L’art et la manière de saponifier à froid

Initialement publié en janvier 2021

La saponification à froid (SAF) est un procédé artisanal qui ne date pas d’hier… Examinons chaque mot. D’abord, la saponification. C’est une réaction chimique obtenue en chauffant une huile avec de la soude, qui permet, après refroidissement et séchage, d’obtenir du savon. En saponification traditionnelle (savon de Marseille, notamment), l’huile est très fortement chauffée. Comme elle est généralement de piètre qualité (grignon d’olive, palme), on ne perd pas grand-chose… Mais si l’on décide de saponifier à froid, ou en tout cas à basse température, on peut alors opter pour des huiles végétales beaucoup plus nobles et profiter ainsi de leurs vertus. Vertus pour notre peau, mais aussi pour l’environnement : les savons SAF sont 100 % biodégradables et nécessitent moins d’eau et d’énergie que la saponification classique. De bonnes nouvelles que nous sommes nombreux à avoir prises en considération, si l’on en juge par l’essor récent des savonneries utilisant ce procédé.

Toutes sortes de savons SAF sont disponibles dans nos rayons, notamment ceux de fournisseurs locaux sélectionnés par votre magasin. Parce que la SAF exige de prendre son temps, elle oblige les fabricants à rester à un niveau artisanal. Sat’info vous avait déjà présenté Les Affranchis, une savonnerie grenobloise responsable et engagée (article à relire sur satoriz.fr). Aujourd’hui, nous vous proposons un focus sur deux fournisseurs présents dans l’ensemble de nos magasins : Louise Émoi et APO. Tous deux utilisent la SAF, chacun à sa manière !

 

Louise Émoi

Louise Émoi est une fabrique artisanale créée en 2010 et localisée dans la campagne toulousaine. Véronique, sa fondatrice, est maître savonnier et experte en huiles végétales. Pro de la synergie, elle sait associer les huiles entre elles pour obtenir les résultats escomptés. Elle sélectionne pour ce faire uniquement des huiles végétales extra-vierges et bio, de première pression à froid. La base de chaque recette de savon est un mélange de quatre huiles (olive, coco, karité et colza), à laquelle s’ajoute une cinquième huile végétale particulièrement noble (macadamia, amande douce…), et bien souvent un autre élément (lait de brebis, d’ânesse, aloe, miel…) choisi pour ses vertus spécifiques. Cette cinquième huile est ajoutée en surgras, c’est-à-dire en fin de saponification, ce qui permet de conserver la totalité de ses propriétés. Chez Louise Émoi, le taux de surgras s’élève à 8 ou 10 % (contre 6 % en moyenne), il est alors optimal pour la peau.

Véronique est également experte en huiles essentielles et sait créer des mélanges aromatiques qui durent dans le temps. Elle associe comme un vrai parfumeur notes de tête, notes de cœur et notes de fond. Certains savons sont développés sans huiles essentielles pour les personnes qui ne souhaitent pas les utiliser ou pour lesquelles leur usage est déconseillé, comme les femmes enceintes et les jeunes enfants.

Autre spécificité : Véronique a choisi de travailler à des températures plus basses que ce qui est pratiqué généralement en SAF, et ce pour une meilleure conservation des propriétés des ingrédients. Conséquence : un temps de cure (séchage) deux fois plus long… et une durée de vie du produit plus longue également !

Les savons Louise Émoi sont labellisés Nature & Progrès. Il s’agit du label le plus exigeant en matière de cosmétiques bio, notamment connu pour interdire le recours à l’huile de palme. Très utilisée en saponification industrielle, cette dernière permet d’obtenir la fameuse mousse tant attendue… Mais soyez rassuré : l’huile de coco sélectionnée par Véronique le permet tout autant.

