussi par l’omniprésence d’une maladie qui touche désormais tout le monde, directement, indirectement ou en filigrane. Nous avons trouvé beaucoup d’intérêt à cet ouvrage très clair et pratique, véritablement destiné à être utile à tous. Nous vous le présentons en questionnant son principal auteur, que nous remercions pour sa disponibilité.

Docteur Charrié, on sent dans votre livre une grande volonté d’être compris par vos lecteurs.

Je ne suis pas dans une vision patriarcale de la médecine, mais plutôt dans un partenariat entre médecin et patient, car je considère qu’il s’agit d’un travail d’équipe. Il est toujours important que le patient comprenne la démarche que nous lui proposons. Ce livre a été écrit dans cette logique.

Votre approche s’appuie sur l’endobiogénie, pouvez-vous nous dire comment vous avez rencontré ce courant médical  ?

C’est arrivé par le hasard de la vie. Le point de départ fut un problème de santé personnel que j’ai eu lorsque j’étais en deuxième année de médecine. On m’a ouvert une porte, et j’ai eu la chance d’être suivi assez longtemps en endobiogénie. J’ai donc souhaité très tôt être formé à cette médecine, mais on a m’a fait savoir qu’il fallait pour cela que je finisse mes études et passe ma thèse. C’est ce que j’ai fait, avant de suivre cette formation, trois ans durant. Mais il faut bien comprendre que l’endobiogénie s’appuie sur toutes les bases des données scientifiques actuelles. Nous ne faisons qu’intégrer ce savoir, pour en faire notre lecture.

 

L’endobiogénie

Que peut-on dire de la logique de cette lecture ?

Nous cherchons à comprendre les raisons qui font qu’un organisme dérape et va vers un niveau de déséquilibre qui est l’expression d’une maladie. En endobiogénie, on fait un zoom arrière, pour essayer de trouver le point d’échappement, et on va tout faire pour redonner une dynamique à l’organisme, afin qu’il s’éloigne de la problématique qui l’a amené à la maladie*.

*Le Docteur Charrié a donné une conférence TED à la Rochelle en 2013 pour présenter l’endobiogénie, vous la trouverez facilement sur Internet.

Vous vous intéressez donc autant à la personne et à son histoire qu’à sa maladie ?

C’est une médecine de l’individu qui est face à nous, qui n’est pas dans une logique de fonctionnement statistique. La médecine qui est officiellement enseignée est très statisticienne, trop. Ceux qui sont aux extrémités de ces courbes sont les sacrifiés de ce système, et ils ne trouvent pas leur réponse, les traitements qu’on leur propose n’étant pas toujours vécus comme étant bénéfiques. Nous sommes d’autant plus sensibles à ces cas particuliers que pour nous, il n’y a pas de maladies orphelines, car toutes les maladies sont en quelque sorte orphelines. Chaque patient est dans une fonctionnalité qui lui est propre, en fonction de sa structure, de sa génétique, de sa culture, des accidents de sa vie ou des choix qu’il a pu faire, bref, tout ce qui fait son épigénétique.

Il arrive parfois que des médecines alternatives raisonnent et agissent avec des schémas différents de la médecine conventionnelle. La médecine que vous pratiquez est dite intégrative, elle ne rejette rien du savoir officiel.

Nous sommes médecins avant tout, et ne formons que des médecins et pharmaciens. Nous sommes à la fois dans l’intégration de la science, et dans l’intégration de la tradition dans cette science. La plante, entre autres, est un outil, mais n’est qu’un outil parmi d’autres.

Vous accordez une place importante au système endocrinien, soit, pour nos lecteurs, tout ce qui concerne la production d’hormones. Que pouvez-vous nous en dire ?

C’est effectivement un des fondements de l’endobiogénie. Pour simplifier, nous considérons que lorsqu’il n’y a pas de maitre d’œuvre de ce grand chantier en permanente restauration qu’est l’organisme, c’est la panique à bord. On peut alors aller vers le cancer, des maladies dégénératives, entres autres déséquilibres ou maladies. Et pour nous, le grand coordinateur de ce chantier, c’est le système endocrinien, qui nous suit depuis notre toute première division cellulaire. Il est secondé par le système nerveux végétatif, qui se met en route à peine plus tard (7ème semaine de vie) au début de notre existence.

