La gazette des potagers – Fallait osier !

Initialement publié en SAT'info n°114, 03/ 2011

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Faciles à repérer, ces îlots chevelus émergeant de la campagne rectiligne des vergers au cordeau et autres parcelles juxtaposables : d’aucuns vous diront que ces terres sont quasi à l’abandon car pas assez « entretenues ». Il vous faudra cependant, pour en juger par vous-même, vous approcher de la ferme arboricole de Philippe Champeley à Anneyron, dans l’extrême nord… de la Drôme, celle des Collines : on y découvre des choses surprenantes !

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Tuteurs et élèves

De longue date, notre ami a choisi de ne pas produire des tonnes/ha mais de cueillir ce que lui concèdent ses vergers de kiwis etde pommes et surtout de garder l’œil vif et l’esprit aiguisé afin de rester maître chez lui ! Vous trouverez ses fruits à l’occasion dans nos magasins grenoblois mais aussi parfois des gelées de cassis et de kiwis ainsi que des soupes de cucurbitacées : c’est tout ce que nous aurons ! Philippe ne souhaite pas « développer » mais seulement faire ce qu’il peut, de son mieux.

Nous parcourons ensemble ses vergers de kiwis, ceux que son père a plantés, à l’époque où le fruit, encore exotique, se nommait Yang tao (la pêche du Yang) : de loin en loin subsistent de vieux troncs de poiriers alignés entre les lianes de kiwi. Plutôt que de les abattre, ils ont servi, là où ils se trouvaient à supporter le palissage en lieu et place de piquets. Philippe a bien retenu l’idée et décidé de l’appliquer dans une jeune plantation mais différemment. Tous les 2 ou 3 départs de cette liane coureuse qu’est le kiwi, il a mis en terre une bonne branche de saule qui, par bouturage, a donné en 2 années naissance à un jeune

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Naissance d’une idée

et vigoureux saule qu’il a rendu immédiatement têtard. Tout le monde connaît la silhouette fantomatique de ces arbres aux troncs courts et trapus dont les moignons sont hérissés de longues tiges d’osier orangées. Philippe ne compte pas tresser de paniers, du moins dans l’immédiat, mais utiliser ce support solide et vivant pour porter sa treille évitant ainsi le recours aux flambants piquets, verts de chimie protectrice… et condamnés à finir noirs de pourriture ! Si tout se passe bien, il pourra peut-être, en menant de solides rameaux latéraux, relier 2 treilles entre elles pour former une sorte de tonnelle. Seule sera nécessaire une taille annuelle de l’osier pour éviter une colonisation de ce dernier par la liane.

Bon, c’est bien beau tout ça, mais le jeu en vaut-il la chandelle ? En clair, à quoi bon s’em… à faire pousser des arbres là où on aurait pu enfoncer de bons gros poteaux certes pas immortels mais tous pareillement robustes ! Philippe n’est pas un excentrique mais possède le sens ancestral du paysan qui utilise ce qu’il a sous la main, jette peu et n’a pas envie de reprendre, même tous les dix ans, ce qui peut durer bien plus. C’est

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Fait pas bon vieillir !

ce trait de caractère qui lui fait juger les préconisations de toutes sortes pour ce qu’elles sont : de s solutions intelligentes évidemment mais pas forcément adaptées. Il m’expliquait également l’importance du moment de la cueillette pour le kiwi, la nécessité de laisser le fruit subir des petits coups de froid qui l’amèneront à se défendre en se concentrant en sucre ; de là découlent de meilleures conditions de conservation permettant de se passer de frigo.

Sans proposer ses solutions un porte-voix à la main, Philippe n’aime rien tant que partager ses expériences et s’enrichir de celles des autres : récupérer ce savoir de terrain pour gagner en autonomie, et ne plus s’interdire des voies différentes de celles balisées, encadrées et parfois lourdes à assumer, de la méthode unique. La diversité quoi !

Alain Poulet