Enfin, Louise Émoi mise à fond sur les circuits courts et l’achat à la source de productions locales. Lait d’ânesse de l’Aude, lait de brebis du Tarn, huiles de tournesol et de cameline des environs, lait de chèvre produit à 5 km de l’atelier… et plantes médicinales cultivées par Véronique elle-même ou cueillies en pleine nature ! Les macérats d’immortelle comme de souci sont faits maison, et les colorants naturels avant tout choisis pour leurs vertus, comme le miel du Tarn et le sirop de sapin local.

Le saviez-vous ? Il existe une saisonnalité du savon ! Évidente, quand on y réfléchit. Pour l’été, on privilégiera un savon nourrissant tel que Voie lactée ou Gourmandise de miel, aux vertus réparatrices post-bain de soleil. À l’automne, on choisira des savons à base de chanvre (multi-usage) ou de calendula, très nourrissant. En hiver, on misera sur Délicatesse d’ânesse.

Multi-usage, le savon café : il fait tout ou presque dans la maison ! À base de marc de café, ce savon SAF décrasse et assainit la cuisine. Frotté sur une éponge, il développe une mousse naturelle qui décroche les salissures collées sur la vaisselle. En bonus, nos mains restent douces grâce aux vertus protectrices et hydratantes du beurre de karité. Les bricoleurs et les jardiniers pourront également l’utiliser pour le décrassage des mains tachées par la terre ou le cambouis. Économique et écologique.

 

Les shampoings solides Louise Émoi. Dans tout l’univers des shampoings solides, peu sont saponifiés à froid. Écologiques par leur absence d’emballage plastique, la majorité contient des tensioactifs de synthèse, SCI ou SCS, potentiellement irritants pour le cuir chevelu et non biodégradables. Les shampoings Louise Émoi appartiennent à un autre univers : ce sont des savons SAF enrichis d’argiles bienfaitrices. Ils représentent donc l’une des solutions les plus écologiques, biodégradables et zéro déchet pour se laver les cheveux ! Mais attention, il est toujours un peu délicat de passer d’un shampoing conventionnel à un SAF. Si vous êtes prêt à sauter le pas, ayez en tête qu’une période de transition sera nécessaire, durant laquelle il ne faudra surtout pas lâcher, même si vos cheveux deviennent rêches et poisseux… Car passée cette phase durant laquelle le pH du cuir chevelu et la production de sébum vont se rééquilibrer, promis ça va vraiment être bien ! Un conseil : ne pas mettre de savon sur les longueurs ni sur les pointes, seulement sur le cuir chevelu. Afin de traverser au mieux cette période, vous pouvez appliquer un peu d’huile végétale (jojoba, ricin, chanvre, coco) avant le shampoing puis rincer avec du vinaigre de cidre dilué dans l’eau (3 %)… N’ayez crainte, l’odeur de ce dernier s’envolera.

 

APO

Autre histoire, même procédé mais objectif différent pour APO (entendre “apothicaire”, “peau”, “saponification”… “fleur de peau” ?). Le magicien des lieux se nomme Romuald et avant d’être savonnier, il était formulateur R&D dans l’industrie pharmaceutique. Travaillant sous scaphandre au développement de médicaments contre le cancer et la leucémie, il vivait un quotidien ponctué de douches gorgées de produits de synthèse qui ont fini par lui décaper la peau… Allez, hop : ne trouvant aucun soin adapté à ses problèmes, Romuald les a fabriqués – dans son garage, évidemment ! Le recours à la SAF lui a permis d’obtenir des savons surgras extrêmement nourrissants et de retrouver une peau souple et hydratée. La suite, on la devine : du garage, il passe aux étals du marché, avant d’en venir à une production à plus grande échelle dans un bâtiment écoresponsable de la région lilloise.

Les savons APO se situent dans une approche “dermocosmétique”, c’est-à-dire qu’ils répondent à des problématiques dignes d’un inventaire à la Prévert : peau atopique, peau sèche, peau sensible, peau fragile, peau de bébé… Toute la famille y trouvera son bonheur !

CC