Ecover – La détergence écologique

Initialement publié en septembre 2016

 

dessinecover“Publicité dans la cité”… Ce ne sont que des produits d’entretien, mais qu’est-ce qu’on nous bassine pour nous en faire acheter ! De la lessive aux désodorisants en passant par une foultitude de déclinaisons adaptées à chacun de nos lieux ou objets, on nous incite à surconsommer des produits nettoyants, décapants, hyper stérilisants et polluants dont on ne mesure que peu les impacts, tant sur l’environnement que dans nos lieux de vie. A trop nettoyer, on fragilise.

Par les colossales quantités produites et immédiatement rejetées dans la nature, par la présence ininterrompue de substances plus ou moins bien connues dans notre quotidien via leur contact avec assiettes, couverts, draps et vêtements, on devrait prêter une attention plus soutenue aux problématiques liées à la consommation de détergents. Mais on ne le fait que peu.

Ecover fut un des pionniers dans le domaine des produits d’entretien écologiques. Cette société belge existe depuis 35 ans, et ses produits sont reconnus. Riche de son passé et de son poids sur le marché, elle est en mesure de penser l’avenir, de chercher et de trouver. Nous profitons de l’arrivée de leurs produits dans nos rayons pour faire le point sur le sujet avec Tom Domen, un professionnel d’un nouveau genre, de ceux qu’on devrait trouver dans chaque entreprise.

 

Entretien : Tom Domen

 

tomdomenBonjour Tom, pouvez-vous nous décrire votre métier ?

Je m’occupe aujourd’hui de l’innovation sur le long terme. J’observe et étudie les nouvelles technologies, ainsi que les besoins des consommateurs, en réfléchissant à l’avenir.

La raison d’être d’Ecover, c’est l’écologie, nous en parlerons. Mais la raison d’être d’un produit d’entretien, c’est d’être efficace ! Peut-on commencer en évoquant cet aspect ?

Notre point fort est certainement le bon équilibre entre les notions de performance et de respect de l’environnement. Sur les 10 premières années d’Ecover, dans les années 1980, le focus était avant tout écologique, et la performance venait dans un second temps. C’était d’ailleurs aussi le cas d’autres marques écologiques que la nôtre ; les produits n’étaient pas toujours agréables, et il arrivait qu’ils ne donnent pas de bons résultats. Il était évident qu’on ne pourrait pas séduire les consommateurs ainsi, et nous avons donc travaillé sur la performance afin qu’elle soit comparable à celle des produits qu’on trouve en supermarché. Il peut arriver que par certains aspects cet objectif ne soit pas atteint, comme avec la blancheur, nous en reparlerons certainement. Mais pour l’ensemble de notre marque, la performance est un atout, autant que l’écologie.

Comment convaincre aujourd’hui ? Permettez pour cela qu’on vous demande des éléments précis sur des produits précis, en commençant par votre liquide vaisselle. Ses performances valent-elles celles des produits conventionnels ?

Sur le produit vaisselle, il y a une seule marque du conventionnel qui a des résultats meilleurs que les autres, et meilleurs que ceux d’Ecover. Mais on n’a pas besoin d’un tel niveau de performance pour faire la vaisselle, ce n’est pas nécessaire. Toutes les autres marques conventionnelles sont au même niveau, nous le sommes également, et c’est largement suffisant. Il existe des tests standardisés qui permettent d’évaluer cela de manière objective et montrent que nous sommes parmi les plus efficaces des marques écologiques. 

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Plus difficile, les tablettes lave-vaisselle ?

On a longtemps eu un problème avec le calcaire, qui laissait un film blanc sur les verres. Ce problème a été résolu. Pour le reste, nous avons aujourd’hui la mê-me efficacité que toutes les tablettes vendues en supermarché, sauf dans un domaine très spécifique, le nettoyage des couverts en argent. Pour les laver efficacement, il faudrait ajouter une substance chimique qu’utilisent certains fabricants conventionnels, mais nous ne voulons pas y avoir recours.

zurants optique 001Le grand sujet maintenant, la lessive ?

On dépasse l’idée de propreté, car les industriels conventionnels utilisent des azurants optiques pour rendre le linge blanc. Ce sont des produits chimiques polluants qui ne rendent pas le linge plus propre, mais qui lui permettent de renvoyer la lumière et de donner l’impression de blancheur. La différence qu’amènent les azurants optiques se voit surtout à la longue, après 20 lavages, parfois 50 : chaque lavage apporte une couche supplémentaire sur le linge, comme une peinture, et le linge apparait vraiment plus blanc que la réalité à chaque lavage, un peu comme le fait la “lumière noire”, dans les boites de nuits. C’est le même procédé qu’emploient certains fabricants de dentifrices blanchissants, avec cette couleur bleue caractéristique. Nous n’utilisons pas d’azurants optiques, car ils ne se dégradent pas. Mais nos lessives lavent aussi bien que les autres.

