Encens du Monde – Entretien : Michel Pryet

Initialement publié en janvier 2003

encens4“Encens du Monde” est une entreprise spécialisée dans la commercialisation haut de gamme d’un type de produit dont le marché est par ailleurs inondé. Mais à la différence du secteur alimentaire, pour lequel tout consommateur a maintenant accès à de véritables informations, ce marché des encens est totalement opaque, délaissé par une administration qui ne le réglemente pas, dénaturé par des emballages mensongers, empesté par des volutes qui n’ont souvent rien de naturel. Michel Pryet, fondateur de l’entreprise, nous aide à y voir clair… et à choisir le meilleur !

Il y a halo de mystère autour de l’encens. En quoi ce produit dépasse-t-il la simple idée de parfumer agréablement une pièce ?
Par ses effets sur l’organisme, d’abord. Les odeurs ont une action forte sur le cerveau. Il est prouvé que les senteurs modifient les ondes cérébrales, les “boisés” produisant notamment des ondes “alpha”. Le cerveau réagit en envoyant des messages électriques ou hormonaux à l’organisme, ce qui influe de manière notable sur notre état psychique et corporel. On peut dire sommairement que les fleurs stimulent l’intellect, que le bois apaise, que les senteurs douces comme la cannelle et le santal jouent sur l’affectif, réconfortent… Les épices comme le clou de girofle, dynamisent, les agrumes réveillent, etc… Mais les encens ont également une connotation très forte parce qu’ils sont parfois liés à la religion, à la spiritualité, à la médecine ou à de nombreuses traditions, de manière plus générale.

Les encens japonais

encens7La culture japonaise est synonyme de raffinement. Le retrouve-t-on dans ses encens ?
Tout à fait. Le Japon a une longue tradition de l’encens, depuis plus de quinze siècles. Les Japonais ont une très grande qualité de fabrication, grâce à leur expérience. Notre fournisseur exerce son activité depuis six siècles ! Travailler avec eux est un plaisir, on obtient sans trop de difficultés la plus haute qualité.

Qu’est-ce qui caractérise cette fabrication ?
Le fait que les baguettes d’encens soient élaborées comme des spaghetti : la pâte est composée de bois, de plante et d’eau chaude, avec séchage lent. Il ne s’agit donc pas d’une matière enrobée autour d’un bâtonnet. La fumée qui s’en dégage est beaucoup moindre, ce qui est un gage de qualité et de raffinement.

Quels ingrédients utilisent-ils ?
La base est en grande partie faite de bois de Taboo, un liant naturel noble qui a peu d’odeur et permet une meilleure expression des plantes utilisées. Les Japonais privilégient les aromates : cannelle, clou de girofle, santal… Ces arômes sont naturels, à l’exception de rares senteurs comme la rose, que l’on retrouve dans quelques références sous une forme synthétique : le prix de l’huile essentielle de rose est exorbitant, et il est totalement exclu qu’elle soit incorporée à quelque encens que ce soit.

On imagine volontiers que l’usage des encens au Japon est lié à la pratique du Bouddhisme ?
Oui, mais pas exclusivement. La pratique qui est liée au Bouddhisme s’appelle “Osenko”, elle a longtemps été prédominante au Japon. Mais il en existe une autre qui séduit beaucoup les jeunes générations, “Oko”, liée aux arts de la maison.

Les encens tibétains

encens8Les encens tibétains sont-ils fabriqués… au Tibet ?
Non, bien sûr, pas depuis l’annexion. Les moines tibétains sont réfugiés au Népal ou en Inde, et c’est là qu’ils fabriquent ces encens. Qui font donc vivre des Tibétains ! Ceux que nous avons sélectionnés sont élaborés selon des recettes de moines et médecin reconnus comme le Docteur Lobsang Dolkar Khangar et sont clairement rattachés à l’activité d’un dispensaire : ce sont les mêmes plantes qui sont utilisées pour les médicaments qu’ils élaborent, et leur vente aide cette clinique à exister. L’utilisation des encens par les Tibétains ne se limite en effet pas à la spiritualité et aux monastères. Elle implique la connaissance de la médecine des plantes, les médecins étant d’ailleurs botanistes.

Quels types de plante sont utilisés dans leur composition ?
Un grand nombre, dont la majorité n’est pas commune, à part la muscade, la cardamome, le rhododendron ou la myrrhe qui nous sont familiers… La base de la pâte est faite de genévrier et d’eau chaude, comme pour les encens japonais. Ces encens sont par contre plus bruts, plus proches de la nature. Ils évoquent le Tibet, la montagne, on peut les caractériser de “rustiques…” Les nôtres sont 100 % naturels et sont le fruit d’un travail engagé, altruiste. Mais beaucoup sur le marché sont de mauvaise qualité, il ne faut pas se fier aux étiquettes qui parfois s’autorisent n’importe quoi, y compris la tromperie…

D’autant que le Tibet bénéficie de la sympathie de nombreux Français et d’un inévitable effet de mode… Quel usage peut-on faire de ces encens ?
Leur énergie est liée au feu, ils s’utilisent plus volontiers en période froide, sont adaptés à l’hiver et favorisent le calme et l’apaisement. Leur odeur est boisée et herbale, elle manque à l’occidental qui ne fait plus guère de feu dans la cheminée… L’utilisation de l’encens tibétain correspond un peu à cette énergie-là.

