La surprenante épopée de l’huile de lin

Initialement publié en novembre 2010

Enfin disponible après un siècle d’interdiction !

huile-linIndispensable préambule : si les produits bio se différencient avantageusement par le mode de culture dont ils sont issus, bon nombre tiennent également leur qualité d’un processus de transformation différent. Les huiles de graines par exemple : elles sont obtenues en bio par écrasement, quand elles sont produites en conventionnel par extraction à forte chaleur, puis par recours à la chimie. De rudes traitements qui les privent de leurs nutriments ou modifient les plus précieux d’entre eux, les fameux acides gras polyinsaturés.

C’est dans les années 1980 que l’importance de la qualité de ces acides gras a été mise en évidence par un médecin suisse, le Docteur Catherine Kousmine. Précurseur, le Docteur Kousmine a montré la dévastatrice influence d’une alimentation dénaturée sur l’organisme et a préconisé des solutions permettant de retrouver le chemin de la santé. Parmi ces solutions, une idée forte : rétablir au quotidien l’apport d’acides gras polyinsaturés non chauffés en consommant des huiles de graines obtenues par pression à froid, et notamment de l’huile de lin.

Consommer de l’huile de lin ? Facile pour les compatriotes du bon Docteur, qui en trouvent sans problème en Suisse. Beaucoup plus difficile pour les lecteurs français de ses livres – notamment du fameux Sauvez votre corps, paru en 1987 – qui ne peuvent s’en procurer, alors que la demande existe. Comment expliquer cette incroyable exception aux immuables lois du sacro-saint marché ?

La réponse tient en un décret promulgué en… 1905. Un décret généraliste concernant les corps gras qui met en évidence à juste titre la dangerosité de l’huile de lin lorsque celle-ci évolue mal. Soumise à la lumière, à l’oxygène, à la chaleur ou aux effets du temps, elle tourne à l’âcre et peut devenir toxique. Des faits qui justifient son interdiction en ce début de siècle, à une époque où les techniques naissantes de l’agroalimentaire n’étaient pas en mesure d’apporter des garanties de bonne conservation au consommateur. Mais à la fin de ce même siècle, il pourrait aisément en être autrement. Une raison pourtant bien insuffisante aux yeux du législateur pour envisager remettre en cause une mesure certes désuète, mais portant sur un produit trop marginal pour qu’elle soit reconsidérée. Et lorsqu’il n’y a aucune industrie de poids pour faire pression…

Il y aura donc maintien de l’interdiction malgré la demande, ce qui induira deux effets notables. Le développement d’alternatives à l’huile de lin, d’une part, et sa commercialisation illicite de l’autre. Comme à l’époque de la prohibition !

– Parmi les alternatives à l’huile, on citera d’abord l’incitation à consommer le lin sous forme de graines. Excellente idée ! On note aussi une mise à l’honneur de l’huile de noix, déjà largement encouragée à cette période, ainsi que celle de l’huile de tournesol, également très riche en acides gras essentiels. L’avenir montrera pourtant que le choix de cette dernière comme huile de base au quotidien n’est pas forcément bienvenu. Le tournesol est en effet riche en Omégas-6, nécessaires à notre bonne santé, mais généralement trop présents dans notre alimentation.

– Conséquence plus inattendue de l’interdiction, la vente de l’huile de lin sous le manteau… Ou, plus précisément, sous le comptoir. Héroïques, les contrebandiers ? En faire venir de Suisse ne constituait pas un acte de bravoure hors norme, les douaniers eux-mêmes ignorant l’illégalité du précieux liquide. Mais la répression des fraudes, elle, veillait au grain en magasin. Ce qui n’empêchait pas certains détaillants d’en tirer illégalement profit, pour la bonne cause bien sûr.

Qu’en est-il aujourd’hui de la légitimité de cette huile, et de sa légalité ? Au niveau nutritionnel, elle reste parfaitement d’actualité. Plus que cela même : au fil des études, les fameux Omégas-3 qui constituent majoritairement l’huile de lin se sont révélés être bénéfiques pour l’équilibre nerveux et le système cardio vasculaire ; autant d’aspects qui n’étaient pas aussi finement compris vingt ans plus tôt et qui confirment la formidable intuition dont a fait preuve le Docteur Kousmine. Mais en ce qui concerne la loi, il y a de quoi sourire… Sachez qu’une marque française tout ce qu’il y a de plus sérieuse et rigoureuse, Emile Noël, en produit légalement sur notre territoire depuis vingt ans et la propose à toute l’Europe ! Sauf à la France, bien sûr.

Une bien curieuse situation qui a failli trouver une issue en 2008 à l’occasion d’un avis de l’AFFSA, l’organisme français officiel chargé d’établir ce qui est bon pour notre santé, ou pas. L’avis étant favorable et confortant l’intérêt de l’huile de lin, ce sont quelques commerciaux qui cette fois-ci se sont légitimement crus autorisés à proposer l’huile aux magasins. Pan, sur les doigts ! L’avis n’ayant pas été suivi de la promulgation officielle du décret autorisant la vente de l’huile, ces aventuriers en ont été pour leurs frais. On a cru à nouveau toucher au but lorsqu’un décret autorisa enfin la commercialisation de l’huile de lin… raffinée ! Soit chauffée, ce qui la privait de l’unique qualité qu’elle se doit d’avoir, bravo les experts. La situation semblait donc indéfiniment bloquée par les ubuesques lenteurs et incohérences de notre administration, lorsque l’incroyable se produisit : en ce 12 juillet de l’an 2010, soit exactement 2110 années après la naissance de Jules César, 217 après l’envoi du premier télégramme aérien et 2 jours avant la fête nationale*, le fameux décret autorisant la commercialisation de l’huile de lin vierge fut publié au journal officiel.

* L’extrême sérieux de cet article nous empêche de poursuivre en faisant référence à la victoire des Bleus en coupe du monde le 12 juillet 1998.

Le feu vert octroyé, il ne restait qu’à proposer une huile dotée de toutes les garanties nécessaires quant à sa conservation, dans un écrin qui en soit digne. Nous avons choisi pour vous le meilleur : l’huile Emile Noël est pressée tous les mois, afin qu’elle soit toujours la plus fraîche possible. Elle est conditionnée sous azote, une précaution qui lui évite tout contact avec le peu d’oxygène qui subsiste habituellement dans une bouteille. Bouteille qui dans le cas présent a été l’objet de tous les soins et ne se contente pas d’être teintée pour revendiquer une hypothétique opacité. Le verre a été traité en noir à l’extérieur, empêchant ainsi le passage du moindre rayon de lumière.

Produit légal et aux normes, l’utilisateur n’ira pas en prison, quelle chance. Pour bien profiter des vertus de l’huile, il se devra de conserver le flacon entamé au frais et d’en consommer régulièrement : à raison d’une à deux cuillers à café par jour, elle n’aura pas le temps de s’altérer.

JM