L’Encyclopédie historique de la naturopathie

Initialement publié en janvier 2008

encyclopedie-naturoSoient les différences de perception qu’on peut avoir concernant la santé telle qu’elle est officiellement présentée, ou telle qu’elle est vécue par un nombre grandissant de personnes qui ne s’y retrouvent pas : avec d’un côté le recours exclusif à une médecine qui brille par ses prouesses mais peine à sortir de ses visions directives et mécanistes, et de l’autre des individus qui conçoivent avant tout la santé comme relevant majoritairement d’un principe de responsabilité et de prise en charge personnelle. Prise en charge qui s’accompagne de techniques éprouvées : celles que regroupe la naturopathie, dont le but est de permettre à l’organisme de s’autorégénérer. Le réglage alimentaire en constitue le socle.

La naturopathie ne remet nullement en cause les acquis de la médecine, notamment lors de situations aiguës ou d’urgence, pas plus que la technicité de ses actes chirurgicaux ni l’acuité de ses moyens d’investigation. Mais elle s’écarte de la vision de la santé propre à cette même médecine notamment face à la maladie, trop souvent « combattue », sans que tout soit mis en œuvre pour en comprendre les causes. Soit une somme de traitements symptomatiques qui excluent la compréhension profonde de la vie et de ses équilibres, et qui cautionnent par le recours à la médication trop fréquente un système de soins extrêmement coûteux dont la médecine dépend, et dont on nous rend dépendant. La notion de santé se résume alors souvent à la lutte conte la maladie, la prévention aux vaccinations et au dépistage.

604 pages
Prix de lancement 45 euros
jusqu’au 29 février

Notre propos ne sera pas d’opposer plus en détail deux visions qui devraient
se compléter. Il s’agira plutôt, après ce bref rappel de la problématique, de s’arrêter quelques instants sur l’importance d’une pratique à l’occasion de la parution de « L’encyclopédie historique de la naturopathie ». Car jamais, à notre connaissance, les fondements culturels et historiques de la médecine naturelle n’avaient été aussi précisément relatés. Souvent décrite comme étant marginale, la naturopathie en tire une légitimité qui ne lui est pas toujours reconnue. Son avenir n’en sera que meilleur.

La naturopathie dont il est question ici n’est pas présentée comme une médecine douce parmi d’autres. Elle les précède… Elle n’a pas pour vocation première de soigner, mais d’établir un équilibre qui permet la santé, ou qui permet de la rétablir. En cela, elle ne se préoccupe a priori pas de maladie, qui reste de la compétence du médecin. Certains esprits précis noteront alors que la notion de « pathos », incluse dans l’idée de naturo « pathie », vient allégrement contredire cette définition… Il nous semble donc intéressant, afin de mieux comprendre l’essence de la pratique, de commencer par évoquer la signification du mot naturopathie en s’appuyant sur quelques informations données dans l’encyclopédie.

Si le préfixe « naturo » ne pose pas de problème de compréhension, le suffixe « pathie » peut être entendu de différentes manières. Certains naturopathes, comme Pierre- Valentin Marchesseau, l’expliquaient en ayant recours à la signification première du mot « pathos », qui inclut l’idée de « ressenti » avant celui de souffrance, de maladie… La naturopathie est alors « ce que l’on ressent, perçoit, vit, conçu par la voie naturelle ». Autre piste : le « path » de naturopathie ne serait pas une référence au « pathos » grec, mais au « path » anglais, qui signifie « chemin ». Une acception que nous avait confirmée André Passebecq dans ces mêmes pages, il y a quelques années. La naturopathie est alors « le chemin qui mène à la santé ». Une bien belle image. Mais autant de perceptions d’un même mot ne méritent d’être décrites que parce qu’elles sont révélatrices de la prudence que la naturopathie s’impose. En refusant de revendiquer officiellement le « pathos » qui évoque la maladie, elle délimite ses compétences, ne serait-ce qu’aux yeux de la loi, puisque le diagnostic ne fait pas partie de ses attributions, pas plus que la responsabilité de la guérison, qu’elle ne peut officiellement qu’accompagner.

Et pourtant… C’est bien un médecin, le premier d’entre eux, qui a posé les bases de ce qu’est la naturopathie d’aujourd’hui. Et pas uniquement avec le désormais célèbre « que l’alimentation soit ton principal remède ». Hippocrate n’a-t-il pas dicté un nombre considérable de préceptes qui devraient rester la base de toute médecine? Daniel Kieffer, l’auteur de l’encyclopédie, nous en rappelle quelques-uns: « En toute chose, suis la nature ». « À tout malade, un régime tu donneras » – « Pour être un bon médecin, cherche la cause du mal et traite-le; pour être un meilleur médecin, cherche la cause de la cause, et traite-la. Mais pour être un authentique thérapeute, cherche la cause de la cause de la cause, et traite-la » – « L’essence de toutes nos maladies est une imperfection de nos humeurs; les maladies se guérissent par une évacuation spontanée ou provoquée ». Entre autres… Autant de citations qui contribuent à positionner la naturopathie dans une filiation évidente : celle d’une prolongation des principes hippocratiques et de ce que pourraient être les bases de la médecine occidentale si elle n’avait trahi ses origines en succombant au dogme de l’agression microbienne, popularisée par le célèbre Pasteur. Lequel n’était pas médecin, il n’est pas inutile de le rappeler.