Les encens ayurvédiques

encens6L’expression même de l’encens “médicinal” ?
Probablement. Il s’agit clairement de produire un effet sur l’organisme, mis en évidence par une médecine indienne qui a longtemps été oppressée et qui trouve actuellement l’intérêt des occidentaux, l’Ayur Veda. Selon cette médecine, chaque plante a un effet, une résonance au niveau psychosomatique, et donc au niveau du corps.

Leur utilisation n’est-elle pas trop difficile ?
Les sept encens correspondent aux sept chakras. Tel quel, il faudrait effectivement quelques connaissances. Mais nous avons fait en sorte que chacun puisse s’y retrouver : ainsi “Visshuda”, le chakhra de la gorge est-il devenu “pureté”, “Manipura”, le chakhra du nombril, “énergie”, etc…
On suppose une grande rigueur de sélection et de fabrication, du fait de l’usage “médicinal”…
Un soin exceptionnel est apporté dans le choix des ingrédients et de leur pureté, mais aussi de leur dosage, qui est très précis. Comme pour nos encens tibétains, leur fabrication est liée à l’activité d’une clinique. On utilise des odeurs “symboles”, comme le patchouli (qui est une variété proche de la menthe), le santal… Les encens sont faits à la main, roulés autour d’un bâtonnet de bambou. Le bois qui sert de base à la pâte est le Juggut, utilisé pour sa capacité à compacter. Des huiles essentielles sont également rajoutées à cette pâte.

Les encens indiens

ENCENSTENous ne proposons pas ce type de produits à Satoriz. Mais ils correspondent à l’image qu’on se fait de l’encens et méritent donc que vous nous en parliez…
C’est en effet l’encens des hippies, celui qu’on a découvert dans les années soixante-dix… Ils constituent malheureusement la grande majorité des encens bas de gamme que l’on trouve dans tous types de commerces, à un euro les vingt… Il faut toutefois distinguer trois types de fabrication :
– Les encens “de trempage” : bâtonnets enrobés de charbon et de poudre d’un bois neutre, qu’on trempe dans un bain de parfums synthétiques. Certains parmi ces encens ont une senteur élaborée, comme ceux des grandes marques de parfum, mais le principe de fabrication reste le même, synthétique.
– Les encens “masala” : dans la pâte, on inclut des composants solides de plante, de poudre de bois ou de résine, avec des huiles essentielles. L’ensemble est tourné autour du bâtonnet de bambou. La qualité est souvent bien meilleure.
– Les encens “durbar” : leur pâte conserve toujours un aspect humide, elle est préparée avec une gomme qui lui donne sa consistance molle. Leur fabrication demande un gros travail. Ces encens sont d’une grande puissance aromatique.

Évoquons l’aspect technique de la diffusion des senteurs : le fait que les arômes soient émis par une forte chaleur, celle de la combustion en l’occurrence, ne dénature-t-il pas les principes actifs ?
Lorsqu’un bâtonnet d’encens brûle, il y a un point de combustion, qui est à l’origine de la fumée. L’odeur qui en émane n’est pas forcément agréable. Mais contrairement à ce que l’on croit, les arômes ne sont pas véhiculés par la fumée. Ils se dégagent sous l’action de la chaleur qui s’installe en dessous du point d’incandescence avant de se diffuser partout dans la pièce. Quant au fait que ces molécules soient chauffées, il est à noter qu’elles ne le sont qu’au moment de la combustion du bâtonnet : entendez par-là que pour l’élaboration du produit, les plantes et bois utilisés sont manipulés à froid, contrairement à une huile essentielle, par exemple, qui est extraite à chaud.

Les arômes de synthèse sont un des grands dossiers émergeant ces temps-ci. Si l’on reprend ce numéro de Sat’Info, il en est question à propos du thé, de la cosmétique… Que peut-on en dire, concernant les encens ?
Il existe un organisme international, l’IFRA*, qui étudie et donne des avis sur l’éventuelle dangerosité des arômes de synthèse. Ainsi le “musc ambrette” a-t-il été interdit par mesure conservatoire, un chercheur ayant émis l’hypothèse qu’il soit cancérigène. Mais nous ne voulons pas, pour notre part, nous satisfaire des simples recommandations de cet organisme : il nous faut aller plus loin dans la connaissance de la fabrication. Nous optons en priorité pour le 100 % naturel et nous avons notre propre charte pour garantir notre savoir-faire, en l’absence de cahier des charges officiel. Notre engagement est à la fois qualitatif, éthique et culturel.