La médecine officielle ne reconnait pas ce rôle primordial du système endocrinien ?

Elle ne lui donne pas la même importance. Elle n’a qu’une vision par axes, et néglige la communication entre ces axes. Tout est décrit en médecine, mais les liens ne sont pas établis. Quand on a compris ces liens, qui sont subtils, on comprend également que l’on ne peut agir avec de grosses molécules – les médicaments – qu’en des cas extrêmes, lorsqu’on ne peut pas faire autrement, parce que la situation ne nous laisse pas de temps. Ce qu’il est préférable de faire, la plupart du temps, c’est d’aller chercher des outils qui sont physiologiques, et c’est pour cela que la plante médicinale s’est imposée à nous.

Quelle vision avez-vous d’autres médecines que celle qui est majoritairement pratiquée en France, qu’elles soient ayurvédique ou chinoise, par exemple ?

Je ne vais pas m’inventer une autre culture que celle que j’ai, ma vision de la médecine est occidentale ; j’ai été formé dans ce monde-là. Mais je ne suis pas fermé à la médecine chinoise, pas plus qu’à d’autres, bien que je n’aie pas de compétence particulière pour les évaluer. Il m’arrive d’échanger avec des acupuncteurs et de trouver des points de convergence sur des cas précis, ce qui est normal : lorsqu’on est dans une certaine vérité, les choses se recoupent.

Ce livre est partagé entre l’exposé de vos connaissances sur l’alimentation et les recettes de Maryse Souffland-Groussard, une de vos patientes, qui les applique. En prenant connaissance de l’histoire de Maryse, dès les premières pages, on peut s’attendre à ce que la nécessité de soins puissants soit remise en cause.

L’histoire de Maryse est singulière, c’est la sienne. Elle ne pouvait être opérée de son cancer du sein, car elle est sujette aux chocs opératoires, elle a failli en mourir deux fois. C’est ce qui l’a motivée, elle, à être stricte sur son traitement. Mais il est hors de question de laisser entendre que l’alimentation soigne le cancer. Elle aide à lutter contre. Maryse est toujours suivie par son oncologue. Il se trouve qu’elle vit excellement bien, six ans après qu’elle ait été diagnostiquée, alors qu’on ne lui avait donné que quelques mois de survie. Mais ce qu’il faut retenir, c’est que beaucoup des patients qui sont dans le même cas que Maryse sont un peu perdus lorsque je leur donne des consignes alimentaires, car la mise en pratique est difficile. Maryse étant une bonne cuisinière et aimant recevoir chez elle, a cherché et travaillé pour que cette alimentation soit facile et plaisante. Il s’agit bien d’une cuisine du quotidien.

Avant que nous évoquions quelques grandes lignes de votre savoir concernant l’accompagnement du cancer, pouvez-vous nous dire comment vous l’avez acquis ?

Nous avons le recul de trois médecins endébiomologistes qui ont travaillé à la clinique oncologique de Boucicaut, et qui ont compris comment on pouvait aider les patients dans ces pathologies. Pour ma part, je suis médecin généraliste, mais il se trouve que j’ai commencé en suivant beaucoup de femmes qui ont été opérées du sein, dès mon installation en 1999. Un chirurgien avec qui j’avais beaucoup échangé me chargeait de gérer les inconforts que subissaient ses patientes suite à la chirurgie et aux traitements. Je ne suis pas oncologue, je ne traite pas le cancer. Je traite des patients qui ont un cancer, et les accompagne dans leur maladie. Mes confrères oncologues constatent que mes patients n’ont pas l’air malades. Ils ont donc moins à lutter contre cette fatigue qui accompagne les traitements, et peuvent plus facilement aller au bout de leur chimiothérapie, par exemple, sachant que beaucoup doivent être interrompues trop tôt parce que l’organisme ne les supporte pas. Mais j’ai aussi beaucoup de patients atteints de maladie auto-immunes, inflammatoires ou chroniques, et beaucoup de bien portants qui souhaitent le rester.

A qui s’adresse ce livre, sachant que plusieurs de vos propositions alimentaires sont tout de même assez drastiques : aux patients atteints de cancer, à ceux qui ont une probabilité supérieure d’y être confrontés, par leur génétique ou leur histoire, ou à tout un chacun ?

