L’Atelier Paysan, école d’ingénieux (agriculteurs !)

Initialement publié en septembre 2017

Et si aujourd’hui nous causions de votre cabas de demain, celui dont le ventre bien gonflé semble assuré à tous ?

Pour qu’il puisse se remplir de beaux et bons fruits sains, il va falloir que les plus aguerris d’entre nos producteurs répondent présents, mais aussi que la relève frappe à la porte. Etre son patron, vivre dehors, travailler en cohérence avec ses aspirations, tout cela est très motivant mais pour qui est jeune, sans grands moyens ni réseau familial « terrien », ça fait un peu juste pour franchir sans hésitation un pas qui peut sembler bien périlleux. C’est pourquoi le chroniqueur est allé à la rencontre de quelqu’un.e.s qui participent au traçage d’un autre chemin vers le maraîchage ou l’arboriculture. Celui de demain, plus ouvert, partageur, autonome, plus jeune quoi !

Il a fallu se rendre à Renage, ancienne et bourdonnante cité ouvrière à deux pas de Grenoble, devenue jolie bourgade résidentielle « pépère ». C’est au fond de la gorge creusée par la rivière Fures, dans les ateliers désaffectés des anciennes papeteries, que la coopérative d’auto-construction agricole l’Atelier Paysan stocke son matériel et met en ébullition la matière grise d’une bande de jeunes entièrement dévoués à la cause.

Scier…

A quoi donc oeuvre cette ruche ? A restituer à ceux du « monde agricole » qui le souhaitent l’autonomie indispensable à leur noble statut de paysan. Dans ce mot valise, ils ont fourré en vrac :

– la simple capacité technique de se dém..der avec son matériel en le dépannant sans interventions extérieures.

– la possibilité de créer, d’adapter par eux-mêmes leur parc de matériel, de construire ou de transformer des bâtiments d’exploitation dans une forme la plus proche qui soit de leurs besoins réels.

– l’occasion d’alléger par ces actions le joug financier de l’endettement lié aux coûts d’équipements matériels, tels qu’ils sont préconisés.

– l’idée d’amorcer puis de développer le goût d’une action productive collective, dans un milieu réputé individualiste.

Ambitieux, le programme ? Concrètement, voici comment ça se passe (vous trouverez tout sur leur très riche site).

Souder…

La proposition est dense, depuis les apprentissages de base (soudures, découpes) jusqu’aux stages plus avancés aboutissant à la création d’outils classiques comme l’emblématique Cultibutte (pour le travail en butte des planches permanentes) jusqu’à la création de prototypes innovants, sur des bases de matériel existant ou créé de toutes pièces. Les idées sont issues de l’expérience validée par les plus expérimentés, inspirées de techniques pratiquées ailleurs, ou vont simplement plus loin que celles existantes. Les ingénieurs de l’Atelier ont à coeur cependant de rester des accompagnants qui vont traduire techniquement l’action attendue de l’outil, la mettre en plans (sous licence libre) pour la rendre reproductible, ni plus, ni moins. Chaque réalisation devient une base, un socle attendant l’examen critique de la mise en service qui imposera peut-être telle ou telle modification.

Au départ de Renage et de l’antenne bretonne, cinq camions ateliers complètement équipés sont prêts pour la mise en place de chantiers locaux regroupant une dizaine de participants, sur des durées allant d’une journée à deux semaines. Pas de prérequis technique ou statutaire, mais l’Atelier ne souhaite pas être un prestataire du style « machinisme agricole pour les nuls » qui fournirait un savoir et/ou un outil clés en mains. L’objectif est de diffuser la pédagogie pour ajouter une nouvelle couche d’autonomie ; les attentes sont celles du partage et des retours visant à l’améliorationdes projets originaux.

Assembler…

Vous l’avez compris, un vent frais et vif souffle sur les acteurs déjà nombreux (et plutôt jeunes) de ce projet. Le succès est là, les plannings sont bien remplis, chacun travaillant d’arrache-pied avec des moyens qui ne sont pas ceux du confort « classique ».

Le public est plutôt « issu de l’agriculture biologique », pas forcément. Des anciens qui souhaitent partager leur savoir-faire ou aller plus loin dans la technicité, des jeunes non-issus du milieu qui veulent s’installer sans s’asphyxier financièrement d’entrée avec les préconisations officielles des organismes agricoles et des banques ; des déjà rôdés décidés à trouver des solutions techniques pour faire travailler les machines plutôt que leurs bras et ne pas se tuer à la tâche ; ou d’autres qui souhaitent simplement s’éclater dans une maîtrise totale de leur métier…

Un outil culte, le cultibutte

Si un jour par hasard, vous tombez sur un paysan en train de couper les points d’attelage d’un outil flambant neuf, plutôt que de le croire fou, dites-vous qu’il fait partie de la confrérie des auto-constructeurs…

Vous avez surement envie de les aider, voici quelques pistes :

– changer de vie et vous installer en agriculture biologique en suivant votre idée, enrichie de la proposition de l’Atelier ;

– en parler autour de vous, et particulièrement à vos amis paysans ;

– apporter une contribution à votre échelle, comme le fait Satoriz depuis deux ans, en passant par la structure « Citoyens Solidaires » (voir bon ci-dessous) qui vous permettra de bénéficier des habituels avantages fiscaux.

Alain Poulet

 

Retournez par courrier le coupon ci-dessous accompagné de votre don à l’adresse suivante : Fonds de dotation Citoyens Solidaires – 8, rue du Lion d’Or – 59126 Linselles – contact@citoyenssolidaires.org

Chèque libellé à l’ordre du Fonds de dotation Citoyens Solidaires