La Gazette des Potagers – Des radis et des hommes

Initialement publié en avril 2012

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radis-agricAu cœur de l’été, on pourrait se croire à la plage tant le sable est partout, presque blanc et si fin, remplissant les rigoles et formant des congères sous le vent. Toute ressemblance s’arrête cependant là : point de mer à l’horizon, ni d’embruns dans les airs mais la large, calme et parfois envahissante Saône. Ici, le sable est fertile, donc propice au maraîchage. Nous sommes à Chevroux, petit village en bordure de Bresse, entre Mâcon et Pont de Vaux chez Anne-Marie et Daniel Vallier.

À l’image de leur pays, nos amis sont simples et discrets, peu enclins à se mettre en avant. Pourtant, ce moment tranquille passé avec eux, à la veille du premier cycle printanier, laisse deviner qu’ils ne sont pas nés de la dernière pluie. De l’énergie, du savoir-faire et même de l’abnégation, quand le ciel décide de tout détruire la veille de la récolte : voilà ce qui est nécessaire pour mener à bien les délicates cultures d’Anne-Marie et de Daniel.

Difficile la culture du radis, celle de la pomme de terre ? Le profane rigole… Encore faut-il savoir de quoi l’on parle. Le radis par exemple, cette petite racine charnue qui croît si rapidement. Elle a pourtant quelques exigences qui, associées aux vôtres, demandent beaucoup d’attention au maraîcher. Le lit de sable que prépare Daniel se doit d’être suffisamment meuble pour ne contrarier en rien la croissance de la racine : qui choisirait des radis rabougris, difformes ou traînant une longue queue de rat ? Lit meuble, certes, mais également « gras » du fumier épandu chaque année ou de l’engrais vert enfoui auparavant. Tandis que tout près de chez lui, d’autres se satisfont des courbes et études préconisant l’utilisation sans risques de boues d’épuration !

L’allure d’une botte est un élément déterminant pour l’achat final : ainsi, les fanes, partie aérienne de la plante, se doivent d’être préservées des excès de température ou d’humidité pour conserver une belle et verte fraîcheur en rapport avec la racine.

radis-semisAprès un semis de grande précision, gage d’une cueillette rapide et efficace, Daniel et Anne-Marie s’agenouillent. Alors, index et majeur de la main droite en ciseaux, ils vont former en 3 poignées déposées dans la main gauche une belle botte de 35/40 racines, et ainsi de suite. Il aura fallu auparavant soulever le filet protégeant les bandes des attaques de mouches et d’altises, véritables fléaux de beaucoup de cultures racinaires. Un bon radis ne doit pas chercher l’eau ni en être saturé : c’est ainsi que se forme son équilibre gustatif. Des saveurs, un bel aspect, de la fraîcheur : le radis est une gourmandise qui ne supporte pas le négligé…
Anne-Marie et Daniel vous font également profiter de leur savoir-faire méticuleux sur la pomme de terre. Mais pas n’importe laquelle ! Ils ont choisi deux variétés à chair fine et fondante, en l’occurrence Delikatesse et Coquine. Dès que le sable printanier se réchauffe, les plantations vont se succéder tous les quinze jours pour donner, après les 2 mois nécessaires à la maturité des tubercules, les récoltes correspondantes.

radisIls proposent ainsi de vraies pommes de terre nouvelles, dans de petits calibres, idéales pour être rissolées dans une poêle. Encore un plaisir culinaire dont la production n’a rien d’une sinécure, en particulier pour la cueillette. Ces jeunes tubercules dorés à la peau transparente ne supportent pas le moindre « traumatisme », comme celui qu’ils subiraient par une récolte machine. Reste la position du quadrupède afin de les déposer délicatement dans de petites cagettes, destination la douche pour en ôter le sable.

Mr et Mme Vallier sont venus au bio par amour de leur métier, ne le retrouvant pas dans des voies absurdes où le paysan n’est plus maître de sa barque mais tributaire de choix « subventogènes », comme semer du maïs partout. Ils aiment à décider de (presque) tout ce qu’ils font, même du moment où la fatigue se fait sentir, quitte à le repousser au lendemain… si nécessaire !

Alain Poulet