La question s’est imposée au moment où nous avons commencé à le rédiger : comment faire savoir à quel niveau on doit être strict, à quel niveau on peut l’être moins ? Il est très difficile, lorsqu’on pratique une médecine de l’individu, de parler pour le plus grand nombre. Nous avons donc inséré dans le livre des schémas et des tableaux qui répondent à ces questions, pour donner des consignes aussi bien à ceux qui ne sont pas dans le problème aigu qu’à ceux qui en souffrent.

Les grandes lignes de l’alimentation anti-cancer

Beaucoup de vos consignes semblent très proches d’idées qui ont été formulées dans nos milieux, notamment concernant le blé, le lait, ou par une approche globale qui a des points communs avec le régime méditerranéen. Partagez-vous ce point de vue ?

Ce qui est sûr, c’est que ce que nous proposons est très loin des consignes qu’on donne à l’hôpital et de la logique “glucides, lipides, protides et calories“, dont il faut sortir. Quand on reste focalisé sur cette logique, on ne va pas dans le sens de l’aliment. Mais pour répondre à votre question, à partir du moment où vous donnez du sens à l’aliment, il y a fort heureusement des logiques qui se recoupent, mais dont nous n’avons pas toujours la même lecture. Le lait, par exemple, est pro-inflammatoire, mais il est aussi très difficile à digérer pour le pancréas. Or le pancréas est la glande majeure de la digestion, et il stimule principalement le système nerveux parasympathique. S’il est trop sollicité, on favorise l’état congestif dans l’organisme, qui mène à l’inflammation. Et le cancer est une maladie inflammatoire particulière. Mais le lait ne doit pas pour autant être considéré comme bon ou mauvais, c’est sa surconsommation qui pose problème. Une surconsommation qui s’est imposée essentiellement pour des raisons politiques.

Dès le début du livre, vous insistez longuement et très clairement sur le rôle néfaste du sucre. Petite précaution, si vous le permettez : vous ne parlez jamais d’absorption de saccharose, mais de glucose. Afin d’éviter tout malentendu, pouvez-vous nous confirmer que cela regroupe la même idée pour vous ?

Oui, parce que c’est le glucose qui entraine la réactivité insulinique, qui me préoccupe en tant que médecin. On peut effectivement considérer glucose et saccharose comme étant quasi synonymes.

Pouvez-vous nous expliquer en quoi le sucre est néfaste en cas de cancer ?

Une cellule cancéreuse consomme son poids en sucre toutes les deux ou trois heures. Cette cellule est donc très fortement demandeuse de ce sucre-là. Un examen confirme cela, lorsqu’on suspecte la présence d’un cancer : on injecte du sucre radioactif dans le sang, et en quelques minutes, on peut voir au scanner le sucre se concentrer autour des zones en hyperactivité métabolique, la plus forte concentration se trouvant sur les cellules cancéreuses. Eviter le sucre ajouté, c’est donc éviter d’aller nourrir les cellules qui ont le plus d’activité, celles qui sont cancéreuses.

Pourquoi ce principe très clair n’est-il pas repris par la médecine officielle ?

C’est le problème des choses simples…

Surprise pour nous, distributeurs de sucre de coco, très préconisé en ce moment : vous ne le conseillez pas…

Dans l’état de nos connaissances, nous préférons nous abstenir. Votre métier de distributeur est d’ailleurs important, car vous êtes garants d’une qualité, sur le sirop d’agave notamment. Ce sucre est intéressant, mais il est parfois coupé avec du sirop de canne*. Notons que le sucre présent dans les fruits, lui, ne pose pas de problème. D’une part parce qu’il s’agit de fructose, mais aussi parce qu’il est ingéré avec les fibres des fruits, qui ralentissent son assimilation.

* Une liste de quelques marques de qualité est donnée dans le livre. Que nos clients se rassurent : le sirop d’agave que nous proposons à la marque Markal est prélevé aux mêmes sources que les marques citées.

Que dire des jus de fruits ou légumes ?

Je suis plutôt favorable au jus frais de type “smoothies“, et pas trop à ceux qui proviennent d’extracteurs de jus, justement parce qu’ils sont privés de fibres, qui ont un rôle tampon. D’autant que ces jus concentrent les nutriments de manière trop importante, allant parfois jusqu’à des doses pharmacologiques, sur la carotte par exemple.

