De si vaillantes petites bêtes…

Initialement publié en mai 2016

gazette-potagers-300x110

Oui, celles qui se dépensent sans compter pour en contrer d’autres, gloutonnes, qui dévastent serres et vergers sans vergogne. Vous y êtes…?  C’est bien cela, nous allons parler de ces précieux alliés du maraîcher et de l’arboriculteur que sont les insectes auxiliaires (dans la lutte intégrée contre les ravageurs, est-il précisé sur leur CV).

De quoi s’agit-il ? Presque naturellement d’introduire là où prolifère un organisme néfaste par sa concentration, un autre qui va venir en réguler la présence. Attention ! On ne parle pas d’“éradication”, méthode  va-t-en-guerre à la mode en ces temps de radicalité. Non, chacun de ces ravageurs conserve sa place, du simple fait de son existence. Et  la lutte biologique intégrée est là pour remédier à des surpopulations, ou les empêcher. Soyez rassurés, amis jardiniers nostalgiques, il restera toujours des pucerons, ne serait-ce que pour le repas des syrphes, chrysopes et autres coccinelles.

Larve Chrysope : “Je ferai de toi un excellent repas” - ©Koppert

Larve Chrysope : “Je ferai de toi un excellent repas” – ©Koppert

La liste est bien longue de toutes ces bestioles qui se moquent complètement de la qualité des récoltes. Nous citerons, parmi les plus connues ou redoutées : l’araignée rouge, acarien suceur de toutes les sèves ; le thrips et la mouche mineuse qui adorent les légumes ratatouille ; la Tuta, petite teigne, fléau de la tomate ; les Aphis, famille nombreuse du puceron, qui ne dédaigne rien. Sans oublier les petites dernières qui nous arrivent de continents lointains comme la drosophile Suzukii qui va vers les fruits charnus, ou la mouche Cynips menaçant nos châtaigneraies.

Larve adalia : “Pareil!” - ©Koppert

Larve adalia : “Pareil !” – ©Koppert

Il faut bien reconnaître cependant qu’à l’exception des deux derniers cas, ces déséquilibres de populations sont souvent le résultat d’autres dérèglements, et que toute lutte, si écologique soit-elle, devient inutile lorsque les équilibres s’accomplissent. La méthode bio va vers cette finalité, et le temps est en passe de lui rendre justice.

Gisèle Broquier* est conseillère technique pour Koppert France, la société de bio-contrôle partenaire de nos fournisseurs. Elle nous explique comment des entomologistes, des techniciens et des agronomes étudient, observent, puisent dans les savoirs académiques et empiriques accumulés pour trouver une “solution” régulatrice des dégâts de chaque envahisseur. C’est un travail de haute-technicité qui répond à un cahier des charges très strict, dans le souci permanent de ne pas apporter de remède pire que le mal. Par exemple, les auxiliaires et  le parasite combattu se doivent d’être originaires du même sol , on n’ira pas chercher une mouche indonésienne pour se défaire de notre puceron tricolore !

Dégât sur Tuta : “Ce que Tuta fait” - ©Koppert

Dégât sur Tuta : “Ce que Tuta fait” – ©Koppert

Quelques sociétés se partagent l’expertise de la recherche, de l’élevage et de la mise à disposition des auxiliaires au moment adéquat. Celui-ci marque le début des hostilités, car il ne suffit pas de lâcher les fauves, et d’attendre un plus loin que le boulot se fasse. Un accompagnement est nécessaire, par le biais d’une étroite collaboration entre les techniciens des sociétés de bio-contrôle et les producteurs, dans le but d’assurer le suivi de l’action de nos prédateurs. L’observation de la plante et de son évolution, la prise en compte du contexte environnant permettront d’agir au bon endroit et au bon moment pour obtenir les résultats escomptés. La méthode ne visant pas l’élimination du parasite (ce qui n’est ni vraiment possible, ni souhaitable), le producteur se doit d’accepter de perdre une petite part de sa récolte au bénéfice de cette population contrôlée, qui deviendra elle-même garde-manger de nos braves auxiliaires, comme un dû après une mission accomplie. La boucle est ainsi fermée.

Les luttes biologiques intégrées de ce type ne sont plus l’apanage des seuls agriculteurs bio. Pour les cultures de tomates par exemple, le maraîchage conventionnel en a fait sa première arme contre Tuta absoluta, un lépidoptère très difficile à contrer. L’efficacité de la méthode peut constituer  un solide marchepied vers l’évolution des pratiques globales.

En tous cas, c’est bon pour la planète, comme on dit.

Alain Poulet