On ne résumera pas pour autant la naturopathie à cet héritage hippocratique, ni son existence à la seule nécessité de s’opposer à la direction qu’à prise la médecine après les très discutables travaux de Pasteur. Car le panorama des courants qui ont contribué à son émergence est incroyablement riche, l’encyclopédie de Kieffer est là pour nous le rappeler ; de par les médecines qui se sont développées partout ailleurs qu’en occident, d’une part, et dont les apports ne peuvent être négligés : médecines chinoise et ayurvédique, entre autres. Mais surtout par de très nombreuses contributions occidentales que sont le vitalisme, l’hygiénisme, l’homéopathie, la phytothérapie, la bioénergie et toutes les thérapies qui mettent en avant le rôle du psychisme. Une somme d’influences qui constituent des fondements beaucoup plus profonds que la simple réaction au « microbisme » pasteurien.

Toutes les personnalités qui ont contribué par leurs recherches et leur pratique à ce qu’est la naturopathie sont ici regroupées en une étonnante galerie de près de deux cents portraits où aucun nom ne manque. On trouvera des informations sur la vie de thérapeutes familiers mais dont chacun ne sait que peu de chose : Bach, Budwig, Carton, Coué, Kousmine, Mességué, Roux, Valnet pour les plus connus, mais aussi De Bardo, Bates, Breuss, Dextreit, Geffroy, Knap, Oshawa, Pauling, Signalet, Shelton, Steiner, Treben, Vincent, Vogel, dont les noms reviennent si souvent dans nos conversations. On constatera à l’occasion que la majorité est constituée de médecin, mais que beaucoup ne le sont pas : toutes sortes de profils et compétences ont contribué à la vraie connaissance de ce qu’est la santé. On remarquera enfin la place prépondérante donnée par l’auteur à Pierre-Valentin Marchesseau. Place que son travail mérite amplement, mais qui est aussi certainement due à la volonté qu’a Daniel Kieffer d’honorer son maître, en cela fidèle à l’un des plus célèbres commandements du serment d’Hippocrate.

Cette encyclopédie est le fruit d’un travail colossal. Le résultat impose le respect quant à la somme de connaissances qu’il représente et par la synthèse qui en est faite. On se surprend à s’y attarder bien au-delà d’une recherche ponctuelle ou de la curiosité, et bon nombre de lecteurs y trouveront un grand intérêt : médecins et thérapeutes, bien sûr, mais pas uniquement ; chacun se verra conforté dans l’idée que le recours à des pratiques naturelles en matière de santé n’est pas le fait de nouveaux courants éphémères. C’est au contraire le recours à la médication systématique qui apparaît comme étant une parenthèse de l’histoire médicale qu’il faudra bien refermer, tôt ou tard.

Cet ouvrage ne constitue toutefois pas une introduction à la naturopathie. Ceux qui sont soucieux de détails quant à ses principes auront intérêt à compléter leur approche par la lecture d’un livre les décrivant : nous pensons particulièrement à l’excellent ouvrage de Dominick Léaud-Zachoval, La naturopathie au quotidien.

Nous ne terminerons pas cette présentation sans donner quelques pistes pour les lecteurs qui ne se contenteraient pas de s’informer sur la naturopathie et son histoire, mais qui souhaiteraient consulter un thérapeute. Il convient tout d’abord de dire deux mots sur ce qu’il en est légalement. En Europe, la naturopathie est l’une des sept médecines non conventionnelles répertoriées, aux côtés de la chiropractie, de l’ostéopathie, l’acupuncture, la médecine chinoise, la médecine anthroposophique, la phytothérapie. Les instances européennes demandent d’ailleurs aux états membre de « s’harmoniser » les concernant. Un premier pas vers une reconnaissance officielle. En France, la naturopathie n’est tolérée que lorsque le praticien ne pose pas de diagnostic, ne prescrit aucun médicament et ne s’ingère en aucun cas dans le traitement médical en cours. Ce qui laisse quand même bonne latitude pour qu’elle puisse être utile à chacun… Il est bien sûr nécessaire que le praticien ait été correctement formé. Divers organismes s’en chargent. Le thérapeute pourra par ailleurs être membre de l’OMNES, qui dispose d’un Registre des Naturopathes de France. L’OMNES faisant elle-même partie d’un collectif national, la FENAHMAN, dont Daniel Kieffer est le président.

JM