Qu’en est-il de la capacité réelle de votre lessive à enlever les taches, puisque les tests permettent d’évaluer cela ?

Nous sommes globalement sur les mêmes performances que les autres lessives avec une petite différence : les lessives Ecocert ne contiennent pas d’enzymes (le cahier des charges ne l’autorise pas car il y a une problématique OGM les concernant). Cela induit parfois de légers écarts de résultats sur les lavages à basse température.

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Cette problématique OGM est-elle d’un autre type que celle que nous connaissons pour les aliments ?

Oui, c’est plus complexe qu’il n’y parait. Les OGM utilisés pour l’obtention d’enzymes ne relèvent pas des mêmes techniques ni problématiques que pour l’agriculture ou l’alimentation. Si on chausse des lunettes de scientifiques et qu’on regarde l’écotoxicité, la biodégradabilité, les rejets de CO2, il semble bien qu’il soit préférable d’y avoir recours. Si on chausse les lunettes du philosophe, les avis divergent, et  c’est la raison pour laquelle notre lessive certifiée Ecocert n’en contient pas.

Que dire concernant les allergies ? L’utilisation des produits Ecover permet-elle de les minimiser ?

Oui, indéniablement. L’utilisation le montre, mais aussi bien sûr les tests que nous faisons sur tous nos produits qui sont en contact avec la peau, et qui sont largement probants.

Votre conception de la propreté semble différente de celle que développent les industriels depuis plus d’un siècle…

La recherche d’un environnement stérile dans la maison n’est pas une bonne chose, les plus grands spécialistes le pensent aujourd’hui. Pourtant, l’industrie impose la stérilisation à outrance, et beaucoup d’allergies découlent de cette tendance. En nettoyant trop les surfaces avec des produits puissamment bactéricides, on tue aussi les bonnes bactéries et on affaiblit les systèmes immunitaires. Pour nos produits, nous nous assurons que les bactéries pathogènes disparaissent et nous laissons une surface propre, pas stérile. La conception holistique de la santé ne s’appuie pas sur l’éradication des bactéries, nos produits sont conçus dans cette optique.

Evoquons également les tests sur les animaux, puisque vous annoncez ne pas en faire. Mais les industriels du conventionnel y ont-ils vraiment recours pour les produits d’entretien ?

Cela dépend du pays dont on parle. Ces tests sont interdits dans la plupart des pays en Europe, effectivement, sauf pour la mise sur le marché de nouveaux ingrédients, puisque c’est une obligation. Nous utilisons pour notre part des molécules qui ont déjà fait leurs preuves quant à leur innocuité, ce qui nous dispense de ces tests. Ce sont d’ailleurs souvent des molécules naturelles, ou issues de la chimie verte. Nous sommes certifiés Leaping Bunny.

Vos produits sont-ils Vegan ?

Nos produits certifiés Ecocert sont compatibles avec une exigence Vegan.

nettoyant 001Venons-en à l’écologie. Que peut-on reprocher aux produits conventionnels de ce point de vue ?

Trois problèmes majeurs : la toxicité aquatique, la biodégradabilité, et le fait que les produits soient issus de la pétrochimie, et donc de substances fossiles non renouvelables. Une quatrième problématique mérite d’être signalée, c’est la santé humaine, nous l’avons déjà évoquée avec les allergies. D’autres aspects posent question en ce domaine : le conventionnel a recours à des ingrédients suspectés d’être cancérigènes, même si ce n’est pas aux doses utilisées. Pas officiellement tout au moins… Nous n’avons pas recours à ces substances, bien sûr.

Reprenons un de ces thèmes, la biodégradabilité : les produits conventionnels semblent garantir de bons pourcentages, de ce point de vue-là.

Oui, mais le pourcentage n’est pas un critère suffisant. Si un produit est biodégradable à 98%, que deviennent les 2% restants ? Sur les énormes quantités que constituent les produits d’entretien, ce sont de très gros volumes qui subsistent dans la nature. Et c’est tout le problème que posent les ingrédients comme certains azurants optiques, dont nous avons parlé, mais aussi d’autres additifs spécifiques utilisés par les grandes industries, qui ne sont pas biodégradables. Autre exemple, les plastiques qui entourent les dosettes lessives, ou les tablettes lave-vaisselle : ces plastiques se dissolvent dans l’eau, mais ils ne sont pas biodégradables. Ils persistent dans la nature, comme les plastiques fragmentables. C’est la raison pour laquelle nos étuis pour tablettes doivent être jetés et recyclés, ils ne sont pas solubles.

Les produits écologiques que l’on trouve en grande surface mettent en avant une garantie, celle de l’Ecolabel. Que doit-on en penser ?

