Les animations en magasin – Entretien : Une Farandole

Initialement publié en avril 2000

??????????Pascal et Nounours sont les deux principaux acteurs “d’une farandole“. Ils parlent d’habitude de deux voix bien distinctes, qui ne feront qu’une lors de cet entretien.

Votre métier, c’est quoi ?
Est-ce vraiment un métier ? Preneur de joie, donneur de joie… Un métier, c’est dur… Parfois, on dit “notre boulot“. Mais les gens, eux, ne nous parle pas de “notre boulot“. C’est à peine s’ils s’imaginent qu’on travaille ! Il est vrai que nous n’avons pas franchement l’impression de travailler non plus… On se déplace dans la vie : un coup le jardin, un coup le pain, un coup le pain des autres… Mais pour revenir à ta question, ç’aurait été plus facile si tu nous avais demandé : “Une Farandole, c’est quoi ? “.

Désolé, les gars… Une Farandole, c’est quoi ?
C’est 15 potes de la haute vallée de l’Arve (Haute Savoie)… L’idée de l’association, c’est “Vers un partage rural”. Se rassembler autour des mots… une idée…

Qu’est-ce que vous apportez ?
L’émotion d’un geste. Le côté “autosuffisance“. Faites- le vous même !
En fait, on a commencé avec l’idée de loisir. Si ça n’avait pas été le cas, on n’aurait pas commencé… La première fois qu’on a vu couler le jus de pomme, on a vraiment été surpris… C’était magique ! Et on a tout de suite voulu apporter cette magie aux autres : si seulement on peut arriver à retrouver dans leurs yeux le plaisir que nous avons éprouvé… c’est presque égoïste, comme démarche.

Et qu’est-ce que vous en retirez ?
On s’enrichit, on change même… Avant, on se disait : jamais je n’habiterai en ville. Maintenant, on sait qu’il y a des gens très bien en ville ! Pareil avec les cravates.. Tu peux trouver un type très bien derrière une cravate !

Vous travaillez pas mal avec les écoles. Comment voyez-vous nos enfants ?
Pressés, impatients, demandeurs… speed ! Ils ont une vie plus tonique que la notre à leur âge. Le travail avec le pain se passe dans la lenteur : il faut pétrir longtemps, attendre que ça lève, que ça cuise… Et eux, du matin jusqu’au soir, ils nous disent “mais qu’est-ce qu’on va faire ?“ Les instituteurs aussi nous disent ça…

Des anecdotes ?
Beaucoup, mais on ne veut pas tomber dans le cliché… Et il n’y a pas que des choses savoureuses. On voit beaucoup de détresse aussi. Quelque chose qui est frappant, c’est que souvent, ils ont faim le matin… Manque de temps ou d’attention des parents ? On est obligé de commencer par le casse- croûte, sans quoi ils n’arrivent pas à se concentrer… On a vu aussi un gamin venir le matin vers nous, très déterminé, et nous serrer la main. Il n’était pas très à l’aise dans sa scolarité et il voulait montrer que là, ça allait être “sa“ journée . “Faites- moi faire autre chose, je peux être bon, ils vont le voir!“

Vous avez des échos de votre travail, après une journée d’animation ?
On ne le cherche pas. On se plaît à imaginer ce qu’il leur reste… Ce que nous voyons, ce sont quelques bribes : l’enfant qui part avec le pain bien collé contre lui, qui lui tient chaud… Ou celui-ci qui refuse que sa maman le porte, parce-que c’est vraiment lui qui l’a fait. Ce qu’ils ressentent est intime.

Et avec Satoriz ?
C’est parti avec Georges (Le P.D.G.). On débutait, on cherchait des partenaires… En un clin d’œil, il nous a dit oui ! On pensait qu’on n’allait pas se marrer…

Pourquoi être allé voir du côté du bio ?
L’éducation à l’environnement, c’est dans nos statuts. Et puis à labeur noble, produits nobles. C’est lié.

Avez-vous ressenti un décalage, face aux clients ?
Oui, et on ne s’y attendait pas. Avec les enfants, dans les écoles, c’est de la pédagogie. Avec les adultes, c’est plus l’occasion de sortir de chez nous, la rencontre, un échange de savoir. C’est plus technique aussi, on rencontre parfois des gens qui font leur pain, ou des anciens qui le faisaient. Parfois, il y a des gens qui passent à côté de nous sans même nous voir, comme si à chaque coin de rue il y avait des gens qui cuisent le pain sur le trottoir… Ou au contraire, d’autres restent scotchés à nous regarder, presque hébétés… Que se passe-t-il dans leur tête ? Un souvenir qui remonte brutalement, de la surprise, de l’intérêt ? On n’a pas forcément de contacts dans ces cas-là, mais il se passe quelque chose. En tout cas, l’idée de faire ce qu’on fait à proximité d’un magasin d’alimentation est un plus. Ce qu’ils achètent tous les jours, ils peuvent le faire avec nous !

Avec le jus de pomme, c’est pareil ?
Le contact avec nos “outils“ fait qu’ ils peuvent participer, même quelques secondes : râper, presser… Il y a un record de la râpe des pommes à battre : quatre caisses en moins d’une demi-heure. Il a été battu par Tintin à plusieurs reprises. Tintin a été vice-champion de France de course à pied sur 100 km et prenait notre histoire très au sérieux… Le record appartient maintenant à Christian Raymond, champion de ski de fond et explorateur polaire. François, l’ancien bûcheron de Sato, était bien parti pour le battre, mais il a craqué au milieu. C’est un bon petit délire, qui met de l’ambiance…

Pour la première fois chez Satoriz, les clients peuvent s’inscrire à l’avance pour passer une demi-journée avec vous. Qu’en attendez-vous ?
Que ce ne soit pas perçu comme un stage, mais comme une rencontre amicale autour du pain. Et au mois d’octobre, nous mettrons notre matériel à disposition pour que ceux qui le veulent puissent presser leur pommes.

Même (et surtout !) avec “Une Farandole“, pas d’entorse à la tradition : pouvez-vous nous citer un tableau, un livre et un disque qui vous aient marqués ?

Pascal : -“Élio“ de Jean-Claude.
-“Les enfants de la terre“ de Jean M. Auel.
-“Babylon by bus“ de Bob Marley.
Nounours : – le tableau serait paisible, lumineux et délirant. Pourquoi pas la fresque de Combaz à Saint-Martin-d’Hères ?
– Un disque : calme, rythmé et mal rayé !
– Le livre : écrit en gros, avec de belles images…

JM