La gazette des potagers – Dédé d’Aix

Initialement publié en mai 2011

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aix2Contrairement à ce que son nom évoque, le Jardin des Eaux Vives d’André Garin n’est pas traversé par un bouillant torrent qui descendrait du Revard mais collé aux berges du romantique et débonnaire lac du Bourget à Aix les Bains. À une époque pas si lointaine, cette proximité était perçue comme une aubaine pour la culture maraîchère, une « mer à la montagne » pour réguler et tempérer un climat ailleurs bien rude ; aujourd’hui, ces rivages sont « valorisés » différemment et les terres éparpillées de Dédé sont devenues les derniers lieux où l’on s’active en pleine zone dédiée au repos et aux loisirs.

aix-dedeNotre homme André, c’est un peu le bio canal historique, sans le côté ancien combattant ressassant le bel hier. Car Dédé avance toujours ! À tel point qu’on peut se demander s’il jette parfois des coups d’œil dans le rétroviseur, et ce qu’il y voit…
Transmettre, maintenant : ce pourrait être l’ordre du jour. En fait, il s’agit plutôt pour lui de… transférer : c’est ce à quoi il se consacre aujourd’hui. Malgré son jeune âge (59 révolutions), il a la ferme intention de continuer à repiquer même s’il faudra bien céder prochainement certaines de ses terres aux intérêts supérieurs de la communauté. Dédé se souvient de son démarrage en bio sur l’exploitation familiale dans les années 1970, simplement pourvu de la confiance paternelle, des réussites et des erreurs qui ont jalonné son apprentissage. Puisqu’il sera difficile de voir fleurir une autre exploitation afin d’assurer la continuité, André tâche de semer partout où il sent une germination possible ce qu’il a appris par l’expérience : en accueillant des stagiaires candidats à l’installation comme Mohammed, jeune Comorien qui voudrait rentrer au pays avec une maîtrise suffisante pour démarrer ; ou d’autres qu’il doit parfois reconnecter à cette terre, toujours aussi basse, et qui se rit des théories élaborées sur son compte.

aix3Rien n’est écrit dans le marbre, quoi qu’en dise le guide du parfait maraîcher biologique. Tout est affaire d’expérience, d’observation et de rigueur, affirme cet ennemi de la méthode unique.

La qualité de ses terres est aujourd’hui meilleure qu’elle ne l’a jamais été : équilibrée, porteuse et productive. Ça le nourrit bien lui aussi, suffisamment en tout cas pour que ce qu’il déplore ne brûle pas toute son énergie. Partisan de l’ouverture, le repli individualiste du monde bio l’inquiète face aux offensives marketées de l’agriculture raisonnée par exemple, qui propose sur les bancs voisins du sien des produits très locaux, très authentiques, mais finalement chimiques. Ou encore la montée des croyances et idéologies radicales qu’il ressent comme frein au développement d’une agronomie écologique inventive, celle qu’il pressent parfois dans d’autres pays européens.

Travailler encore et toujours à un nouveau bond technique vers l’avant plutôt que de se mettre des bâtons dans les roues ! Pour l’avènement d’un bio d’envergure débarrassé de ses inerties, en prise directe avec les réalités de l’époque et capable de nourrir toujours plus de monde.

aixEn le quittant, nous croisons le groupe que Dédé emploie à différentes tâches sur ses terres : avec leur très impliqué moniteur Michel, présent pour les aider à pallier leur handicap, ils viennent de mettre en place un procédé permettant de repiquer facilement et rapidement, tout simplement en déroulant à plat sur les bandes des filets de protection de ski au maillage idéal. Larges sourires de tous, fiers de leur trouvaille. Satisfaction du patron face à cette troupe motivée et efficace.

Un courant circule… Encore une bonne journée qui se termine !

Alain Poulet