Vous invitez vos patients à se méfier du blé ; comme pour le lait, nous sommes dans un discours qui est déjà argumenté.

Je ne suis pas forcément opposé au gluten en tant que tel, qui est un coupable trop facilement désigné, pas plus qu’aux farines de blé broyé à la meule de pierre*. Ce sont surtout les farines modernes qui me posent problème, celles obtenues par broyage avec des cylindres. Ces cylindres arrivent à casser la membrane nucléaire du noyau cellulaire du blé, et à libérer les protéines mutagènes que l’on trouve dans ce noyau. Ce sont ces substances qui permettent au blé de s’adapter à quasiment tous les climats, de faire de beaux pains bien levés et de beaux croissants bien appétissants. Mais ingérées par l’homme, ces substances sont responsables de ballonnements, d’inflammations. Or ce sont les inflammations qui nourrissent les cellules cancéreuses, par l’oxygène qu’elles génèrent autour d’elles.

* Certains magasins Satoriz proposent des farines de producteur dont le blé est moulu à la meule de pierre. Chez les industriels, Celnat propose les farine de blé T150 et les farines de blé anciens T150 avec cette mouture. La gamme devrait s’élargir dans les mois à venir.

Dans la même catégorie d’aliments pro-inflammatoires, vous conseillez d’éviter les viandes d’animaux à quatre pattes…

J’utilise cette définition, car elle est plus claire pour tous. Je me suis en effet aperçu que le vocable “viande rouge“ est l’objet de confusion. Certains croient bien faire en continuant de consommer du veau ou du porc, ce qui n’est pas favorable. Les viandes d’animaux à quatre pattes sont effectivement proches de nos propres structures, elles sont faciles à digérer et pro-inflammatoires, notamment lorsqu’elles sont cuites. Elles sont également plus marquées par les conditions d’élevage de la bête, et peuvent concentrer les perturbateurs endocriniens. J’invite donc mes patients à consommer bio, de manière plus insistante encore lorsqu’il s’agit d’aliments dérivés d’animaux.

 

Quelques aliments qui posent problème

Vous montrez du doigt certains aliments qui ont une action stimulante sur les hormones, permettez qu’on vous questionne sur certains, en commençant par le soja.

Le soja est un bon aliment. Il apporte des petits œstrogènes, qui protègent du cancer, de manière préventive. Mais à cause de la présence de ces œstrogènes, il est préférable de ne pas en consommer lorsque le cancer est déclaré.

Même réserve à propos de l’ail, un aliment pourtant souvent présenté comme étant miracle…

L’ail est une panacée, une plante extraordinaire que je conseille énormément. Mais l’ail stimule la thyroïde ; or, la thyroïde amène de l’énergie aux gonades, afin de construire des tissus. Je déconseille donc l’ail aux personnes atteintes de cancer.

Le thé vert, qui a pourtant si bonne presse grâce à ses antioxydants, ne semble pas trouver grâce à vos yeux…

Son potentiel anti-radicalaire est incontestable, mais l’exemple est typique de la démarche qui consiste à résumer un aliment à une de ses propriétés, sans en voir l’ensemble. Le thé vert n’est pas fermenté, et présente une toxicité pour le foie. Cette toxicité est compensée par ses anti radicaux libres, on a donc un effet neutre. Le bénéfice antiradicalaire du thé vert n’est donc pas celui qui est attendu. Et comme le thé – ainsi que le café – stimulent indirectement la thyroïde et induisent une dynamique de construction des tissus, il est préférable de les éviter en cas de cancer. En fait, Il faut sortir de la vision purement phytochimique d’un aliment, qui semble induire des propriétés qui ne sont pas avérées. C’est une vision réductrice de l’aliment, qu’il faut au contraire essayer de voir dans son ensemble, avec ses propres synergies.

Même raisonnement pour le gingembre ?

Tout à fait. Les oncologues le conseillent en cas de chimiothérapie parce qu’il permet de réduire les nausées, ce qui est vrai. Mais c’est un stimulant des gonades, et par là-même il contribue lui aussi à la relance de la construction cellulaire. Il ne faut donc pas en consommer en cas de cancer. Il est vraiment nécessaire d’évaluer la plante globalement, dans une approche que nous appelons la phytothérapie clinique. Pour ceux que cette vision intéresse, nous avons publié un ouvrage collectif cet été, Plantes Médicinales, Phytothérapie clinique intégrative et médecine endobiogénique*, qui présente les plantes en intégrant toutes les données disponibles, de la tradition à la science.