C’est un label qui a son intérêt, notamment au niveau de l’écotoxicité, mais qui est insuffisant. Il a été fait avec des seuils d’exigences plutôt faibles, de manière à ce qu’il soit accessible à de nombreuses marques de supermarchés. Pour notre part, c’est notre seuil de base pour le travail de nos formules, et nous allons toujours au-delà. Par ailleurs, l’Ecolabel autorise l’utilisation majoritaire de produits pétrochimiques. La certification Ecocert qui prévaut dans le milieu du bio est beaucoup plus haute, elle exige notamment des ingrédients très majoritairement à base végétale.

Quelles sont les matières premières les plus utilisées pour la fabrication de vos produits végétaux ?

Ce sont en grande partie des huiles. Nous avons recours à de l’huile de palme, mais aussi de coco ou de colza, de plus en plus. L’huile de colza est une piste intéressante, car il y a cette notion de proximité  pour des produits européens. Mais le vrai défi pour nous, c’est d’essayer de disposer de sources d’huiles qui ne sont pas en concurrence avec l’alimentaire. C’est pourquoi nous travaillons beaucoup sur les déchets agricoles, que nous essayons de transformer. Ecover a beaucoup innové depuis 10 ans dans la mise au point de nouveaux types d’ingrédients, et nous continuons. Mais il faut du temps. Nous obtenons des brevets par nos recherches, que nous mettons en œuvre en exclusivité pendant deux ans, avant de les rendre disponibles à tous.

Vous avez aussi beaucoup travaillé sur les emballages, quels ont été vos progrès en la matière ?

Aujourd’hui, nos emballages plastiques sont obtenus soit à partir de canne à sucre, soit à partir de plastique recyclé. Plus aucun de nos emballages n’est obtenu par recours direct au pétrole. Pour la partie recyclage, nous faisons des expériences intéressantes avec le plastique récupéré dans les océans par les pêcheurs. En temps normal, ces pêcheurs doivent eux-mêmes payer pour la collecte des emballages plastiques qu’ils remontent dans leurs filet, si bien qu’ils les rejettent souvent à la mer… Nous avons décidé de leur acheter les emballages qu’ils récupèrent pour les recycler, et cela fonctionne. Nous essayons d’avancer dans la même voie mais à plus grande échelle au Brésil avec les emballages issus de favelas, qui sont directement jetés dans les fleuves et qu’on retrouve en mer ou sur les plages… En les rachetant aux populations qui en sont à l’origine, nous évitons cela et nous recyclons des plastiques qui ne l’auraient pas été. Nous essayons de faire en sorte que ce système perdure.

Hisilicon Balong

Hisilicon Balong

La démarche environnementale la plus responsable va bien entendu au-delà du recyclage, puisqu’il s’agit de limiter au maximum l’usage des emballages jetables. Quelles solutions apportez-vous aux consommateurs pour les aider dans cette voie ?

Nous avons un système de recharge, différent d’une solution dite “en vrac”. Nous ne fournissons pas d’emballages vides qui puissent être remplis, car nous incitons le consommateur à conserver le premier emballage Ecover acheté, à le ramener en magasin et à le remplir à nouveau dès que nécessaire. Ce système est sûr, puisque c’est bien un emballage de vaisselle qui sera rempli avec du liquide vaisselle, par exemple, et la liste des ingrédients sera bien visible sur le flacon, comme l’exige la loi. C’est facile d’usage en magasin*, et financièrement avantageux.

Vous réfléchissez et travaillez sur l’avenir, y a-t-il d’autres pistes ou solutions que nous n’ayons pas évoquées ?

Nous l’avons vu, utiliser des produits pétrochimiques n’est pas une bonne voie pour l’avenir. Utiliser des produits végétaux pour créer des produits d’entretien constitue la meilleure solution actuelle, notamment si on progresse dans la récupération et la transformation des déchets agricoles. L’une des autres pistes possibles sera de copier la nature. La nature entretient la propreté non pas en tuant les bactéries, mais en les utilisant. Il y a beaucoup à s’inspirer de cela pour les années à venir, notamment pour nettoyer les textiles.

Ecover a 35 ans. Quels types de produits imaginez-vous produire dans 35 ans ? Et quels types de produits seront disponibles, partout dans le monde ?

Peut-être ira-t-on vers des produits personnalisés, que chacun mélangera et utilisera à base d’ingrédients toujours plus locaux. Concernant Ecover, nous sommes très concernés par l’idée d’une maison saine, favorisée par la présence de bactéries utiles. On se préoccupera aussi de l’air qu’on y respire, peut-être pourra-t-on influer sur sa qualité… A long terme, partout dans le monde, je crois que les ingrédients végétaux se généraliseront, au détriment des produits pétrochimiques. La tendance s’inverse déjà.

Quelles sont les motivations des industriels pour aller vers le végétal ?

Les industriels ne sont pas convaincus, bien au contraire. Ils sont persuadés de la supériorité des produits issus de la pétrochimie. Mais ils voient bien ce que veulent désormais les consommateurs… Les produits pétrochimiques sont en déclin, alors que les produits verts connaissent un succès qui les pousse à changer.

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JM