* International Fragrance Association

Nous avons longuement évoqué le qualitatif. Qu’en est-il de l’éthique et du culturel ?
Nous coopérons avec nos fournisseurs des pays en voie de développement, notamment sur la garantie des droits de la personne et du travail, au sens de l’OIT (Organisation Internationale du Travail). Au niveau local, ici à Montpellier, nous sommes une société pluri-culturelle qui regroupe une dizaine de nationalités ! Et nous avons plaisir à travailler sur des événements culturels contemporains, comme la mise en senteur d’un concert de musique Copte, récemment…

Coup de cœur sur les résines !

encens-geo“Encens du monde” distribue également un bel assortiment de résines et de sèves d’arbre. Un enchantement ! Nous vous engageons vivement à les découvrir. Les résines sont d’une utilisation très simple, grâce au diffuseur d’encens “Géo”. L’une d’entre elles, le storax, nous a particulièrement séduit par sa douceur et sa capacité à magnifier l’atmosphère de tout type d’environnement. Durant les mois de janvier et février, il vous en sera offert un sachet de Storax pour l’achat d’un diffuseur. Notons qu’historiquement le mot “encens” vient de l’oliban, la résine solidifiée d’un arbre que l’on trouve en Somalie ou au Yémen.

Oliban de Somalie

Résine connue comme l’encens universel de la Bible, récoltée sur un arbre sacré (Boswellia thurifera, Boswellia carteri birdwelia), croissant en Arabie (Yémen), en Afrique et en Inde. Selon la tradition, favorise l’éveil d’un sentiment d’unité avec Dieu, la prise de conscience d’une présence divine à l’intérieur de soi. Sur le plan psychique, de caractère masculin, il contribue à développer une force de volonté, la confiance en soi, la détermination, la capacité à diriger. Sur le plan physique, il a une action relaxante. (50 gr).

Benjoin du Laos, dit de Siam

Résine extraite de Styrax tonkinensis, très riche en esters vanilline qui lui donnent un parfum à la fois résineux et la douceur de l’amande. Ses propriétés purifiantes et aromatiques encore plus puissantes que celles du benjoin de Sumatra en font un composant très apprécié en parfumerie et pharmacie. Symboliquement utilisé pour invoquer la chance ou la grâce divine. (20 gr).

Kandea d’Amazonie

Cette résine à la riche senteur fraîche et vivifiante a été dénichée dans les forêts natives de l’Amazonie. Extraite de plusieurs espèces d’arbres à contreforts de la famille des burséracées, elle est utilisée par les Indiens Saramaka. (30 gr).

Storax de Turquie

Substance au parfum à la fois résineux et floral, extrait de Styrax officinal ou aliboufier. Selon la tradition, aromate de l’ascèse, de l’engagement à un idéal, favorise le sens des responsabilités, la constance, la fidélité. Protège contre les énergies négatives, aide à sublimer les pulsions vitales. (20 gr).

Myrrhe de Somalie

Résine extraite d’un arbuste originaire d’Arabie (Balsomodendron myrrha ou balsamier) très souvent utilisée dans les grandes traditions religieuses. Selon la tradition, favorise l’éveil des qualités féminines, une plus grande sensibilité aux réalités du monde extérieur. Favorise la réceptivité et possède une action relaxante. (40 gr).

Copal

Sève extraite de Bursera spp. croisant dans diverses régions du monde telles que l’Amérique du Sud et centrale, l’Afrique, l’Inde, les Philippines, etc. Cette résine qui développe un parfum délicieux, mariage de pin et de citron, fut l’encens des peuples amérindiens. Selon la tradition, favorise un élan d’aspiration vers la spiritualité. Utilisé comme agent de protection et de purification. Aromate qui, en mélange, synergise l’action des autres encens. (30 gr).

Diffuseur de résines d’encens “Géo”

Ce diffuseur qui fonctionne avec des “bougies chauffe-plat” du commerce a été spécialement conçu pour la diffusion des résines d’encens. La diffusion douce des résines donne une nouvelle expression aromatique à ces senteurs exceptionnelles, qui peuvent désormais être utilisées comme senteurs d’ambiance, pour purifier l’atmosphère, ou pour l’aromathérapie : propriétés relaxantes, respiratoires, équilibrantes, etc…

Mode d’emploi :
Allumer la bougie puis déposer une pincée de résines dans la coupelle*. Selon les résines, la senteur est émise au bout de 1 à 5 minutes et dure de 15 à 30 minutes. Lorsque la senteur est épuisée, ou que la résine commence à émettre une odeur de brûlé, éteignez la bougie et nettoyez le verre encore chaud, à l’aide d’une cuillère.
Vous pouvez faire vos propres mélanges de résines et même ajouter des aromates du commerce (thé, girofle, poivre, etc…) ou quelques gouttes d’huiles essentielles dans un peu d’eau pour donner libre cours à vos envies de parfums d’ambiance naturels.
Faites nous part de vos trouvailles et de vos recettes. Faites renaître le parfumeur qui sommeille en vous !

(*) Pour éviter de devoir nettoyer le verre, vous pouvez placer dans la coupelle un cercle découpé dans du papier d’aluminium. Appliquez bien le papier contre les parois en évitant les poches d’air. Diamètre 8 cm, hauteur 11 cm.