* Chez Lavoisier Tec&Doc. Il s’agit là d’un ouvrage professionnel, écrit collectivement par huit auteurs. Tous les droits d’auteurs sont reversés à l’association SIMEPI (Société Internationale de Médecine Endobiogénique et de Physiologie Intégrative)

Le vinaigre de cidre ?

En cas de cancer, je le déconseille deux fois sur trois, en fonction de données cliniques et biologiques qu’il est difficile de généraliser. Même chose pour le jus de citron.

Dernier aliment sur lequel nous vous questionnerons, la grenade ?

La grenade est très bienvenue dans la problématique du cancer de la prostate, car nous sommes là dans un conflit androgènes/œstrogènes. Pour les autres types de cancer, c’est un fruit que je ne conseille pas, malgré ses flavonoïdes et ses anthocyanes.

Conclusions

Intéressant pour le lecteur inquiet, la conclusion de Maryse, qui fait savoir que même s’il elle était guérie, elle ne reviendrait pas à son mode d’alimentation antérieur. Ce que vous proposez ne relève donc pas de la punition !

Oui, cette remarque vaut aussi pour la famille de Maryse, qui mange comme elle maintenant. Tous sentent qu’il y a une vraie différence. Ce livre s’appelle Les clés de l’alimentation anti-cancer, un titre qui n’inclut pas le mot “régime“, car ce n’en est pas un. La maladie n’est pas une punition, et ce qu’on doit faire pour en sortir ne doit pas être vécu comme une sanction. Il faut certes changer d’alimentation, mais à part en phase aigüe de la maladie, on peut accepter une invitation ou s’autoriser quelques écarts, se lâcher un peu, quitte à faire le bilan le lendemain. Il ne faut pas s’enfermer dans un monastère alimentaire.

Vous nous avez fait part d’un aspect de cette médecine, qui est dite intégrative et s’enrichit de toutes les sources traditionnelles ou médicales disponibles. Avez-vous l’impression que la médecine officielle devient elle aussi intégrative ?

Je suis plutôt pessimiste, malgré quelques effets d’annonce comme “Les antibiotiques, c’est pas automatique“. D’accord pour le slogan, mais qu’est-ce que propose la médecine officielle à la place ? Rien. Attendre. Alors qu’il y a beaucoup de choses à faire. Et ce n’est pas avec des rendez-vous médicaux de dix minutes qu’on y arrivera. En médecine, l’Occident a vécu une révolution à la chinoise : on est allé vite, mais on a brûlé nos vieux savoirs. Une génération a sauté. Concernant la phytothérapie notamment, la médecine a oublié un outil thérapeutique, sous prétexte qu’il est obsolète. Les huiles essentielles, par exemple, sont un outil extrêmement puissant, mais les médecins ne sont pas formés à l’utiliser. Du coup, leur usage se répand par d’autres voies, parfois avec maitrise, mais souvent sans.

En matière de cancer, comment voyez-vous l’avenir ? Etes-vous de ceux qui emploient le mot espoir ?

Tant qu’on sera dans une société hyper-polluée, hyper stressante, hyper inflamatogène, l’avenir ne m’apparait pas très favorable. Au-delà du médecin, au-delà du patient, on est dans un problème de société. Il est urgent que la société se prenne en main et fasse changer les choses. Les grandes guérisons médicales ne sont pas forcément liées à la médecine. C’est l’invention des poubelles, par exemple, qui a fait qu’on a éliminé beaucoup d’épidémies dans les grandes villes. La difficulté aujourd’hui, c’est qu’il y a beaucoup de polluants qu’on ne voit pas, qu’on ne sent pas mais qui sont autour de nous en permanence. Le cancer est une maladie environnementale avant tout. C’est pour cela que les choses sont complexes, et qu’il ne suffit pas d’avoir une bonne hygiène de vie pour ne pas être malade. Mais j’utilise quand même le mot espoir, parce que beaucoup de jeunes ont aujourd’hui une sensibilité sur ce sujet que l’on n’avait pas quand on avait leur âge. C’est une évolution favorable. Il reste aux politiques à faire les bons choix. Nos enfants leur demanderont des comptes.

JM