KARIO, Holypop – Du feu de Dieu !

Initialement publié en septembre 2017

Les moines ? Côté plantes, ils en connaissent mieux qu’une brindille… Et pas depuis hier. Côté fermentation et distillation, on n’a pas affaire à des novices. Il faudrait en effet un bon calice de mauvaise foi pour ne voir dans les spiritueux qu’une affaire strictement païenne. Alors quand les moines greffent leur connaissance des plantes sur celle des boissons qui égaient, c’est la lumière qu’on entrevoit, nom de Zeus !

On en trouve deux fiers et beaux exemples au nord de Grenoble, dans les massifs de la Chartreuse et du Bugey. Les Pères Chartreux produisent leurs célèbres liqueurs dans le premier. Non loin de chez eux, les Frères de la Sainte Famille élaborent également deux excellents spiritueux, mais distillent aussi et surtout une boisson non alcoolisée qui nous vaut ce reportage, le fameux KARIO.

Le KARIO est une boisson tonifiante, reconstituante, stimulante. Elle a accompagné de nombreuses personnes fatiguées, depuis plus d’un siècle. Elle a contribué à préserver la santé d’autant. Et depuis quelques années, elle entre dans le quotidien de jeunes et de sportifs qui comprennent aisément qu’un surplus de vigueur et de résistance naturellement apportés ne bénéficie pas qu’aux moins bien portants. Nous arrivons dans la petite ville de Belley, sur les hauteurs qui côtoient le lac du Bourget. D’entrée, la distillerie annonce la couleur, pastel et provinciale . N’y voyez que du bon !

Peut-être le temps ne s’écoule-t-il pas aussi vite ici qu’ailleurs, pour le meilleur. Peut-être les Frères de la Sainte famille en sont-ils les garants, depuis près de deux siècles. Frère Théodore nous accueille à quelques pas de là dans la maison qui a vu naitre la confrérie en 1840, et nous offre un privilège : celui d’accéder à un herbier érudit, socle de la connaissance de nos moines. C’est sur les bases de cette connaissance que fut créée la recette du KARIO, qui intègre 32 plantes dont une bonne dose de noix fraiches. D’où le nom du breuvage, du Grec KARY O, la noix. La noix est donc la signature de cette préparation, à laquelle elle apporte notamment ses nombreux antioxydants. Elle est récoltée tout près d’ici aux prémices de l’été, verte, lorsque le fruit « se laisse traverser au couteau ».

Le deuxième privilège nous sera accordé par Jean-Pierre Pellet, qui a repris l’entreprise en 2008, toujours en collaboration avec les moines. Il nous introduit dans les coulisses du stockage de ces mêmes plantes et nous en décrypte les provenances, jusqu’au nom des fournisseurs : Herbiers du Diois, Herboristerie de Chartreuse et du Grésivaudan…

Ici, on n’achète pas de conteneurs sur les marchés internationaux. Et pour la fabrication, ces ingrédients sont mis en oeuvre avec un process d’une rare exigence : on commence par mélanger noix et plantes dans de l’alcool, puis on laisse macérer dans de grands et magnifiques foudres de chênes. L’alcool est le meilleur support pour puiser dans les noix et plantes les précieuses molécules qui font l’intérêt de la recette. Mais cet alcool est exclu du breuvage final, paradoxalement grâce à une opération de distillation. Après 6 mois de macération en effet, la préparation est séparée en deux : d’un côté, ce que l’on nommera « l’eau florale », qui donne le KARI O. De l’autre « l’eau de vie », la partie alcoolique, qui sera réintroduite pour la macération suivante. Voilà pour un produit mythique, son histoire. Petite information qui couronne la démarche : KARI O est officiellement une « Entreprise du Patrimoine Vivant », un label étatique qui reconnait les savoirs faire d’excellence.

Et là, changement de ton, pour un truc de ouf. Tu kiffes les sodas rafraichissants, mais tu veux boire sain ? Reste aware, Supermoine va t’envoyer du lourd.

Holypop

Supermoine, c’est le nom du super-héros qui défend la recette ancestrale du KARIO contre les vilains envahisseurs-prédateurs. Ça se passe dans un furieux dessin animé d’une minute 30, sur fond de musique trash et de références constantes aux standards du genre. Hilarante pour ceux qui comprennent – lire : pas au-dessus de 30 ans… – la séquence fait carton plein sur Internet, avec 550 000 vues. Tapez Supermoine Holypop, vous ne pouvez pas la rater. Mais de quoi s’agit-il ?

De la promotion d’un soda. Soit encore et toujours de la recette originale du KARIO, qui a ici été rallongée d’eau, d’une très raisonnable dose de sucre de canne équitable, et agrémentée de bulles. La mise au point des dosages a été faite avec une extrême précision et plusieurs fois confrontée à une communautés d’internautes, lesquels manifestaient en retour leurs impressions sur le futur soda, HOLYPOP. Un groupe de 100 personnes a ainsi été sollicité 4 fois, et le résultat est là : c’est du jamais bu, qui plait ! Et qu’il sera bien difficile de copier… HOLYPOP, distribué dans le réseau des magasins bio, conquiert chaque année de plus nombreux consommateurs, un succès qui n’a rien d’un miracle. La recette ancestrale est non seulement sauve, mais elle est en route pour les siècles des siècles, sauf votre respect, chers Frères.

JM