La Gazette des potagers – Francis, Antonin et Martial

Initialement publié en novembre 2010

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Dans notre bel album d’images d’Épinal légendées de nombreux lieux communs, voici celle du paysan (agriculteur ndlr) : dur à la tâche, volontiers taiseux sauf quand il s’agit de rire du benêt citadin qui veut traire le bouc, toujours méfiant vis-à-vis de la nouveauté ainsi que du voisin et surtout, partisan du chacun chez soi…. Un brin conservateur, quoi ! Un cliché qui a la vie dure, et qui tape à côté… D’autant plus que beaucoup parmi nous seraient bien en peine de caractériser ce qui fait le quotidien de ceux qui « façonnent nos paysages », comme on dit dans les conseils municipaux…

Francis,Antonin et Martial
Francis, Antonin et Martial

On est allé en retrouver un, que vous connaissez, et on en a finalement rencontré trois, d’un réseau beaucoup plus vaste. Pas moyen de trouver un individualiste ! Ça se passe dans le beau Dauphiné, entre Crémieu et Morestel.

Notre connaissance, c’est Francis Surnon, de la Ferme de Chalonne (Sat’Info mars 2009) à Charrette : vous avez eu droit l’an passé à ses beaux oignons rouges, navets, choux lisses et frisés ainsi qu’à son céleri branche. Il a laissé tomber le céleri pour se consacrer au reste. Ce qui ne l’empêche pas d’avoir huit très beaux bœufs dans son étable, deux mille poules rousses dont les œufs font le bonheur des magasins locaux, et douze lapins

Le plus beau des huit
Le plus beau des huit ?

Francis s’interroge sur le bien-fondé de ses choix, comme par exemple : faut-il investir dans une arracheuse d’oignons moderne et performante permettant des volumes importants ? Oui, car l’on peut compter sur la très bonne fertilité des terres ! Ouais ouais… tant que l’on n’est pas sûr d’un débouché sur la quantité et la valorisation adéquate. Sa production d’œufs et de viande lui assure aujourd’hui une bonne assise, mais c’est de ses oignons qu’il préfère s’occuper !

Son pote Martial Perraudin, le deuxième larron de notre histoire gère avec sa compagne Olivia, « Les Jardins d’Arches » à Bouvesse-Quirieu : potimarron vert et orange, courge Butternut, pommes de terre (Altesse et Manon sur le banc Satoriz) et toute une gamme de légumes, sans compter le travail en commun avec son frère Thierry, maître boulanger et aubergiste du Moulin d’Arches. Martial mène de front de nombreuses activités : quand il lui reste un créneau, il lui arrive d’emmener des gens sur les sentiers corses. Dernièrement, il a conçu, mis en place et fait rouler une CUMA intégrale ! Tendance kolkhoze ? Non, une Coopérative d’Utilisation du Matériel en Commun : tout est dit dans le nom ! La CUMA de Martial ne se contente pas de faire partager un semoir ou une herse ; tout est mis à disposition de chacun, du tracteur aux outils les plus adaptés, matériel ainsi optimisé et ne « végétant » pas… Mutualisons et avançons, mes frères !

Lien au sol
Antonin : le lien au sol, démonstration !

Antonin Benyacar, notre troisième homme, a effectué ses stages d’apprentissage chez Francis et Martial : ses deux maîtres (mentors ?) en disent le plus grand bien ! Antonin, en cours d’installation, squatte un hangar chez un autre membre du réseau, Patrick Vacher, céréalier-meunier à Brangues. Son céleri, sa blette et la rare et délicieuse chicorée pain de sucre vous ont régalés en octobre. À la différence de ses comparses, il a plutôt choisi le vert (choux, légumes feuilles, fenouil, poireaux…), gamme complémentaire aux leurs : autant ne pas tous produire les mêmes légumes ! La faible mécanisation nécessaire et la période relativement courte entre plantation et récolte l’arrangent bien pour sa trésorerie, la cassette enterrée entre les rangs de poireaux sonnant bien creux pour le moment. Rien ne le prédestinait au maraîchage : c’est en accomplissant un stage chez Patrick pour l’aider à commercialiser ses farines qu’il a eu le déclic !

Court instantané d’un quotidien où la routine est absente, où l’on vit au grand air, libre de ses mouvements et de son organisation. Tant pis après tout si la paye n’est pas garantie, s’il faut aller nourrir les poules à 9  heures du soir, ou ramasser les oignons dans la boue !

Alain Poulet